[C’était mieux avant]

Julien Fostier : «Pjanic avait une vista, une malice…»

De l’éclosion de son ami Miralem Pjanic à Metz à une ultime montée en PH avec Belvaux, le Français Julien Fostier, coach adjoint du Progrès Niederkorn, revient sur une carrière qui l’a vu croiser pas mal de beaux noms.

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Julien Fostier a mis fin à sa carrière de joueur en 2025 pour devenir l'adjoint de son grand ami Vivian Reydel au Progrès Niederkorn.(Photo : Jeff Lahr).
Julien Fostier a mis fin à sa carrière de joueur en 2025 pour devenir l'adjoint de son grand ami Vivian Reydel au Progrès Niederkorn.(Photo : Jeff Lahr).

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Vous avez pris votre retraite de joueur à l’été 2025. Mais vous souvenez-vous du jour où vous avez décidé d’arrêter?

Julien Fostier : Ça s’est décidé juste à la fin de la saison dernière, quand Vivian Reydel a su qu’il allait passer numéro 1 au Progrès. Il tenait absolument à ce que je le suive comme adjoint et a tout mis en œuvre pour me convaincre. Vivian, je l’ai connu à mon arrivée à Metz, à 13 ans, et depuis, on ne s’est jamais lâchés. Avec lui, Miralem Pjanic et Ilies Haddadji (actuel directeur sportif de Thionville), on forme un groupe d’amis très soudés. Clairement, si ça n’avait pas été lui, je serais encore en train de jouer.

À Belvaux, j’étais sur la fin, mais je prenais encore du plaisir, et j’avais toujours cette envie… Ç’a été une décision mûrement réfléchie, mais très longue et compliquée à prendre. Pour plein de raisons et de critères, il fallait que j’y aille, mais quand tu as chaussé les crampons à cinq ans, que tu t’entraînes presque tous les jours, ce n’est pas évident de dire stop.

En parlant de votre formation à Metz, on imagine que le meilleur joueur avec qui vous ayez joué se nomme Miralem Pjanic…

Bien évidemment que c’est lui! Pourtant, à Metz, j’ai joué avec de très bons joueurs, comme Joris Delle (ex-Nice, Lens, Feyenoord…), Thibaut Bourgeois (ex-Käerjeng), Rudy Gestede (Blackburn, Aston Villa, Middlesbrough…), Gaëtan Bong (Olympiakos, Brighton, Nottingham…) ou Sébastien Bassong (Newcastle, Tottenham, Wolverhampton…), mais lui… il était très doué, très tôt. On ne voyait pas comment il aurait pu ne pas être pro. Au-delà de sa qualité technique au-dessus du lot, il avait une vista, une malice qu’on ne voit presque jamais à cet âge. Quand on voit sa carrière (Lyon, AS Rome, Juventus, Barça…), il n’y a pas que du travail, il y a aussi énormément de talent.

Et le meilleur que vous ayez affronté?

Yacine Brahimi (international algérien passé par Porto). En jeunes (à Rennes), il était fantastique. Et aussi Gaël Kakuta (ex-Lens, Chelsea, Séville FC…). Lui, c’était vraiment la classe! Avec Metz, on a eu la chance d’être champions de France en U16. Lors de la demi-finale territoriale à quatre, on avait éliminé Guingamp, Lyon et Lens. Contre Lens, on menait 3-0, et il était tellement en rage que sur l’engagement, il a pris le ballon, dribblé tout le monde et marqué tout seul. Lui, techniquement, c’est le top! Même à la dernière CAN (avec la RD Congo), il était encore facile. Ce titre de champion de France, je dirais que c’est ma plus belle victoire. En finale, on avait battu Auxerre 3-0 alors qu’ils étaient favoris. On avait fait une vraie finale! Ce sont des moments qui marquent, surtout quand tu es jeune.

Des mecs comme Joé Frising ou Deniz Muric, ce sont des phénomènes! Toujours à vouloir faire les cons

Le plus méchant?

Des méchants, je n’en ai pas connu, mais des fous, oui! J’entends par là des super gars, mais imprévisibles, toujours prêts à faire la fête! Des mecs comme Joé Frising ou Deniz Muric (côtoyés à Käerjeng), ce sont des phénomènes! Toujours à vouloir faire les cons. Mais c’est bon, pour un groupe!

Quelle est la meilleure équipe dans laquelle vous avez joué?

Celle de ma première année à Virton (2010/2011), avec Jerry Prempeh, Jordann Yéyé (ex-F91 et Swift), Thomas Meunier… Il y avait aussi Guy Blaise (33 capes avec le Luxembourg entre 2009 et 2015) et un attaquant français, Gaël Maïa, qui avait été formé à Bordeaux et été sacré champion du monde U17 (en 2001) avec Florent Sinama-Pongolle et Anthony Le Tallec (recrutés très jeunes par Liverpool)! Cette saison-là, on avait dû gagner nos dix premiers matches, alors qu’on était en totale reconstruction. C’était totalement inattendu! À la trêve, j’ai failli signer à l’Union Saint-Gilloise, qui était dans le même groupe de D3 que nous, mais le directeur sportif a dit « personne ne part cet hiver, on attend la fin de saison » (Virton finira 2e), et à juste titre, car l’équipe fonctionnait du feu de Dieu. Ce n’était pas l’Union d’aujourd’hui, mais ils avaient déjà ce public. Si j’avais pu vivre ça…

Et la plus belle équipe que vous avez affrontée?

Au Luxembourg, c’est le Dudelange époque Dino Toppmöller. L’année où ils jouent la Ligue Europa (2018/2019), avec notamment Danel Sinani, ils avaient des top joueurs à tous les niveaux, même les doublures! En France, j’ai affronté plein de grosses équipes en jeunes, mais je n’ai pas eu la chance de jouer une équipe pro en Coupe. Avec Villefranche, on a pourtant fait un 32e de finale, mais on ne peut même pas valoriser le parcours : on était un gros club de N2 (D4), qui visait la montée chaque année, et on avait perdu contre Sarre-Union, qui jouait le maintien… C’était frustrant. C’est sans doute mon plus grand regret : pouvoir affronter une top équipe, te jauger face à des joueurs professionnels, avec tout l’engouement que ça suscite autour, ce sont des choses à vivre!

Votre plus belle fête?

Des fêtes, j’en ai fait des belles! Mais à Käerjeng, l’année de la montée en BGL Ligue (2022), avec toute l’équipe et le staff, on était partis à Majorque. C’était un très gros week-end!

Ce n’était pas l’Union Saint-Gilloise d’aujourd’hui, mais ils avaient déjà ce public. Si j’avais pu vivre ça…

Votre plus beau but?

Un coup franc marqué avec Virton d’une trentaine de mètres, plein axe, contre Zaventem je crois. Je l’avais frappé « à la Juninho », un peu flottant. Miralem aimait bien les tirer comme ça aussi.

Votre pire blessure?

En dehors d’une blessure au ménisque – et encore, j’étais rétabli en deux mois –, j’ai eu la chance d’être épargné et de ne jamais avoir été éloigné des terrains bien longtemps. Pourtant, je n’étais pas forcément le plus strict au niveau de mon alimentation! Je ne mangeais pas n’importe quoi, mais je ne me restreignais pas non plus.

Quel est le coach qui vous a le plus marqué?

Celui qui m’a le plus marqué et donné l’envie d’être coach, c’est Sébastien Muet, mon premier entraîneur à Metz, qui est maintenant directeur du centre de formation à Monaco. Il m’a toujours inspiré. Au début de ma formation, il m’avait reconverti latéral droit, car on avait tout le temps la possession et qu’il souhaitait un joueur qui soit bon dans l’utilisation du ballon à ce poste. J’ai dû jouer là deux ou trois ans, mais quand il a fallu défendre contre de vrais joueurs, c’est devenu plus compliqué (il rit) et je suis repassé au milieu! Arrière droit, ce n’était pas trop mon plaisir, mais sachant que les bons latéraux ne courent pas les rues, à l’époque, si je m’étais donné à fond sur ce poste, peut-être que j’aurais eu d’autres débouchés.

C’est un regret, ça aussi?

Je pars du principe que tout est écrit, mais quand tu grandis et prends du recul, tu te dis « j’aurais pu mieux faire ». J’ai beaucoup joué sur mes acquis, sur ma qualité technique, et n’étais pas un grand travailleur. Si je m’étais donné les moyens de faire plus, j’aurais pu avoir une carrière pro sur le long terme, même si cela dépend de plein de facteurs. Mais j’ai quand même vécu du foot jusqu’à ce que j’arrive au Luxembourg (en 2016).

Je me sentais bien à Villefranche, au point de refuser une offre de Martigues, mais un jour, j’en ai eu marre : en N2 ou N1, tu vis bien, mais tu enchaînes les CDD et n’arrives pas à te projeter. Je venais d’avoir mon fils et voulais me stabiliser, jouer tout en ayant un emploi, et c’est comme ça que je suis arrivé au Luxembourg sur les conseils d’Ilies Haddadji (alors à Mondorf).

Je devais signer au RM Hamm Benfica, alors coaché par Dan Santos (l’actuel sélectionneur des dames du Luxembourg), mais le temps que je monte pour signer, le club s’est ravisé en raison de la règle sur les « JT » (joueurs transférés) et j’ai atterri à Rumelange. Un mal pour un bien : Gérard Jeitz (le président de l’USR) m’a fait embaucher dans l’entreprise où il était directeur, et j’y suis toujours aujourd’hui!

Ses faits d’armes

Né le 27 août 1990 à Arras, dans le nord de la France, c’est à Vesoul puis à Chambéry, au gré des mutations professionnelles de son père, que Julien Fostier a appris le football. Mais c’est à Metz, qu’il a rejoint à 11 ans, qu’il a entrepris d’en faire son métier. Non conservé par les Grenats après neuf ans au club, le milieu offensif a ensuite évolué deux saisons à Virton (D3 belge), quatre à Villefranche (alors en D4 française) et neuf au Luxembourg, où il a principalement porté les maillots de Rumelange (2016-2020) et Käerjeng (2020-2024), cumulant 100 matches de BGL Ligue et 68 de Promotion d’honneur. Avant une ultime pige à Belvaux (D1), conclue en 2025 sur une montée en PH.

Aujourd’hui

Salarié d’une entreprise spécialisée dans le stationnement au Luxembourg depuis que Gérard Jeitz, son président à Rumelange, l’y a fait embaucher à son arrivée au club en 2016, Julien Fostier est aussi, depuis l’été 2025, l’adjoint, ou plutôt le «binôme» de Vivian Reydel au Progrès Niederkorn. Sa première expérience auprès des seniors, après avoir coaché les U15 du RFCU (2021-2023), dont un certain Brian Madjo (transféré cet hiver de Metz à Aston Villa pour 12 millions d’euros), puis ceux de Käerjeng (2023/2024). «J’ai toujours eu ça en moi, confie celui qui est en passe d’obtenir le diplôme UEFA C. J’ai toujours su que j’allais être coach.»

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