[Triathlon]
Daniëls, à la poursuite du temps perdu
COUPE DU MONDE À PÉKIN, SAMEDIParmi les Luxembourgeois en lice sur la ligne de départ, on va retrouver une jeune femme qui n’a plus le temps d’attendre : Eva Daniëls!
Les chiffres font froid dans le dos : «J’ai fait 20 mois sans course et 12 mois sans entraînement.» Elle évoque, bien sûr, ce funeste jour d’août 2022, quand elle se fait renverser à l’entraînement par une voiture, lui occasionnant notamment une très grosse commotion cérébrale. Suivent de longs mois de doute, d’incertitude. Avant, enfin, de voir une lumière au bout du tunnel : un traitement en Suisse qui lui permet de reprendre le dessus.
Mais elle n’aura pas couru entre octobre 2023 et juin 2025… 629 jours. Une éternité!
En avril dernier, nouveau coup dur : sur une Coupe d’Europe à Torremolinos, en Espagne, elle chute à vélo. Nouvelle commotion. Et retour immédiat en Suisse pour se soigner : «Je savais que c’était le mieux à faire. J’ai fait tous les exercices et toute la réhabilitation. C’est allé vite, mais ça a quand même pris du temps.»
Elle rate plusieurs mois de compétition alors que débutait la période de qualification olympique. Elle revient en septembre avec une 28e place sur la WTCS de Karlovy Vary, malgré une nouvelle chute, cette fois sans gravité. Deux semaines plus tard, consciente de ne pas être prête, elle se met trop de pression et passe à côté de ses championnats du monde à Pontevedra (44e). Avant d’enchaîner avec une sortie mitigée à Rome (28e) : «Je ne suis pas contente de ma place mais très satisfaite de ma course après seulement quatre mois d’entraînement. Je sens que j’ai besoin de temps pour me remettre en rythme. Mais aussi que ça va de mieux en mieux! Ça me donne confiance pour la suite!»
Et la suite, ca démarre donc ce samedi, du côté de Pékin, où elle sera accompagnée de ses trois compatriotes Linda Krombach, Lucas Cambresy et David Lang. En Chine, où malheureusement on annonce beaucoup de pluie le jour de la course, elle vient pour prendre un maximum de points, elle qui vise, comme tous les autres d’ailleurs, un billet pour les JO-2028 : «Au-delà du résultat je veux surtout réussir à mettre en place ce qu’on a travaillé. Je veux retrouver de la confiance sur le vélo. Après, si je peux faire un top 20, je serais déjà vraiment contente. Un top 15, très très contente. Et si c’est un top 10, ce serait de gros points olympiques et mondiaux qui m’aideraient pour la suite.»
Travail physique, mental… et hypnose
Afin de mettre toutes les chances de son côté, en plus du physique, elle travaille également beaucoup l’aspect mental. Depuis sa première très grave commotion, elle fait régulièrement des séances avec Alioune Touré et Marc Plata. Et profite également de sa propre mère, qui pratique l’hypnose : «C’est beaucoup de visualisation. Ça m’aide à appréhender les courses de la bonne manière» et son compagnon, le double champion national cycliste Arthur Kluckers, qui est d’ailleurs lui aussi en Chine, lui donne également des conseils : «En cyclisme, on tombe régulièrement, il m’aide à retrouver la confiance.»
Après la Chine, il lui restera aux moins deux autres courses, au Chili et en Nouvelle-Zélande mais potentiellement cinq si Abou Dhabi, Djeddah et Dubaï sont maintenus au programme.
Bref, un programme très chargé pour Eva Daniëls. Qui sait qu’elle doit emmagasiner le maximum de points possible le plus vite possible : «Je suis consciente que, quoi qu’il se passe pour moi, que je sois blessée ou pas, les JO vont quand même arriver. J’ai besoin de points, de retrouver la confiance, de retrouver mon niveau et même d’améliorer mon niveau. J’ai envie d’aller aux JO. Mais je suis aussi consciente de la chance que j’ai de tout simplement avoir la possibilité de pouvoir courir à nouveau.»
Une fois cette saison terminée, elle n’a pas vraiment prévu de se reposer : «Généralement, la pause c’est surtout pour l’esprit après une longue saison car en une semaine, on a récupéré physiquement. Me concernant, je n’ai pas envie de faire une pause. Plutôt prendre trois jours avec Arthur à Noël et continuer à m’entraîner. De toute façon, c’est mieux pour le corps de rester en mouvement que de ne rien faire pendant trois semaines. J’ai envie de faire des cross, des 5 km, des 10 km, de prendre du plaisir.»
Tout en ne perdant pas de vue son objectif : «Avant la deuxième partie de qualification, au mois de mai, il y a plein d’épreuves et j’ai prévu de toutes les faire.» Et de conclure : «On parle toujours des trois « t » : le talent, le temps et le travail. Avec mes accidents, je me dis que mon temps viendra plus tard car j’ai raté des années. Et ma marge de progression est plus importante que celle des autres. Je sens que je continue de progresser à grands pas. J’ai encore beaucoup à gagner!» C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.