[Natation]

Rémi Fabiani : «J’ai adoré cette saison»

APRÈS LES CHAMPIONNATS NCAA, À ATLANTARémi Fabiani vient de décrocher trois titres en relais et deux cinquièmes places individuelles avec ASU. Il dresse le bilan d’une saison universitaire exceptionnelle.

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Rémi Fabiani s'est littéralement éclaté, cette saison, à ASU.
Rémi Fabiani s'est littéralement éclaté, cette saison, à ASU.

DES JOURNÉES CHARGÉES

Rémi Fabiani : «C’est un meeting avec énormément de pression. Il faut être bien réveillé pour nager à 21 h. Alors, on prend de la caféine. Et le soir, de la mélatonine pour aider à l’endormissement. Mais même avec ça, tu ne dors pas beaucoup. Tu penses encore à la course quand tu éteins la lumière. À toutes ces émotions.»

LE BILAN SPORTIF

Globalement, il est très bon : «Je nage deux PB sur les 50 et 200 yards nage libre. On gagne trois relais (NDLR : avec deux records NCAA). C’est la première fois que je nage autant aux championnats NCAA.»

Un petit regret toutefois : «Le samedi, sur le 100 yards nage libre (NDLR : dont il était devenu en février le 9e meilleur performeur de tous les temps), qui est normalement mon sweet spot, j’étais épuisé. Je suis deuxième de ma série et normalement, ça doit me permettre de me qualifier largement. Mais dans la dernière, ils sont cinq, sortis de nulle part, qui vont plus vite que moi. C’est dommage, j’aurais aimé nager une finale chaque jour. Mais bon…»

LE SYNDROME DE L’IMPOSTEUR

«Pas d’accolade, mais j’étais là!»

À Atlanta, Rémi Fabiani s’est retrouvé en très bonne compagnie : «Sur la finale du 50 yards (NDLR : qu’il termine à la cinquième place avec un nouveau record personnel), il y a Josh Liendo, recordman du monde du 100 m pap petit bain, Ilya Kharun, médaillé olympique, Gui Caribe, cinquième aux championnats du monde, Jonny Kulow, médaillé aux Mondiaux en relais… et puis il y a moi! Je n’ai pas de titre, pas d' »accolade » mais j’étais là!»

UNE PROGRESSION IMPRESSIONNANTE

Le nageur luxembourgeois a encore du mal à réaliser : «L’année dernière, je nageais le 200 yards en 1’36 ». Et là, je fais 1’30 » (NDLR : précisément 1’30″81 en finale, où il termine cinquième). Si on m’avait dit il y a un an que je ferais ça, je ne l’aurais jamais cru!»

Une progression qu’il s’explique : «Je pense que mes quatre années à CBU m’ont bien préparé. J’ai dû faire pas mal de choses par moi-même. Que ce soit Ralph (NDLR : Daleiden, son compatriote, qui nage à Arizona) ou moi, on a toujours eu une réputation d’être de gros travailleurs. Ce n’était pas une question de travail. Mais plus un truc mental. Maintenant, j’arrive à l’entraînement avec des gens que j’admire. Sur la première séance de la saison, je suis le deuxième plus rapide sur 50 yards nage libre après Ilya Kharun. Là je me dis : « Merde, en fait je les bats! »»

UNE CONFIANCE RENFORCÉE

De quoi renforcer sa confiance : «C‘est la première fois de ma vie où je me rends à l’entraînement en pensant juste à battre les gens à côté de moi, dont certains sont médaillés olympiques. Et les temps viennent tout seuls. Du coup, dans ma tête, je me dis : « Pourquoi pas moi! » Tous les mercredis, on fait une séance où on se concentre sur le 100 libre et sept fois sur huit, je suis devant. Je sais que je peux les battre.»

DES AMBITIONS QUI GRANDISSENT

«Une finale aux Europe? Pourquoi pas!»

Forcément, ça lui donne des idées : «J’ai nagé 21″9 en décembre alors que ce n’était pas attendu. J’ai abaissé mon temps de 6 ou 7 dixièmes en yards, d’une demi-seconde sur le 200, je l’ai amélioré sur le 50. Maintenant, j’en viens carrément à envisager une finale aux championnats d’Europe. Sans prendre la grosse tête mais juste en me disant, pourquoi pas.»

UN PLAISIR RETROUVÉ

On le sent épanoui : «L’an passé, je me posais des questions. Je ne savais pas si j’irais au bout de la saison. Quand je suis arrivé à ASU, le but c’était de pouvoir reprendre du plaisir à la natation. Et pour la première fois de ma vie, je me rends compte que je peux à la fois prendre du plaisir et nager vite en même temps. J’ai vraiment adoré cette saison! Et la plus belle récompense, c’est sur les relais.»

LA PLUS BELLE ÉMOTION?

«Le one-trick pony, il bat le relais de Texas!»

Une course l’a visiblement plus marqué que les autres : «Le relais 4×100 m 4 nages. Je fais un gros come-back pour rattraper Texas sur le crawl. Pour moi, c’est une forme de petite revanche. J’avais refusé d’aller à Texas et j’ai bien fait. J’ai appris il y a quelques jours de Bob (NDLR : Bowman, désormais entraîneur à Texas) avait dit de moi à Herbie (NDLR : Behm, le coach de ASU) que je n’étais qu’un one-trick pony (NDLR : quelqu’un qui ne sait faire qu’une seule chose). Et bien le one-trick pony, il bat le relais de Texas sur le dernier 100 m!»

Le nageur luxembourgeois a amélioré tous ses chronos.
Le nageur luxembourgeois a amélioré tous ses chronos.

UN EXEMPLE À SUIVRE

Rémi Fabiani veut inspirer les jeunes Luxembourgeois : «Je suis content de pouvoir dire aux jeunes nageurs au Luxembourg qu’ils ne sont pas obligés de nager à la Coque le reste de leur vie. La Coque, c’est très bien, ce n’est pas la question. Mais c’est possible d’aller ailleurs. Et ce n’est pas parce qu’on est Luxembourgeois qu’on ne peut pas aller aux États-Unis! Et faire des podiums»

LA SUITE

«Dans 40 jours, j’aurai terminé mon parcours universitaire. Je me suis marié en décembre et j’ai déjà rempli les papiers pour obtenir une green card. Il y a énormément de formulaires à remplir. Maintenant, je n’ai pas le droit de quitter le pays tant que je n’ai pas reçu les papiers qui permettent de voyager. J’espère les avoir à temps pour aller aux championnats d’Europe à Paris.»

ET MAINTENANT, CONCILIER SPORT ET TRAVAIL

La vie de Rémi Fabiani va changer : «Je veux faire ma vie aux États-Unis. Rester à San Diego où ma femme, Brianna, est coach à CBU. L’idée, c’est de passer pro. Cela ne veut pas dire qu’on est payé pour nager mais qu’on s’entraîne dans un groupe pro.»

Il lui faut donc trouver du travail : «Je fais des études dans l’immobilier, j’ai d’ailleurs rarement appris autant en six mois de ma vie. Et j’ai déjà quelques touches pour avoir un poste.»

Bien dans sa tête, au top physiquement, Rémi Fabiani est prêt à ouvrir un nouveau chapitre. Alors qu’il s’apprête à refermer celui de la NCAA.

Romain Haas

Ses résultats

50 yards nage libre : 18″61 en série (5e), 18″54 en finale (5e)

100 yards nage libre : 41″23 en série (9e, pas de finale)

200 yards nage libre : 1’31″07 en série (6e), 1’30″81 en finale (5e)

Relais 4×50 yards nage libre : 1. ASU (Rémi Fabiani, Adam Chaney, Ilya Kharun, Jonny Kulow) 1’12″46 (record NCAA)

Relais 4×100 yards 4 nages : 1. ASU (Adam Chaney, Andy Borzanski, Ilya Kharun, Rémi Fabiani) 2’56″79 (record Big Ten)

Relais 4×100 yards nage libre : 1. ASU (Kharun, Chaney, Fabiani, Kulow) 2’42″15

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