[Football]
Filipe Costa : «Les fans devraient devenir la priorité numéro 1!»
[BGL LIGUE] Le drame du remplissage des stades de DN préoccupe énormément le FCD03. Dont le vice-président, Filipe Costa, va chercher des solutions un peu partout en Europe. Y compris dans les grands clubs.
Quand, en octobre 2025, elle est devenue l’EFC (European Football Clubs), l’ancienne ECA (Association des clubs européens) s’est démocratisée. Auparavant, le seul club luxembourgeois à être invité à la table des grands, c’était le F91. Désormais, le Fola, le RFCU, Differdange, Hostert… se déplacent régulièrement pour honorer de leur présence une organisation qui a pour but de rassembler, justement, le plus de monde possible.
Fin septembre, ils étaient plusieurs clubs grand-ducaux à se déplacer au Danemark pour la grand-messe annuelle, pour approfondir le réseautage entamé lors des groupes de travail annuels, auxquels participe Filipe Costa, vice-président du FCD03, qui veut «construire les opportunités de demain» et surtout trouver le moyen de ramener du monde au stade.
Quand le FCD03 se déplace au Danemark pour l’AG de l’European Football Clubs, en compagnie d’autres clubs locaux d’ailleurs, il représente le football luxembourgeois, ou avant tout lui-même?
Filipe Costa : On y va pour le FCD03. Pour renforcer nos liens avec certains clubs européens. On parle là de l’humain, de rencontres, de créer de l’intimité. On y va pour fortifier des partenariats. Differdange est de plus en plus connu en Europe et il ne s’agit pas que d’un petit club luxembourgeois qui va demander de l’attention aux grands clubs. Certains clubs, des clubs de D1 européennes, viennent nous voir car ils sont intéressés par une collaboration. Ils connaissent notre stratégie sportive. Il s’agit d’échanges qui peuvent avoir trait aux bonnes pratiques de gouvernance, à la façon de fonctionner, mais aussi, plus concrètement, à des prêts de joueurs.
Moi, mon rêve, c’est que tous les week-ends à Oberkorn, il y ait minimum 1 500 à 1 800 personnes
À la « façon de fonctionner ». Ça veut dire quoi?
On cible les choses qu’on veut mieux faire, comme le scouting, les analyses internes… Nos sensibilités nous portent beaucoup vers des clubs portugais et italiens, à l’heure actuelle. Mais on rencontre aussi des clubs d’Espagne et d’Europe de l’Est. Parce que les jeunes Luxembourgeois sont de mieux en mieux valorisés. De plus en plus de clubs européens veulent collaborer avec nous sur ce point.
Et donc vous, personnellement, travaillez avec un groupe de travail qui vous intéresse particulièrement?
Dans mon groupe, on réfléchit à la façon, au niveau commercial, d’amener plus de fans au stade. Il y avait là un club polonais, les Anglais de Wrexham ou l’Olympique de Marseille. Inutile de dire que nous n’avons pas les mêmes problèmes. Eux, le remplissage du stade, c’est facile mais ils cherchent à trouver des profits supplémentaires, à améliorer leur accès aux fans. Nous, notre souci, c’est de ramener les fans au stade. Presque le concept opposé.
Qu’est-ce que vous y gagnez, à aller chercher des « trucs » ailleurs sur le continent, dans des clubs bien plus grands que vous?
Ces clubs mettent en place des applications pour interagir avec les fans pendant la semaine, et après la rencontre, élire l’homme du match… Le but, ce serait d’avoir au moins 70 % du stade rempli avec des choses comme ça, mais nous, on en est loin. L’OM doit optimiser ses revenus, nous on n’en est pas là. Mais on doit commencer à penser à ce genre de « services » pour donner l’appétit aux gens de revenir. On a déjà commencé le brainstorming au niveau de notre marketing, mais c’est le genre de méthodes qui sont plus faciles à mettre en œuvre quand son s’adresse à 2 000 ou 2 500 personnes plutôt qu’à 200. Et ça, c’est un travail global et de longue haleine. Mais c’est ce qu’il faut mettre en pratique pour remplir les tribunes, désormais. Et le genre d’événement que sont ces groupes de travail de l’EFC peut ramener deux ou trois très bonnes idées.
Qu’est-ce qui vous semble le plus dur, dans cette vertigineuse reconquête qu’il faut lancer? Après tout, vous tournez aujourd’hui, après cinq journées, à une moyenne de 650 spectateurs seulement…
Ce n’est pas facile, à notre échelle, de faire en sorte que les gens passent la semaine à penser au club et que pour eux, le « highlight », ce soit le match du week-end. Il faut que les gens arrêtent de venir seulement quand il n’y a rien d’autre à faire, ou quand il ne fait ni trop chaud ni trop froid. On a un vrai problème culturel, au Luxembourg. On sait ce que font les grands clubs, mais nous, on n’arrive pas encore à appliquer leurs méthodes. On n’a pas assez de masse. Et puis les gens, ils ne viennent plus que pour le match mais pour le show. Vous avez remarqué ce que font les grands clubs, maintenant? Des feux d’artifice, des lumières qui s’allument et s’éteignent à chaque but…
On ne va pas demander 300 000 euros à la commune pour s’offrir un système de lumières qui clignotent!
Le show, au Luxembourg…
Ah ça, dans notre micropays, on ne va pas demander 300 000 euros à la commune pour s’offrir un système de lumières qui clignotent! Non, chez nous, la meilleure méthode pour attirer les gens, c’est encore de jouer la Coupe d’Europe. Les poules. Là, le stade serait rempli. On aurait tout le packaging pour vendre nos matches. Mais là non plus, sportivement, on n’y est pas encore.
Ce serait la seule solution viable?
Non. Et on le sait. Regardez le projet de Supercoupe de futsal : on a décidé ça au dernier moment, six jours avant, et on a travaillé sur les réseaux, avec une communication proche des joueurs, trois jours avant l’événement. Et on a fait 300 personnes à l’entrée. Après, au futsal, les gens sont plus accrochés. Pourtant, moi, mon rêve, c’est que tous les week-ends à Oberkorn, il y ait minimum 1 500 à 1 800 personnes. Ce ne serait pas anormal vu qu’on est l’une des plus grandes villes du pays, avec une grosse communauté portugaise. Mais on est peut-être trop stigmatisés amateurs? Pourtant, la fréquentation des stades, cela devrait être aussi important que faire revenir les bénévoles. Cela devrait concerner les clubs, la FLF et jusqu’au ministère. Les fans devraient devenir la priorité n° 1!
Et dire que Differdange est l’un des clubs les plus suivis au pays…
On fait déjà beaucoup de choses sur les réseaux, mais j’ai l’impression qu’on nous suit presque plus à l’étranger qu’au pays. On a 10 000-11 000 followers! Alors on serait en droit d’attendre un vrai engouement, avec au moins un dixième de ces followers au stade le week-end, non? Mais on est plus sur du 600-700 et on dépasse rarement les 1 000. Pour progresser, je pense qu’il faudrait que nous soyons capables d’investir une partie de notre budget pour la promotion. Mais notre priorité, surtout sans Europe, cela reste de payer les salaires, les charges…
Des indications sur les choses que vous pourriez mettre en place prochainement pour tenter de reconquérir le public?
On réfléchit. Je ne sais pas quelle voie on prendra, mais on va travailler avec nos équipes. On a mille idées. L’IA peut même y jouer un rôle. Mais on ne fera pas comme certains qui gonflent leurs chiffres et annoncent 1 000 personnes quand il y en a 100. Mais pourquoi ils font ça?