[Football]

Entretien avec Pjanic : «Un jubilé Miralem Pjanic? Oui, pourquoi pas?»

[HORS STADE] Il a dit non à Uli Hoeness, est certain que Buffon, Totti ou Busquets viendraient au jubilé qu’il pense organiser à Metz, se destine à faire entraîneur… voire sélectionneur. Longue entrevue avec Miralem Pjanic, qui a mis fin à sa folle carrière en fin d’année dernière et ne s’était pas exprimé depuis.

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C’était quoi, le poids de forme de Miralem Pjanic du temps de sa splendeur?

Miralem Pjanic : Aux alentours de 72 kilos.

Et celui que les spectateurs du stade Saint-Symphorien vont découvrir lors du jubilé Robert Pirès (l’interview a été réalisée quelques heures en amont de l’événement de mardi soir)?

(Il rit) On a pris seulement cinq kilos! Je m’entretiens, je reste en forme. Je vais à la gym, je fais du padel… Je pense que je serai un des plus en formes, sur le terrain.

C’était quand, votre dernière fois à Saint-Symphorien?

La dernière fois? Pas si longtemps : il y a deux ans, pour la montée. J’étais au pays, donc je suis venu après avoir demandé des places à Francis De Taddeo. Quand je suis arrivé sur place, je me suis rendu compte que j’étais encore reconnu et beaucoup sollicité. Mais ça ne me surprend pas. Après tout, on a beaucoup de bons souvenirs en commun, ces supporters et moi. Je reste un enfant de cette ville de Metz, j’ai grandi là-bas, j’ai toujours suivi le parcours de l’équipe. Et je pense que beaucoup de Messins sont fiers et heureux qu’un des leurs ait eu une carrière assez correcte.

Ah, c’est comme ça que vous voyez votre carrière? « Assez correcte »?

Bon allez, disons… « pas mal »? Je pense en tout cas.

C’est une carrière qui pourrait, qui devrait en tout cas, accoucher d’un jubilé Miralem Pjanic, non?

Ça pourrait le faire, oui. Pourquoi pas?

Où?

La plus grande partie de ma carrière, je l’ai passée en Italie. Des années importantes. C’est là-bas que je suis devenu un vrai joueur. Mais Metz reste l’endroit où tout a commencé pour moi et c’est logiquement là où mon cœur me mène. D’ailleurs, il n’est jamais vraiment parti de Saint-Symphorien. Donc pour faire un jubilé, ce serait un endroit logique.

Si je faisais mon jubilé? Je pense que la majorité des joueurs que j’ai bien connus en Italie répondraient présents. Buffon, Totti, Matuidi, Khedira… Ou encore Busquets

Et pourquoi pas la Bosnie ou le Luxembourg?

Aussi, oui, c’est vrai, je n’y avais pas réfléchi. En fait, il m’en faudrait plusieurs, des jubilés. Mais si je dois choisir le plus logique, c’est Metz. C’est là où je pourrais m’imaginer faire un match d’adieu, honnêtement. Robert Pirès a décidé de le faire ici et je trouve que c’est vraiment quelque chose de magnifique pour les gens du coin. De sa part, c’est un beau geste. En fait oui, j’y pense, j’aimerais bien l’organiser. Mais il faut trouver des dates et ce ne serait pas facile. Parce que la plupart des joueurs avec lesquels j’ai joué, partenaires ou adversaires, sont encore actifs.

Quand on voit l’affiche délirante que Robert Pirès est parvenu à composer autour de son nom, on se demande à quoi pourrait ressembler le vôtre, de jubilé…

Je pense que la majorité des joueurs que j’ai bien connus en Italie répondraient présents. Gianluigi Buffon, Francesco Totti, Blaise Matuidi, Sami Khedira… Ou encore Sergio Busquets. Je n’ai aucun doute sur leur présence. Ce sont de grands amis avec lesquels j’ai toujours des liens forts. Je me rends compte que j’ai aussi joué avec quatre Ballons d’or : Cristiano Ronaldo, Messi, Dembélé, Benzema…

Puisqu’on parle de ce gratin que vous avez fréquenté, il y a un quart de siècle, lors d’une des premières interviews données au Quotidien, Jeff Saibene parlait de vous ainsi : « Il est exceptionnel, on ne sait pas vraiment jusqu’où il peut aller ».

(Il sourit) Et j’avais lu cette phrase! Jeff Saibene, comme Guy Hellers, a eu un énorme impact sur ma croissance. Toutes les sélections luxembourgeoises m’ont beaucoup fait progresser, mais je ne me suis jamais contenté de ce que j’avais. Quand je rembobine les souvenirs, je revois tous mes exploits sur le terrain, mais j’en voulais plus. Mon rêve absolu, c’était de jouer pour des clubs comme la Juve, comme le Barça. Et j’y ai cru.

J’ai commencé à travailler comme agent. Comme un intérimaire, disons

Maintenant que tout est fini, vous pouvez nous le dire : il y a un transfert qui aurait pu se faire mais ne s’est pas fait?

Il n’y a eu que de petites discussions, mais jamais rien de concret avec le Real Madrid. Le Paris Saint-Germain est aussi venu deux fois et deux fois… j’ai choisi autre chose. Ah et aussi, à 18 ans, je me suis retrouvé dans la maison d’Uli Hoeness (NDLR : qui allait devenir président du Bayern Munich l’année suivante). Il m’a invité chez lui, à manger. J’étais au FC Metz et je devais partir, c’était le moment. Il m’avait appelé et j’y étais allé. Là, il m’a expliqué ce qu’il recherchait et pourquoi il me voulait. Et j’ai dit : « Non, merci ». Vous êtes un des meilleurs clubs d’Europe, mais non. Je ne sais pas si beaucoup de joueurs lui ont dit non, mais il a compris. Pour ma progression, il était plus logique que j’aille à Lyon et que je reste dans un championnat qui me connaissait plutôt que d’aller en Bavière, où je me serais entraîné avec les pros mais où j’aurais sûrement commencé en équipe réserve.

Vincent Thill regrette énormément de ne pas avoir fait justement l’inverse. De ne pas avoir dit oui au Bayern en sortant de Metz…

Je n’ai pas suivi sa carrière. Je sais que tous les frères Thill ont beaucoup de talent. Tous. Mais il y en a combien qui ont du talent et à qui il manque un petit quelque chose?

Quelle est la suite, pour vous, désormais?

Eh bien, j’ai commencé à travailler comme agent. Disons comme un intérimaire. Le petit Kerim Alajbegovic (NDLR : 19 ans, ex-Leverkusen), c’est moi qui ai aidé à la mettre à la Juventus Turin. Et je m’en occupe avec son papa. Je parle sept langues, j’ai la crédibilité d’un homme qui n’a jamais perdu la face dans ce milieu et les gens savent qu’ils peuvent me croire, je voulais rester dans ce sport tout en ayant plus de temps pour ma famille. Donc…

En général, 36 ans, ce n’est pas l’âge où l’on commence à penser à entraîner?

Les diplômes, j’y ai pensé. En fait, j’y pense. Ça me vient de plus en plus à l’esprit et je crois que je ne vais plus tarder. Si vous m’aviez posé la question durant ma carrière, je vous aurais répondu « jamais de la vie ». Quand on est joueur, on est toujours en stress, on n’a jamais de temps pour soi. Tu n’as qu’une envie : tout arrêter, partir au loin. Mais plus on avance vers la retraite, plus ça t’attire. J’ai envie de transmettre mes idées de foot. Avec tous les bons coaches que j’ai eus, ça peut marcher. J’aimerais que mon équipe me ressemble.

Où feriez-vous vos classes?

Sûrement à Coverciano (NDLR : le centre d’entraînement de la fédération italienne).

Des coaches, vous en avez eu énormément et certains très prestigieux. Quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué?

Un qui m’a surpris, d’une façon très agréable, c’est Luis Enrique. Moi, je ne voulais pas aller à la Roma. Mais lui a insisté et insisté encore pour que je vienne. Il me disait qu’il me suivait alors qu’il entraînait le Barça B, que j’étais son style de joueur, que je serais son maître à jouer. Alors lui, c’est vraiment un phénomène. Il est incroyable. C’était un vrai kif de travailler avec lui. Mais si je peux en citer un autre, je dirais Massimiliano Allegri, à la Juve. C’est lui qui m’a fait devenir un joueur sérieux, carré, responsable, mature.

Je serais honoré si, un jour, la FLF m’appelait pour me dire : « On pense que tu peux nous faire progresser »

Il y a peu, dans le cadre d’un sujet sur le choix de Brian Madjo de représenter l’Angleterre, Matthew De Cae, votre ancien capitaine en U17 luxembourgeois, nous disait que bien que certains au pays continuent de vous reprocher d’avoir choisi la Bosnie plutôt que les Rout Léiwen, vous pourriez aussi très bien rendre au pays la monnaie de sa pièce : il suffirait par exemple que vous deveniez le sélectionneur du Grand-Duché!

Ah, mais je ne sous-estime pas le Luxembourg. J’en ai parlé encore tout récemment lors d’un déjeuner avec Jeff Strasser et Manou Cardoni, il y a trois ou quatre mois. Ils m’expliquaient le projet et ils font du bon travail, ils sont sur le bon chemin. Être sélectionneur d’un pays, c’est exceptionnel et je serais honoré si un jour on m’appelait pour un tel job. Si depuis la FLF, on m’appelle et on me dit : « On pense que tu peux nous faire progresser ». Je suis aussi luxembourgeois que bosniaque (sic). Après, pour revenir sur ce que certains au pays pensent, moi, je ne vois pas mes choix comme une trahison. Le Luxembourg, c’est ma maison, ma famille. J’y suis vraiment attaché, même si en ce moment, je vis à Dubaï.

Pour quelle raison rester là-bas?

Parce que j’avais trimballé ma famille un peu partout et que je voulais arrêter. Ils étaient heureux à Dubaï, ils voulaient rester là. Et c’est pour ça, aussi, que j’ai arrêté. Il y avait beaucoup de clubs – pas des top clubs, mais des bons – qui m’ont proposé des challenges, mais je ne voulais pas revenir en Europe. J’ai écouté mes enfants.

Question d’une naïveté totale mais aucun club luxembourgeois n’a envisagé de vous proposer une dernière pige d’une saison, à la maison?

Je ne l’aurais pas fait au Luxembourg, non. Mais uniquement pour rester à Dubaï, pas parce que c’était le Luxembourg.

Comment vos deux fils se débrouillent-ils au football?

Ils ont 13 et 4 ans. Le plus vieux m’a suivi à la Juve, au Barça, au Besiktas… Il est bon! Il lui reste du travail à faire sur le mental, connaître la douleur, la difficulté. (Il sourit) Je garde dans un coin de ma tête de le mettre, un jour, au CFN de Mondercange ou à Metz. En tout cas, il a le passeport luxembourgeois.

On ne peut vous laisser partir en vous demandant, à vous qui avez joué l’Argentine au Maracana, disputé une finale de Ligue des champions, fréquenté les plus grands stades d’Europe, gagné plein de titres, ce qui restera comme le plus grand moment entre tous?

Ma première convocation avec le FC Metz.

Sérieusement?

J’avais 17 ans et 3 mois, c’était contre le PSG et c’est un moment clef. C’est quand tout débute, un instant dingue où ton rêve commence à se réaliser. Pour moi qui avais une vue sur le stade Saint-Symphorien depuis ma chambre du centre de formation. Et je suis entré. C’était la 70e minute et je ne l’oublierai jamais.

Pourquoi parler seulement maintenant?

Ma décision d’arrêter a été mûrement réfléchie. Je suis parti en silence. Je ne voulais pas faire les gros titres. Je voulais que les gens se rappellent de ce que je faisais sur le terrain, pas d’éventuelles turbulences. Je préférais laisser parler les autres.

Pjanic, c’est des titres et des amis

Le Schifflangeois s’est construit une carrière démentielle. Joueur au FC Metz (2007/08), à Lyon (2008-11), à la Roma (2011-16), à la Juventus (2016-20), au Barça (2020-/21), au Besiktas (2021/22), à Sharjah (2022-24), au CSKA Moscou (2024-25), il a cumulé 665 matches pour 77 buts, se forgeant un beau palmarès : quatre fois champion d’Italie (2017, 18,19 et 20), deux Coupes d’Italie (2017 et 18), une Coupe d’Espagne (2021), entre autres. Avec aussi une finale de Ligue des champions en 2017.

Il a ponctué le tout de 115 sélections avec l’équipe de Bosnie (17 buts), qu’il a conduite au Mondial-2014, au Brésil.

Et malgré tout ça, il n’a jamais perdu le contact avec ses amis de son époque grenat (Vivian Reydel, Ilies Haddadji, Julien Fostier…) tous passés par le Grand-Duché, ou du Luxembourg même, comme Ben Payal… «Parce que c’est un cercle fort, soudé, qui ne bouge pas. Je sais d’où je viens. C’est un petit cercle mais qui peut compter sur moi!»

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