[Cyclisme]
Nina Berton : «J’attendais que mon moment arrive»
Nina Berton fait le point après sonpremier succès professionnel obtenu dimanchede haute lutte et dans le cadre merveilleux de la Pointe du Raz.
Depuis longtemps, Nina Berton aime la Bretagne, ses décors carte postale, ses petites routes diverses et variées, surtout très accidentées comme sur cette Pointe du Raz Ladies Classic, qui empruntait dimanche des chemins de gravel mais qui restait néanmoins dans le cadre d’une belle course sur route.
Elle qui n’avait jamais remporté la moindre course depuis ses débuts professionnels en 2023 chez Ceratizit (après deux saisons dans le peloton continental avec l’équipe Andy Schleck-CP NVST-Immo Losch), hormis les championnats nationaux de contre-la-montre en juin dernier, forcément anecdotiques, a choisi une très belle course d’un jour pour s’imposer enfin.
Son succès a ravi sa leader et bonne copine Cédrine Kerbaol qui disputait sa dernière course sous les couleurs d’EF Education-Oatly, toutes ses coéquipières de l’équipe américaine, mais aussi ses rivales. Dans l’aire d’arrivée, on vit Cédrine Kerbaol venir la congratuler longuement.
«C’est tellement mérité pour Nina et pour notre équipe, on a fait une vraie course de battantes. Je n’ai pas laissé le choix à Nina, j’ai roulé pour elle», expliquait la Française qui s’était donnée corps et âme pour Nina Berton après sa chute survenue sur le final.
Car la Luxembourgeoise, travailleuse acharnée, est respectée pour sa personnalité et son état d’esprit. La voilà enfin récompensée et à 25 ans, elle poursuit, patiemment mais sûrement, une progression qui devrait l’emmener encore un peu plus haut dans la hiérarchie mondiale. Nina Berton, à l’aise sur les terrains difficiles, plus particulièrement les classiques de printemps, mais pas seulement, possède de beaux jours devant elle. Entretien.
Vous êtes remise de vos émotions?
Nina Berton : Je suis encore très émue, c’est un sentiment fort et puis j’aime ce cadre des courses bretonnes. C’est très beau. C’est la première fois que je disputais cette classique. Avec l’enchaînement des chemins et des routes, c’est le type de course qui me convient parfaitement.
Votre habituelle leader Cédrine Kerbaol a expliqué qu’elle était d’autant plus contente de vous voir gagner qu’il s’agissait de sa dernière course avec votre équipe EF Education-Oatly. Elle a expliqué aussi qu’elle avait roulé pour vous et vous a emmené au sprint. Cela vous a mis la pression?
Cédrine et moi étions toutes les deux désignées leaders pour la course. Je savais qu’il s’agissait de sa dernière course avec l’équipe. On ne sait pas si elle va revenir, mais on voulait faire un beau truc, car personnellement, cela fait quatre ans que je cours avec elle (chez Ceratizit puis EF Education-Oatly). On voulait utiliser nos cartes pour être là dans le final, peu importe laquelle gagnerait, mais on voulait vraiment avoir cette victoire.
Au moment de sa chute sur le final, qu’avez-vous pensé?
On se trouvait en chasse à ce moment-là car il restait deux filles à l’avant. Et puis quand Cédrine est tombée, j’ai d’abord espéré qu’elle ne soit pas blessée sérieusement car elle avait chuté assez durement. J’avais d’abord ça en tête.
Je pense quand même que je vais mettre du temps à réaliser ce succès
À quel moment avez-vous pensé pouvoir l’emporter?
Je sentais que j’avais de bonnes jambes pendant toute la course et alors que dès le début, le peloton se trouvait disloqué en plusieurs parties, je me retrouvais toujours dans les bons coups. Je savais que mes jambes étaient bonnes. Mais je n’avais pas en tête qu’on roulerait directement pour moi. Je savais que dans les montées, si Elisa Longo Borghini ou Paula Baisi attaquait, Cédrine (Kerbaol) pouvait les suivre. Moi, je resterais derrière pour régler les poursuivantes. Avec sa chute, tout a changé. Quand elle est revenue, elle m’a dit : « Maintenant, je vais rouler full gas. Ce sera à toi de jouer… » Je savais que si elle bouchait le trou (sur la Française Célia Gery et l’Espagnole Paula Blasi, échappées dans les derniers kilomètres), il faudrait que j’assure derrière…
Vous avez mis du temps à réaliser ce succès qui devait fatalement arriver au vu de vos progrès constants?
Cela fait longtemps que je travaille pour ça. J’attendais que mon moment arrive enfin, mais je n’étais pas hyper confiante que ce serait ce jour-là. À la fin, quand j’ai passé les filles dans les derniers mètres, c’était dur, cela n’avait pas l’air d’être le bon jour (rires), mais j’ai tout donné!
Ce succès, qui ne doit rien au hasard, signe-t-il un déclic?
Je l’espère, je pense quand même que je vais mettre du temps à le réaliser vraiment.
On a vu également sur les images de la télévision française que vous étiez appréciée de tout le peloton…
C’est vrai, beaucoup de filles m’ont félicité. Elles m’ont rappelé tout le travail que j’ai fait dans les courses précédentes, notamment dans le Tour de France. Même des adversaires. Dimanche, Paula Blasi était contente pour moi. Tout mon travail a payé.
Je sais où je roulerai en 2027, je ne peux pas encore le dire, je pense que la nouvelle ne devrait pas tarder
À qui dédiez-vous ce premier succès?
À tous ceux qui ont cru en moi, encore plus cru en moi. À tous les gens qui m’ont aidé avant que j’arrive dans cette équipe EF Education-Oatly. Comme les dirigeants de l’équipe Andy Schleck avec Tim Ballini qui me soutient toujours, par exemple sur les championnats nationaux. Ou mon entraîneur Michel (Wolter) qui a encore plus cru à ce truc que moi et qui me prépare d’une façon dingue. Ces trois dernières années, j’ai fait de grands pas grâce à lui. Et je pense aussi à mon équipe.
Vous n’avez que 25 ans, ce qui laisse augurer de belles choses encore…
Je l’espère bien, oui. Jusqu’à maintenant, tous les ans, je progresse, je bats mes records personnels à l’entraînement. Je fais de grands pas tous les ans. Mon entraîneur me dit que je vais encore progresser ces trois prochaines années. Je reste patiente.
Quelle sera la suite de votre programme?
On a des courses en France ce week-end, mais je pense que je ne vais pas les faire car ensuite, j’aurai les championnats du monde au Canada et les championnats d’Europe en Slovénie. On ne sait jamais si je me retrouve dans la bonne échappée avec plusieurs grandes équipes. Et c’est la forme du moment qui va compter.
Vous vous retrouvez en fin de contrat. Vous savez où vous roulerez en 2027?
Ou, je le sais, je ne peux pas encore le dire, je pense que la nouvelle ne devrait pas tarder…