[C’était mieux avant]
João Guedes : «Otto Heel détestait les séances pyjama»
Fidèle à Esch pendant l’intégralité de sa carrière, l’ancien ailier gauche nous partage ses souvenirs les plus marquants.
La meilleure équipe face à laquelle vous ayez joué?
João Guedes : Le THW Kiel, c’était en Coupe d’Europe en 1996. Dans le temps, ils avaient des joueurs comme Wislander, qui avait été nommé joueur du siècle, et Staffan Olsson. Pour moi, c’est la meilleure équipe que l’on ait affrontée. C’était magnifique, déjà chez nous et puis après dans leur salle devant 5 000 spectateurs. Et l’ambiance entre les deux équipes, surtout après le match retour en Allemagne, c’était super : on avait fait une sortie avec tous les pros.
En fait, on avait joué le match aller à domicile un samedi et comme pour nous c’était le nec plus ultra, après le match on voulait les rejoindre dans les vestiaires avec une caisse de bières. Mais ils nous ont dit que ce n’était pas possible, que leur entraîneur allait leur tomber dessus car ils avaient un match très important en Bundesliga le mercredi.
Ils nous avaient alors promis de sortir avec nous après le retour. Et ils ont tenu leur promesse : deux taxis nous attendaient et puis nous sommes partis. C’est la meilleure équipe que l’on ait affrontée, mais aussi la meilleure équipe au niveau des relations humaines.
Le meilleur joueur contre lequel vous ayez joué?
Pour moi c’était vraiment les deux Suédois de Kiel. À l’époque, on avait aussi joué contre le Chambéry de Richardson. Mais je n’étais pas trop dans le coup, j’ai manqué le déplacement là-bas car c’était la naissance de l’un de mes enfants.
Et avec lequel vous ayez joué?
Il y en a quelques uns! Le meilleur, c’était certainement Udo Rothe avec qui on a commencé à Esch. C’était un joueur de la ex-RDA qui, je crois, a fait les Jeux Olympiques et les championnats du monde. Il jouait à Magdebourg avant de venir chez nous. Niveau qualité, c’était l’un des meilleurs.
Après il y en a eu beaucoup d’autres, chacun avait sa place. Mais je me souviens aussi très bien de Lionel Pérignon ou encore d’Ambrosio Dos Santos, qui venaient de France. Avec eux, c’était fantastique. On avait un groupe homogène tant au niveau des performances que de l’humain. C’était le début du Handball Esch, après la fusion. Je me rappelle bien de Perkovic aussi.
Le joueur que vous avez perdu de vue que vous aimeriez revoir?
J’essaie mais je ne l’ai jamais retrouvé (il sourit). C’est Christian Bolalo, un mec fantastique qui était venu jouer chez nous en provenance de Mulhouse il me semble. J’ai trouvé quelques traces, je crois qu’il est encore au Luxembourg et je demande à tout le monde, mais personne ne sait me répondre. C’est vraiment quelqu’un que j’aimerais bien revoir. C’était un bosseur, quelqu’un d’honnête et super. On s’était bien amusé ensemble. Je crois d’ailleurs que Christian Bock l’a déjà nommé dans l’un de vos articles.
Après le match retour à Kiel, on avait fait une sortie avec eux
Votre plus belle victoire?
Le dernier titre que j’ai remporté, je dirais, parce qu’on ne s’y attendait pas trop. Après quoi j’ai arrêté. Sinon, il y a eu quelques bons résultats contre des Suédois ou les Espagnols d’Altea.
Votre plus grand exploit?
Dans le sport cela compte beaucoup certes, mais je crois que le plus important c’est dans la vie en général. C’est d’être là où j’en suis avec mes enfants et ma famille. Et sinon, sportivement, peut-être le fait d’avoir été fidèle au même club pendant près d’une quarantaine d’années.
Christian Bolalo, c’est quelqu’un que j’aimerais vraiment revoir
Votre plus grosse déception?
Il y en a eu quelques-unes, notamment lorsque l’on perdait le dernier match à domicile, celui décisif pour le titre. C’est très dur de perdre un match clé chez soi et de voir l’adversaire fêter sur ton terrain. Il nous est aussi arrivé de gagner des titres en remportant le match décisif à l’extérieur, mais ce n’est pas aussi beau que de le gagner devant son public.
Votre plus grand fou rire?
Il y en a eu énormément (il rit). J’ai en tête des anecdotes avec certains coachs, des fous rires un peu bizarres. Par exemple, on avait fait une sortie en Coupe d’Europe et avant l’entraînement du matin nous étions tous morts. Et en plus je me souviens que l’on était arrivé en retard. L’un des joueurs, que je ne vais pas nommer (il sourit), s’était mis à plat sur le terrain. Il était tombé, mais on ne savait pas pourquoi.
On lui avait dit que le marquage au sol, les lignes étaient trop hautes (il rit). On avait dit à l’entraîneur qu’il ne se sentait pas bien, qu’il devait aller se reposer un peu. Je crois qu’il avait compris, mais il ne voulait pas trop nous gronder (il sourit). Sinon, il y a des petites scènes, des petits trucs que l’on se dit toujours aujourd’hui, le gars qui demande à Ambrosio : «T’as bobo où? Eh bien j’ai bobo là.» Ce sont des petites choses comme celle-ci.
Votre pire blessure?
J’ai eu le malheur d’être opéré trois fois aux épaules. Et puis ensuite, c’était surtout après ma carrière en jouant avec l’équipe 2 : je me suis fais les croisés et le ménisque. Plus tard, j’ai commencé à jouer au foot avec les vétérans à Mondercange et j’ai subi trois ruptures du tendon d’Achille.
L’entraîneur qui vous a le plus marqué?
Ce sont des noms qui reviennent souvent : il y a Maurizio Parisotto, quelqu’un de très marquant. Il était dur, mais c’était comme un père pour nous. Et puis bien sûr Otto Heel. Il était arrivé au début du Handball Esch, après la fusion, et je dois dire qu’il nous a vraiment bien formé. C’est l’entraîneur qui m’a le plus marqué. Avec lui, on a débuté les séances pyjama après avoir décroché un titre.
Lui détestait cela et venait tout sérieux à l’entraînement (il sourit). Je me souviens d’une scène : on avait remporté plusieurs titres d’affilée et j’avais enfilé tous les t-shirts de champion. Dans le cercle, pendant qu’il nous disait ce qu’on allait faire durant la séance, lui-même savait bien que c’était perdu d’avance. Et moi, j’enlevais les t-shirts les uns après les autres en prétextant que j’avais trop chaud (il rit).