[Football]

Kabungwe, le «gros nounours» qui fait mal aux défenseurs

[BGL LIGUE] L’avant-centre de Käerjeng n’en finit pas d’impressionner, tant par ses dimensions que par ce qu’il en fait. Portrait d’un garçon qui était encore un illustre inconnu vivotant à Londres il y a six mois.

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Le monstre au milieu de ses victimes.
Le monstre au milieu de ses victimes.

Ça semble énerver un peu David Vandenbroeck que Steven Kabungwe apprécie autant de se balader torse nu quand il est au stade. Il file des complexes à tout le monde : «Ses abdos, on dirait des balles de tennis. C’est très impressionnant. Je suis content de ne pas prendre ma douche avec lui.»

Même quand il a un maillot sur les épaules, l’Anglais d’origine congolaise, qui a, paraît-il, trois frangins aussi charpentés que lui (c’est à se demander comment leur mère les nourrissait), saisit aussi d’étonnement le fan de base.

Comment ne pas être stupéfait devant ce monstre de 1,96 m et de 100 kilos tout pile («mais le muscle, ça pèse plus lourd que la graisse et lui, il n’a pas un « pète » de graisse», complète Vdb), qui sprinte comme s’il avait le diable aux trousses?

Dans ce domaine, le premier réflexe du connaisseur de football est quasi conditionné. En voyant monter Kabungwe sur un terrain, on se convainc instantanément que ce doit être un tracteur d’une lenteur incompatible avec le haut niveau. Son premier but en BGL Ligue, contre Differdange, sur un sprint de 40 mètres balle au pied lors duquel personne ne l’avait rattrapé, avait commencé à prouver le contraire. Son troisième, une accélération pour profiter d’un centre mal repoussé contre le Progrès, a encore illustré sa vélocité, samedi soir. Et son entraîneur enfonce le clou : «Sur les dix premiers mètres, le plus fort chez nous, c’est Dieye. Et sur de longues distances, c’est Mabwati. Mais sur 30 mètres, personne ne passe devant Kabungwe. Et c’est pour ça qu’il faut qu’il sorte après une heure. Il ne peut pas faire plus.»

Un corps comme ça est énergivore. Ça fait rire l’intéressé, prof de fitness avant d’arriver au Grand-Duché, qui aborde le chapitre de l’alimentation en égrenant ses petits plaisirs culinaires. Œufs, pancakes, pâtes et riz… «Des basiques. Je ne mange pas tant que ça.»

Il vient du… 10e échelon anglais

Il y a six mois, Steven Kabungwe évoluait en «Step 6», le dixième échelon du football anglais, où l’on trouve encore des joueurs semi-professionnels. C’est là que l’ont découvert, au mois d’avril, l’agence Cerebral Vortex d’Atta Kouassi, Ivoirien basé à Londres, qui possède aussi un club au pays, pour développer les jeunes talents africains, ainsi qu’une… connaissance de hasard, Nico Zenner, ancien président de l’UNK rencontré un jour dans le sud de la France.

Alors, fatalement, quand les Bascharageois ont cherché un avant-centre…

Kabungwe est alors le buteur attitré d’Enfield Borough, un club situé à l’est de Watford. Les recruteurs d’Atta découvrent alors un monstre physique et ne sont même pas étonnés que personne n’ait jamais eu vent de lui : «À Londres, il y a une abondance incroyable de talents. C’est compliqué de s’y faire un nom sans manageur. Dès que tu sors du système et que tu ne viens pas d’une académie comme Crystal Palace ou Chelsea, c’est très dur de se retourner.»

Tout le monde était par terre et lui toujours debout. Le gars, c’est un arbre!

En vrai, Kabungwe a longtemps voulu consacrer ses quasi deux mètres au basket. Mais il s’est rendu compte, à onze ans, qu’il n’avait «aucune chance d’atteindre la NBA».

Cela veut-il dire qu’il estime avoir une chance d’atteindre le monde pro dans le ballon rond? Il se consacre en tout cas au foot et fréquente un peu le club de Stevenage. Une blessure le cloue pourtant deux ans à l’infirmerie en plein covid, à un moment où trouver un médecin capable de résoudre son problème est impossible au Royaume-Uni, qui perd alors plus de 230 000 âmes.

Pas de télé, pas de console, mais des livres

Une douzaine de semaines après avoir été «découvert», le Londonien né dans le quartier d’Hackney, au nord de la City, débarque au stade Um Dribbel et finit par rester après avoir inscrit un but d’un coup de boule monumental contre le F91, juste avant d’être sorti par le staff. «Sur cette action, tout le monde était par terre et lui toujours debout», rigole Vandebroeck. «Le gars, c’est un arbre. Quand j’étais défenseur, je détestais deux choses : les gars qui vont vite ou les gars puissants. Lui, il coche les deux cases.»

Puissance, vitesse… et intelligence. Titulaire d’un master en science du sport, Kabungwe a commencé à apprendre le luxembourgeois immédiatement après la signature de son contrat d’une année plus une. «Les chiffres, je les maîtrise, maintenant», sourit-il. Pas d’écran de télé ni de console chez lui : «Cela m’éloignerait de mon objectif : m’ouvrir l’esprit.» Par contre, il y a des bouquins (beaucoup de biographies), dans son appartement de Rodange. La lecture du moment parle de la création de la compagnie Nike.

«Quand on a 24 ans, pour croire encore qu’on peut passer pro, il faut avoir la bonne mentalité, et lui, il l’a», jure son agent. Qui espère qu’après une année de DN, Kabungwe sera déjà prêt à aller frapper un peu plus haut. Malgré une certaine aisance de joueur de rue, le gentil géant, qui se retient de jouer de sa puissance à l’entraînement («C’est un gros nounours attentionné», dit de lui Vdb) par peur de blesser ses coéquipiers, doit revoir certains fondamentaux tactiques. Ceux qu’il n’a jamais appris. Et dire qu’il fait déjà si mal en n’ayant pas encore appris tout ce qu’il doit, juste grâce à ses dimensions à la Romelu Lukaku ou à la Brian Madjo…

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