Futsal
Le FCD03, empêché d'être plus performant par... la loi
[LIGUE DES CHAMPIONS] Differdange va devoir avoir de la réussite, ce vendredi, pour accéder aux 8es. Mais si Zalgiris l'élimine, il aura des regrets : il ne lui aura pas manqué grand-chose. D'avoir la loi pour lui, par exemple.
On a coutume de dire que quand on n'a pas de pétrole, il faut des idées, mais quand cela touche au futsal luxembourgeois, l'adage change totalement de perspective : quand on n'a que 100 000 euros de budget, il faut... aussi avoir la loi de son côté.
Toute cette semaine, l'équipe differdangeoise se bagarre avec des équipes professionnelles. Et cela peut prendre des proportions trop concrètes : le salaire mensuel du pivot brésilo-géorgien d'Unisport, Elisandro, avec charges sociales et tout le tremblement, mangerait à lui seul le budget annuel du champion luxembourgeois.
Pour contourner ce problème, même être malin ne peut pas suffire : la loi luxembourgeoise empêche le FCD03 d'aller chercher son bonheur de façon pérenne au-delà des frontières européennes. Tout simplement en énonçant cette règle que les sportifs extracommunautaires qui débarquent avec des visas spécifiques n'ont pas le droit de travailler pour un employeur privé, en dehors de leur sport.
Salaire minimum et résiliations
Differdange adorerait se permettre de faire venir des Sud-Américains en prenant à sa charge 20 h de leur temps hebdomadaire tout en les poussant à s'insérer dans le monde du travail, ce qui absorberait une bonne part des coûts de fonctionnement. Il n'en a pas le droit.
«Et si je dois les payer au salaire minimum qualifié sur notre budget futsal, complète Filipe Costa, vice-président du club et en charge de la section futsal, alors je ne peux pas les garder plus de trois mois. Le temps de la campagne européenne. Du coup, on doit résilier le contrat de travail pendant la période d'essai. Alors que ce serait tellement plus logique de leur trouver un deuxième employeur et qu'ils s'inscrivent avec nous sur la durée.»
C'est bien pour ça que, de guerre lasse, le champion a réduit la voilure sur les renforts paraguayens, qui étaient son terrain de chasse depuis peu. Des joueurs qu'il n'avait légalement même pas le droit de loger ailleurs qu'au pays, quand ses capacités d'accueil sur le territoire luxembourgeois sont épuisées.
Le ministère prêt à changer?
Le FCD03 comptait ainsi toujours quatre à cinq extracommunautaires sur les débuts de saisons précédentes. Aujourd'hui, il ne s'en autorise plus que deux : le Marocain El Mezouari et le Paraguayen Poggi. Ça limite les problèmes dans les bureaux autant que cela restreint les solutions sur le terrain dans le même temps.
Mais Filipe Costa a déjà été toquer à la porte du ministère. C'était bien avant le début de ce tournoi à quatre qui se clôture ce vendredi, avec un Differdange encore en mesure de passer au prochain tour, celui des matches à élimination directe. «Je leur ai proposé de créer un groupe de travail pour changer d'optique, en sachant que cela pourrait profiter à tous les autres sports collectifs du pays et hausser le niveau. Ils m'ont répondu qu'ils allaient y réfléchir.»
Avant et après cette prise de contact, le comité differdangeois a, ces derniers mois, refusé des prêts de jeunes joueurs prometteurs venus de l'autre côté de l'Atlantique. Tout simplement parce que le FCD03 ne peut prendre en charge seul un salaire qui permette à ces gamins de vivre décemment au Grand-Duché. Il s'est ainsi privé de renforts qui auraient peut-être permis d'être en position favorable avant le dernier match contre Zalgiris plutôt qu'en position de chasseur.
Mais contre les Lituaniens, devant plus de 600 spectateurs, ce sera la loi de la jungle : que le plus fort emporte le morceau, avec ou sans coup de pouce législatif.