Deichelbohrer (r)appelle Mondorf au calme, et c’est dur

[BGL LIGUE, 23e JOURNÉE] Le coach mondorfois est-il le dernier homme du club à garder la tête froide? Non, mais après la victoire à Differdange, c’est lui qui a étalé le moins d’enthousiasme béat.

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Deher bat Ventura et relance absolument tout le championnat.
Deher bat Ventura et relance absolument tout le championnat.

Jérémy Deichelbohrer n’a pas posé pour la photo de famille avec les supporters, au pied de la tribune du Parc des sports. Il s’en est même tenu consciencieusement éloigné, samedi soir. On ne saurait l’en blâmer : le technicien met en application, scrupuleusement, ce qu’il dit à longueur de temps, et ce depuis des mois. «On va continuer à ne pas se prendre la tête, même si c’est une performance incroyable qu’il ne faut pas minimiser. Si on perd dimanche, on sera peut-être cinquièmes et plus personne ne chantera.»

Mondorf vient de créer un exploit. Il est le premier club luxembourgeois depuis 35 mois et 47 matches à venir gagner à Differdange. Il a pourtant été mené. Il a même été à un souffle de prendre un deuxième but. Il a quand même renversé le match et surtout le championnat. Mais que va-t-il faire de cette nouvelle preuve évidente qu’il a franchi un cap?

Jusqu’ici, le technicien français tient ses joueurs et leurs discours d’après-match d’une main ferme, à défaut de pouvoir les empêcher de trop célébrer à son goût, ce succès fou. «On reste humbles et on va prendre tous les matches comme d’habitude», assure Yann Matias. «Notre fil conducteur, cela reste de prendre match après match et de finir cette saison au mieux», sourit Lenny Stoltz, buteur et passeur sur la pelouse du Parc des sports.

La question de l’Europe ou du titre?

Inattaquables donc, dans les mots qui suivent la ligne officielle, mais dérangeants dans la célébration selon Deichelbohrer, pour qui «c’est difficile d’empêcher les gens de s’enflammer». Il en sait quelque chose : la saison passée, avec Villerupt, il était déjà officiellement dans une «année de transition» avec une équipe entièrement rebâtie et s’était retrouvé à un match (perdu) contre Mulhouse, en barrages, de faire monter son équipe en National 3 française.

Alors la photo commémorative pour une victoire à la 23e journée, très peu pour lui.

Même Christian Strasser y était, sur ce cliché. Quelques minutes plus tôt, le président du club avait refusé d’un «non» ferme mais extrêmement souriant et gourmand, de répondre à cette question en forme de mise en abyme : «A-t-on le droit de vous demander si Mondorf…?» Il savait la suite, ce patron si superstitieux. Il connaissait la fin de la phrase. Et il savait qu’elle avait déjà évolué après 90 minutes qui feront date. Il y a deux jours, ça aurait été : «A-t-on le droit de vous demander si Mondorf pense à l’Europe?» Aujourd’hui, ce serait presque : «A-t-on le droit de vous demander si Mondorf pense au titre?» Le patron a fui à la fois la facilité de l’enflammade et la difficulté d’une dénégation qui est contraire à l’évidence.

Mondorf doit encore recevoir la Jeunesse, Hostert, le Swift et Pétange, mais surtout se déplacer à Dudelange et Rosport avant de finir sa saison à Strassen. Qu’est-ce qui lui est encore impossible, à l’heure actuelle? Lenny Stoltz semble en avoir une vague idée : «On savait la série que Differdange avait réalisée à domicile, on nous en avait avertis au vestiaire. C’est aussi ce qui nous a motivés». Si ça suffit à produire ce genre de performances, alors il suffirait de dire aux Mondorfois que «prendre match après match pourrait bien les conduire à la Conference League, voire à la Champions League».

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