[Football]
Maîtrise espagnole contre furia argentine, opposition de styles en finale
[MONDIAL-2026] Contrôle contre insouciance, force du collectif contre équipe au service de Messi : la finale entre l’Espagne et l’Argentine, dimanche près de New York, opposera deux modèles affirmés.
La possession espagnole contre la grinta argentine
Entre possession, parfois à outrance, et redoublements de passes en une ou deux touches maximum, l’identité de jeu espagnole fait le succès de la Roja depuis le titre européen de 2008. Dans ce Mondial, ses circuits de passes ont d’abord été inoffensifs face au Cap-Vert (0-0), avant de monter en intensité et en efficacité sous l’impulsion du trio Rodri-Ruiz-Olmo, le «meilleur» entrejeu du monde selon leur sélectionneur Luis de la Fuente. Le deuxième but inscrit face à la France par Pedro Porro, au bout d’une séquence d’une vingtaine de passes partie de la surface espagnole, illustre à la perfection cette maîtrise.
Pour dérouter ses adversaires, l’Argentine, elle, a jusque-là misé sur un jeu plus direct, et surtout sur une capacité à rester en vie quel que soit le scénario. Poussés en prolongation face au modeste Cap-Vert (3-2 en 16es) et contre la Suisse (3-1 en quarts), mais surtout menés 2-0 en huitièmes par l’Égypte jusqu’à la 79e minute avant de l’emporter 3-2, les Argentins ont encore fait parler leur «grinta» et ce supplément d’âme pour renverser les Anglais en demies (2-1), avec une égalisation d’Enzo Fernandez à la 85e et un but vainqueur de Lautaro Martinez dans le temps additionnel.
Messi et ses soldats contre la force du collectif
Idole jusque dans son vestiaire, Lionel Messi aimante tous les ballons dans une équipe argentine dont les membres lui sont dévoués corps et âme. Avec huit buts et quatre passes décisives en sept matches, et des prestations époustouflantes malgré ses 39 ans, l’octuple Ballon d’or le leur rend bien. Mercredi encore, c’est lui qui a servi Fernandez pour l’égalisation puis trouvé la tête victorieuse de Lautaro. Et lorsque l’intensité adverse se fait trop forte sur le génie argentin, ses dix partenaires se muent en gardes du corps pour protéger leur joyau.
Dans ce Mondial où les performances des stars ont fait les gros titres pendant un premier tour à l’enjeu limité, Lamine Yamal lui s’est fait plus discret. Tout juste de retour de blessure pour disputer le tournoi, la star de la Roja n’a inscrit qu’un but. Mais qu’importe. Dans le dispositif de Luis de la Fuente, il ne cherche pas à endosser le costume du héros et se fond parfaitement dans le collectif bien rodé de l’Espagne, symbolisé par l’altruisme de son n° 10 Dani Olmo.
Deux équipes qui savent jouer à la limite
Charges dans le dos, coudes qui traînent et semelles : face aux Anglais, les Argentins ont d’abord fait étalage de toute leur palette pour pourrir la rencontre, le quotidien britannique The Telegraph ayant décompté les «31 coups bas» de l’Albiceleste, «maîtres sud-américains des forces du mal». Une fois la partie renversée, les mauvais gestes ont laissé place au chambrage et à la malice d’Emiliano Martinez, feignant une douleur à l’ischio-jambier pour gagner quelques secondes, jusqu’à faire perdre ses nerfs à Jude Bellingham, coupable d’une gifle dans la tête de Valentin Barco après le coup de sifflet final.
La Roja n’est pas non plus du genre à se laisser marcher dessus. En demie, les Espagnols ont su mettre le pied quand il le fallait pour tuer dans l’œuf le jeu de transition français et boucler la rencontre avec 12 fautes, seulement trois de moins que les Argentins. Dans un registre un peu moins exubérant, ils ne sont pas non plus avares de roublardise. Dans une fin de match aux airs de toro géant, le gardien Unai Simon a incité Kylian Mbappé à une faute de frustration grossière, quelques minutes après avoir feint un contact au visage avec Théo Hernandez. Reste à voir qui dégoupillera le premier dimanche.