[Le portrait]

Sébastien Marasco, passion dévorante

Il dirige ce qui est désormais la seule équipe continentale répertoriée au Luxembourg. Rencontre avec un passionné dingue de cyclo-cross.

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Sébastien Marasco porte à bout de bras son équipe continentale de cyclo-cross, Sebmotobikes.
Sébastien Marasco porte à bout de bras son équipe continentale de cyclo-cross, Sebmotobikes.

Au 177 rue du Président-Roosevelt à Yutz, un camping-car et un camion atelier aux couleurs orangées de l’équipe Sebmotobikes marquent le territoire devant le magasin du propriétaire, Sébastien Marasco, qui semble déborder d’énergie.

Seb – Moto – Bikes, ça ne s’invente pas… Nous sommes vendredi matin et, à l’intérieur, des montures siglées Stevens sont alignées. Ce soir-là, elles seront rangées dans le camion qui prendra la direction de Merksplas, en Belgique, où l’équipe Sebmotobikes était inscrite samedi.

Sébastien Marasco désigne le vélo de Liv Wenzel. «Elle a déraillé mardi à Niel, je vais raccourcir sa chaîne de deux maillons…», prévoit-il, d’un ton péremptoire.

Dans un coin café, les cartes de sept coureurs qui composent cette équipe sont prêtes. Elles seront de nouveau distribuées ce week-end pour les deux rendez-vous belges qui figuraient au programme, Merksplas donc et Hamme, dimanche.

C’est un week-end de course ordinaire, rien ne doit être laissé au hasard et c’est donc là, dans ce magasin de motos et de cycles où les machines Scott et KTM sont majoritaires, puisque Sébastien Marasco propose ces deux marques, que l’équipe luxembourgeoise, la seule équipe continentale UCI qui perdure, a ses racines. «Notre club reste ici à Yutz, mais nous avons une licence luxembourgeoise», précise Sébastien Marasco.

«C’est une équipe familiale. On a le même groupe depuis trois ans déjà et Sébastien Marasco s’y prend bien. On a de beaux résultats. Je suis très satisfaite et reconnaissante. Sébastien est passionné», nous avait prévenus Liv Wenzel.

Raphaël Kockelmann, qui cumule son job de mécanicien chez Tudor et de cyclo-crossman chez Sebmotobikes, est sur la même longueur d’onde. «Je suis content qu’il y ait cette équipe, sinon ce serait plus difficile pour moi de faire du cross. C’est la seule équipe professionnelle luxembourgeoise, même si beaucoup de monde ne le sait pas, avec trois filles, quatre hommes. Si on regarde les résultats, à part moi, les autres coureurs sont forts (il rit). Théo (Thomas) a fait onzième du Koppenbergcross, ça classe le coureur. Seb, c’est un fou de vélo, un vrai passionné. S’il pouvait, il ferait 365 jours de course par an», s’émerveille l’ancien champion national 2023, deux fois deuxième en 2024 et 2025.

Il s’avère que ce n’est pas si simple de résumer la vie sportive de Sébastien Marasco, 58 ans, père de deux filles, dont Margot Marasco, 20 ans et cycliste professionnelle dans Ma Petite Entreprise, la nouvelle équipe féminine de Vincent Lavenu, l’ancien manager de l’équipe Decathlon-AG2R poussé vers la sortie voici un an par la nouvelle direction.

Sébastien est aussi l’oncle de Lorenzo Marasco, bien connu au Luxembourg, lequel ne cesse de progresser du haut de ses 27 ans. Théo Thomas, Electa Gallezot, Perrine Clauzel et Martin Groslambert, eux aussi, portent haut les couleurs de l’équipe franco-luxembourgeoise.

C’est une bonne personne, un super mec qui vit pour ses coureurs, qui sont comme ses enfants

On l’aura compris, aujourd’hui encore, moto et vélo sont indissociables pour résumer sa trajectoire. «Ma première équipe était un team d’enduro où on a évolué jusqu’au niveau mondial. Puis Lorenzo, mon neveu, s’est mis jeune au VTT et j’ai disputé moi-même mon premier cyclo-cross en 2025 à Yutz sur un VTT. Cela m’a tout de suite plu et voilà, j’ai bifurqué, et je suis allé souvent courir en masters au Luxembourg», rappelle cet homme pudique, qui préfère manifestement parler des autres que de lui-même. C’est aussi pour ça qu’il est apprécié de tous, et ce n’est pas une vue de l’esprit.

Car sa mission n’est pas simple. Il dispose d’un budget riquiqui d’environ 100 000 euros pour faire vivre son équipe de septembre à fin février. «Tous les ans, c’est une remise en question», admet-il en éventant une méthode commune à toutes les petites structures : «Je cherche à multiplier les petits sponsors, plutôt que de prendre le risque qu’un plus gros vienne à faire défaut…»

Aujourd’hui, Sebmotobikes fait partie des équipes bien implantées et le principal mérite en revient au patron qui se plaît à sillonner la France, la Belgique et la Suisse durant l’hiver, tous les week-ends ou presque, avec l’aide d’un seul assistant, qui est généralement l’ami de Perrine Clauzel.

«Dimanche, pour la première manche de la Coupe du monde à Tabor (République tchèque), nous partirons à quatre coureurs et deux accompagnateurs. Entre la mécanique, la direction sportive, les repas, le couchage, tout le monde met la main à la pâte. Cela demande une grande cohésion, mais c’est notre mode de fonctionnement», jure-t-il.

«Il faut des gens comme lui : sans passion, ça ne marche pas. Je me souviens du temps où mon père était manager de l’équipe de Differdange. Ça demande de l’enthousiasme, mais ça ne suffit pas pour trouver des partenaires et de l’argent. Je pense que Seb met même de l’argent de sa poche. C’est énorme ce qu’il fait pour le vélo de la Grande Région», apprécie Raphaël Kockelmann.

Sébastien Marasco apprécie d’ailleurs le contact avec Jempy Drucker, l’entraîneur national. La réciproque est vraie. «On parle le même langage», image le manager français, qui peut passer des heures et des heures à parler de ses sept coureurs.

De Liv Wenzel, pour laquelle il espère qu’elle va retrouver une équipe digne de ce nom une fois la saison de route arrivée. Car «elle a des qualités». De Raphaël Kockelmann : «Moi, je le vois bien reprendre le titre élite qu’il a déjà remporté en 2023», tranche le patron.

Il croit en ses coureurs, décortique chacune de leurs performances avec force anecdotes. Il semble qu’il les porte littéralement. «C’est une bonne personne, apprécie Jempy Drucker, un super mec qui vit pour ses coureurs, qui sont comme ses enfants. Quand on a rendez-vous pour parler, je prévois toujours un quart d’heure de plus, car avec Seb, cela ne s’arrête pas facilement…»

Chaque année, depuis quatre ans, c’est donc la même histoire. Sébastien Marasco a les yeux qui brillent lorsqu’il évoque cette passion dévorante qu’il arrive à si bien cadrer malgré tout.

Une fois mars arrivé, il le promet, il soufflera un bon coup. Et reprendra son vélo pour ses sorties en mode cyclo, qu’il combine parfaitement bien avec la course à pied. Pour mieux réattaquer à l’automne 2026. Tout est question de cycle chez ce personnage jovial qui voit forcément la fin arriver, mais qui, sagement, ne s’est pas encore fixé de date butoir. Du moment qu’il y a de la vie…

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