[Football]

Fabrizio Bei : «On a pris un avocat pour nos contrats»

[BGL Ligue] Fabrizio Bei, dont le FCD03 a initié la notion de préavis dans le foot grand-ducal, fait des transferts vers le monde pro un vrai sujet à quelques mois de l’élection présidentielle à la FLF.

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Décidément, transférer des joueurs vers le monde pro, ce n'est pas encore une victoire complète pour un club de DN.
Décidément, transférer des joueurs vers le monde pro, ce n'est pas encore une victoire complète pour un club de DN.

Ce vendredi, en Ligue 2, il y a un Boulogne – Red Star qui va opposer Théo Brusco à Guillaume Trani. Ça vous intéresse?

Fabrizio Bei : Mais bien sûr que ça m’intéresse! Et même énormément! C’est une fierté pour moi, pour nous. J’avais envoyé un message à Théo (NDLR : Brusco) pour le féliciter avant son premier match de Ligue 2. J’ai un grand respect pour lui. Et voilà, avoir des garçons à moi, qui ont gagné des titres avec Differdange, qui s’affrontent en Ligue 2, ou même un Jorginho qui joue une place en Europa League, c’est quelque chose.

Cela montre-t-il que le FCD03 est un bon recruteur ou un bon tremplin?

Les deux. Mais on est surtout un bon tremplin. Ces joueurs, on les a affinés. Ils ont pris une certaine envergure chez nous. Ils sont devenus les meilleurs joueurs d’un pays, ont grandi en Europe et les envoyer dans le vrai monde pro, cela te permet d’avoir une étiquette quand tu recrutes. J’espère même qu’on retrouvera un de nos anciens Differdangeois – parce qu’il y a encore Nagera, que j’adore, à Rodez – en Ligue 1! Parce que, comme ça, c’est plus facile de faire comprendre que venir ici, ce n’est pas que pour le financier : ça donne aussi des opportunités.

Ce n’est pas normal que, moi, je paye 15 000 euros pour un joueur que je vais chercher en PH et que quand j’envoie un de mes joueurs dans le monde pro, je reçoive moins

Mais c’est un peu, justement, quand ces joueurs doivent partir que les ennuis commencent.

Vous avez raison, c’est là que le bât blesse : dès qu’ils voient que le joueur évolue au Luxembourg, les clubs pros bombardent. Le joueur, sa famille, ses conseils… En gros, ils viennent manger à notre table, mais refusent de payer l’addition. Alors que moi, on me massacre dès que je suis intéressé par un joueur au Luxembourg. Pour le FCD03, au pays, les prix ont littéralement triplé. Ça me dérange, sur la forme, qu’on ne nous respecte pas des deux côtés. C’est malpoli. Quand un de nos joueurs intéresse un club pro, on lui dit « vois avec ton président, tu te démerdes, nous on ne paie rien ». Normalement, ils sont censés, réglementairement, attendre que le joueur soit entré dans ses six derniers mois de contrat, mais ils ne se gênent jamais pour le faire avant. Et surtout, ils ne m’appellent pas, moi! Mais ça ne peut pas se passer comme ça! Il y a des règles! C’est pour ça que depuis deux ans, on a pris un avocat pour nos contrats. Un Portugais qui a travaillé pour l’UEFA et la FIFA. Ce n’est pas normal que, moi, je paye 15 000 euros pour un joueur que je vais chercher en PH et que quand j’envoie un de mes joueurs dans le monde pro, je reçoive moins.

Contrats blindés ou pas, vous vous retrouvez face à une forme de chantage émotionnel quand un joueur est menacé de ne pas signer pro s’il n’est pas libéré gratuitement…

(Il soupire) Oui, je ne veux pas devenir la hantise d’un gars qui veut partir dans le monde pro. Je n’ai pas le droit, par rapport à lui, de fonctionner comme ça. Mais j’ai aussi le devoir de fonctionner autrement par rapport aux membres du club, aux supporters. Et donc de faire rentrer de l’argent.

Ce serait bien qu’un président de fédération commence à s’en occuper

Quelle est la solution?

Écoutez, c’est une année d’élection à la tête de la fédération. Moi, j’ai envie de dire que ce serait bien qu’un président de fédération commence à s’en occuper, à trouver des solutions, pour que les clubs de DN soient un peu plus protégés. Et en attendant, nous, pour nous prémunir des sommes dérisoires qu’on nous verse, on a pris cet avocat…

Puisqu’on parle des contrats, vous êtes en train de faire école avec ceux que vous faites signer à certaines recrues, en été, qui vous permettent de vous séparer assez rapidement si le compte n’y est pas. Vous nous racontez comment vous en êtes arrivés là?

Je dirais qu’on est des pionniers en la matière. Parce qu’on finit le championnat fin mai et qu’on reprend dix jours plus tard pour l’Europe et qu’on n’a le temps de rien. On ne va pas aller démarcher un joueur de L2 encore sous contrat en mars! Recruter des joueurs sur vidéo, sur des dires d’agents, pour moi qui ne suis pas fan non plus de m’appuyer sur les stats, c’est aléatoire… Bref, pour nous, ça commence à devenir important, ces préavis, pour ne pas se tromper. Si ça fonctionne, on garde, sinon, on peut se séparer.

Le joueur peut aussi activer cette « clause »?

Oui, mais dans les faits, ce n’est pas trop le cas. C’est plutôt à nous que cela sert. Mais attention, on ne les jette pas après les avoir utilisés, comme j’entends dire. Si c’était le cas, dans ce petit monde qu’est le football, cela se retournerait vite contre nous. Parce que ça parle. Non, quand il signe ce genre de contrat, le joueur le sait, c’est clair et il l’accepte. On se doit d’être proactifs en la matière, parce qu’on n’a pas assez de détails sur les gars qu’on recrute. On doit voir si ça colle. En matière de talent, de physique, de mentalité… Et les joueurs dont on se sépare, on ne les met pas à la rue! On les accompagne. On fait en sorte qu’ils aient des contacts. Ceux qui nous ont quittés cet été (NDLR : Vintecinco ou Nabais par exemple) ont déjà retrouvé un club.

Votre mercato, il est fini?

Le mercato de tous les clubs luxembourgeois ressemble de plus en plus à ce qui se fait à l’étranger. On reprend début août avec un effectif qui ne sera pas celui de la saison. Pour nous, dans le sens des arrivées et des départs, ça peut encore bouger!

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