[Football]
Vion : «On ne saura jamais si les battes de baseball, c’était pour nous»
[SÉLECTION NATIONALE] Thibaut Vion, milieu de terrain du Progrès, a passé cinq ans au CSKA Sofia. Cela suffit pour en faire LE grand spécialiste de la Bulgarie.
La saison passée, vous nous disiez qu’en Bulgarie, on pouvait passer du « tout rose » à rien en un claquement de doigts. Qu’est-ce que cela raconte sur le football de ce pays?
Thibaut Vion : Je suis arrivé en 2020, je suis reparti en 2025. J’ai tenu cinq ans. Je ne vais pas me plaindre : avant d’être mis de côté par un coach qui, pourtant, me connaissait et alors que j’étais capitaine, j’étais le dernier survivant de tous les joueurs arrivés en même temps que moi. Et des joueurs étrangers, j’en ai vu passer des tas! Cela a été très fatigant. En ressenti, cela faisait bien plus que cinq années. Ne serait-ce que parce qu’au CSKA, il y avait une mise au vert toutes les veilles de match et on dormait systématiquement à l’hôtel du club, où on avait chacun notre petit appartement.
Quelles sont les choses les plus folles que vous ayez vécues, là-bas?
Je ne sais pas si vous avez vu les images de ce moment mais moi, ça m’a marqué. Il s’agissait de ma première ou deuxième saison. C’est un match de championnat et il y a un penalty pour une équipe. Un joueur africain s’apprête à le frapper et là, le président du club (NDLR : Stoyne Manolov, qui dirigeait le Tsarsko Selo Sofia) descend de la tribune, pénètre sur la pelouse, va empêcher son joueur de tirer et le ramène vers le banc pour ne pas qu’il frappe… Vous pouvez bien vous imaginer pourquoi. Cet état d’esprit, moi, j’en ai fait les frais lors de ma sixième année…
Sinon, lors de ma dernière saison, on joue les barrages pour l’Europe et on perd contre le CSKA Sofia 1948, dans un derby. Là, on rentre tous en courant aux vestiaires en voyant des supporters armés de battes de baseball envahir la pelouse. Ils ont finalement commencé à casser toutes les caméras. On ne saura jamais si les battes, c’était pour nous…
À quelle opposition faut-il s’attendre, ce samedi?
Par rapport à ce que le Luxembourg nous montre, la sélection bulgare n’a pas tant évolué que ça et je pense que la pièce peut tomber du bon côté. Là-bas, il n’y a pas grand monde qui connaisse le Luxembourg et alors même que leur équipe nationale est plutôt « bof », ils peuvent se dire que ce sera facile. En vrai, il y a trois gros clubs : le CSKA, le Levski et Ludogorets. Après il y en a quatre ou cinq dans le ventre mou et tout le reste, c’est faible voire très faible. Pour un club de DN, ce serait très compliqué de jouer le haut de tableau, mais le ventre mou…
Le CSKA, à l’heure actuelle, compte six Bulgares seulement sur vingt-cinq joueurs. Qu’est-ce que cela dit du niveau des joueurs bulgares?
En Bulgarie, c’est l’éternel débat. Les fans sont très patriotes et dès que cela se passe mal, ce sont les étrangers qui prennent. Pour eux, on est des mercenaires qui viennent juste pour l’argent. Et ils te le font sentir. Au CSKA, on était pas mal de francophones à mon époque et si tu n’as pas de Bulgares dans ce genre d’équipe, comment construire une sélection solide? Vous savez que j’ai déjà vu des matches avec zéro Bulgare sur le terrain? Ils devraient mettre plus de moyens sur la formation et l’accompagnement des jeunes.