[Cyclisme]

La Flèche chevillée au cœur

Si la Flèche du Sud est montée en gamme, c’est grâce à une initiative de Ben Funck, le président de la Vélo Union Esch et du comité d’organisation.

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C'est déjà la troisième Flèche du Sud pour Ben Funck en tant que président.
C'est déjà la troisième Flèche du Sud pour Ben Funck en tant que président.

Pas besoin de bien longtemps pour comprendre qu’entouré par son équipe, Ben Funck (32 ans) se trouve comme un poisson dans l’eau. Le 15 avril dernier, jour de présentation de la Flèche du Sud à l’hôtel de ville d’Esch-sur-Alzette, qu’il connaît comme sa poche en sa qualité de conseiller municipal, notre rendez-vous prend un peu de retard.

On téléphone à Mats Wenzel, qui vient juste de terminer deuxième de la deuxième étape du Gran Camillo. Ben Funck esquisse un sourire en coin, le coureur luxembourgeois, qui sera ambitieux au sein de la sélection nationale, est l’une des têtes d’affiche de cette édition qui part ce mercredi de Stadtbredimus, une édition promue dans la catégorie 2.1, c’est-à-dire ouverte aux équipes professionnelles.

Son comité arrive au compte-gouttes. Un mot à l’un ou l’autre. Une tape amicale. Un réglage de micro pour que tout soit bien raccord. Toutes ces formalités expédiées, le voilà prêt à dérouler le fil de son histoire peu banale. Plusieurs fois, l’émotion va affleurer dans la conversation menée à forte intensité. Inutile de beaucoup le relancer. Le flot est continu.

Depuis son arrivée comme président de la Vélo Union Esch et, par voie de conséquence directe, de la Flèche du Sud voici déjà trois ans, Ben Funck, inconnu jusqu’alors dans le monde du cyclisme, s’est fait une place. Non seulement le jeune homme, qui est d’un commerce agréable, est apprécié de son équipe, mais il est aussi respecté pour sa propension à s’emparer et à régler les dossiers qu’il prend à bras-le-corps.

L’accession de la Flèche du Sud dans la catégorie 2.1, dans une division supérieure à celle dans laquelle elle était auparavant, c’est lui. «Après consultation et approbation du comité d’organisation et de nos sponsors», rectifie cet «Eschois pur souche avec des racines très ancrées ici», prend-il le soin de préciser.

D’ailleurs, il a effectué tout son parcours scolaire à Esch, d’abord à l’école fondamentale Dellhéicht, puis au lycée de garçons. Il est ensuite allé à l’université à Belval, où il a décroché un bachelor en gestion, avant d’embrasser sa carrière professionnelle chez Lux Connect, où il officie en tant que Sales Manager.

Marié jeune aux responsabilités, Ben Funck ne le cache pas, il a surtout la politique chevillée au corps. «On m’a démarché en 2017 pour les élections communales. Quand on est jeune, on ne pense pas être élu immédiatement. À l’époque, j’avais 24 ans, les gens me connaissaient, car j’étais secrétaire pendant quatre ans de la commission jeunes, mais je ne pensais pas devenir membre du conseil communal de la ville d’Esch…»

C’est pourtant ce qui est arrivé en 2021 à la suite du départ de Dan Codello. «Le poste revenait à un membre du Parti socialiste (LSAP) et c’est moi qui ai eu cette chance.» Le 19 mars 2021, il sera le dernier conseiller à être assermenté dans la vieille salle des séances. Il sera réélu en 2023.

Cela ne nous dit pas encore pourquoi il est devenu président du club cycliste en succession d’Henri Hinterscheid. «Le club voulait trouver quelqu’un qui s’engagerait sur une longue durée et l’ancien président a été l’un de mes mentors politiques, il m’a beaucoup soutenu. J’ai accepté sous réserve d’une seule chose : que le comité soit d’accord avec ma candidature…»

Avant que ça ne soit acté, il tient à passer six mois comme membre ordinaire. À l’issue de ce délai, le comité dit banco. «Je voulais devenir le capitaine à condition que l’équipe soit derrière moi», soutient-il comme on édicte une évidence. Le voilà désormais au cœur de l’action. De passionné lambda, Ben Funck en est devenu l’un des organisateurs. «Organiser une course n’a rien à voir avec la culture de ce sport. Avant de me lancer, je n’avais aucune idée de ce que j’aurais à faire dans les détails.»

Il ne le cache pas, il lui a aussi fallu convaincre sa compagne, fonctionnaire communale à Roeser, et lui faire accepter l’idée que le temps passé en famille deviendrait encore un peu plus rare et précieux.

«Être ouvert pour faire de nouvelles connaissances, être ouvert aux discussions» est son leitmotiv.

Il a aussi dû prendre sur lui et convaincre, toujours convaincre, du bien-fondé d’organiser cette épreuve qui oblige les riverains à patienter, les autorités à fermer les rues le temps du passage de la course, «ce qui n’est jamais simple». «C’est important de discuter avec tous les décideurs, les autorités, les ministères des Sports, du Tourisme et de l’Économie, les sponsors, mais aussi les bénévoles. Un bénévole qui travaille depuis vingt ans pour la Flèche du Sud et qui voit devant lui un jeune gugusse comme moi, il va se demander pourquoi il s’engagerait. Mais on a la même vision, celle du sport…», reprend-il.

On a vu arriver Ben Funck. Il a manifestement fait son trou. Et compte bien continuer. «Tant que ma santé me le permet», pointe-t-il avant d’aller droit au but : «Il y a des choses dans la vie qui sont beaucoup plus importantes.»

Il n’en reste pas moins que la politique reste sa priorité. «Je veux avoir des passions réalistes. Ma grande passion, c’est mon mandat politique, faire des choses pour les gens. J’aime aider, être à l’écoute des gens.»

Je veux être le Ben d’Esch et non un Funck national

Dans sa vie privée, il aime voyager et la gastronomie. «Si je peux relier les deux, c’est important. Le cinéma aussi, mais pour récupérer…» Car il ne cache pas, dès que la lumière s’éteint, il s’y endort comme un bébé.

Sans fard ni faux-semblant, ce fils unique, qui préfère les films comiques aux psychodrames, se dit d’une nature optimiste en dépit d’une jeunesse loin d’être toute rose. «Mon père est décédé quand j’avais 18 ans, je passais le bac, ma mère n’était plus là et j’ai dû lutter. C’est ce que j’ai fait. Finalement, cette période m’a renforcé, car j’ai compris que les choses ne tomberaient pas du ciel, qu’il fallait travailler pour évoluer.»

Grâce à sa grand-mère et à ses potes, Ben Funck a redressé la tête. Bon nombre de ses bons copains sont devenus aujourd’hui des signaleurs sur le parcours de la Flèche du Sud.

En politique, il ne voit pas son avenir ailleurs qu’à Esch-sur-Alzette. «Je veux être le Ben d’Esch et non un Funck national», illustre encore celui qui, rayon sport, trouve quand même le temps de continuer en troisième équipe au HB Esch, où il se régale en qualité de pivot, ça ne s’invente pas.

Dans les troisièmes mi-temps passées au café Pirate, toujours dévoreuses d’énergie, il trouve son équilibre «pour voir les copains et faire quelque chose pour son corps», termine celui qui réside à Esch-Lallange et culpabilise un peu d’avoir quitté son cher Esch centre…

EN BREF

Ben Funck, 32 ans, conseiller municipal de la ville d’Esch-sur-Alzette, est le président du club cycliste Vélo Union Esch et le président du comité d’organisation de la Flèche du Sud depuis trois années.

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