[Le portrait]
Coraline Corplet, discrétion et efficacité garanties
De nature discrète, la Française Coraline Corplet confirme, depuis son arrivée au Luxembourg en 2024, ses talents de «tueuse» face au but, déjà largement étalés de l’autre côté de la frontière, à Amnéville.
Il est coutume de dire que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Si elle n’est clairement pas fâchée avec ses pieds, l’adage est valable pour Coraline Corplet : communicante de profession, l’attaquante du Racing est en revanche beaucoup moins à l’aise lorsqu’il s’agit de parler d’elle-même. Ses statistiques le font à sa place, remarquez : 31 buts avec le Swift en 2024/2025, son premier exercice au Grand-Duché après huit ans au CSO Amnéville, et 36 avec le RFCU en 2025/2026, une saison qui l’a vue remporter son premier titre de championne du Luxembourg.
Des chiffres éloquents, donc, mais secondaires par rapport au collectif, un terme et une notion récurrents dans les propos de la Mosellane dans l’interview qu’elle nous a accordée en marge de la remise de son trophée Le Quotidien de meilleure joueuse de Ligue 1. Morceaux choisis : «les trophées collectifs sont les plus importants», «j’essaie d’être toujours dans le sens du collectif», ou «faire marquer, c’est beau aussi». Et pour le coup, ce n’est pas que de la comm’.
«Je lui demande de marquer des buts, mais elle est aussi très généreuse, elle pense aussi aux autres, confirme Élodie Martins, sa coach au RFCU. Si elle fait une passe décisive, elle est tout aussi contente que si elle marquait.» En plus de ces 36 pions qui font d’elle la meilleure buteuse de son club en championnat cette saison (et la deuxième de Ligue 1 derrière l’Hesperangeoise Karoline Kohr et ses 46 buts), Corplet a ainsi cumulé 15 offrandes. Dans la capitale, seule Marta Estevez a fait mieux (19).
En plus des assists délivrés, cette générosité peut se mesurer en kilomètres parcourus sur le terrain. «C’est une compétitrice, elle va toujours donner 150 % d’elle-même, note Élodie Martins. Elle ne rechigne jamais à faire les efforts offensifs et défensifs.» «Elle est toujours combattive, elle va toujours en faire plus que les autres et se donne constamment à fond», confirme Céline Hanriot, qui l’a côtoyée six saisons à Amnéville, dont Corplet portait le brassard de capitaine avant son départ. «C’était un exemple pour tout le monde.»
Une joueuse comme tous les entraîneurs aimeraient avoir dans leur effectif
Leader par l’attitude plus que par la parole, la discrète «Coco» est ainsi l’une de ces joueuses «comme tous les entraîneurs aimeraient avoir dans leur effectif», juge David Régis, sur le banc du CSO de 2022 à 2024. À l’époque, l’attaquante est déjà une joueuse confirmée, «intelligente», «une meneuse» capable de «faire gagner un match à elle seule», mais elle avait encore ce souci de «toujours progresser».
«Quand on fait du physique, certaines joueuses ont tendance à râler, mais elle, elle en demandait toujours plus, illustre l’ancien défenseur international américain passé par le FC Metz. Elle posait aussi beaucoup de questions.» Mais elle s’en posait aussi, étonnamment, malgré un exercice 2023/2024 à 69 buts en Régional 1 (l’équivalent, alors, de la D3 française) et une intégration aux entraînements du FC Metz, pensionnaire de Ligue 2, durant quelques mois en 2022.
«Elle avait un peu de doutes sur elle-même, révèle le technicien. Je lui disais que le niveau d’Amnéville était limite pour elle, mais elle se mettait un frein, doutait de sa capacité à monter d’un cran et à réussir plus haut.» Le déclic est finalement intervenu en 2024, au terme d’une saison que le CSO et sa buteuse venaient de survoler mais vierge de sommets, Amnéville ayant été privé de finale de coupe du Grand Est en raison d’une élimination sur tapis vert, et d’une troisième participation aux barrages d’accession à la Ligue 2 après avoir écopé d’une pénalité de 13 points.
La trentaine approchant, Coraline Corplet éprouve, de son propre aveu, le besoin de «voir autre chose, découvrir un autre championnat, relever un nouveau challenge et gagner des titres». Direction l’ambitieux Swift, qui attire les talents comme Karoline Kohr ou Amy Thompson cet été-là mais tarde à exploiter les siens : Gérôme Henrionnet, son premier coach à Hesperange, l’utilise peu et quand il le fait, c’est souvent pour l’aligner à un poste très inhabituel de piston. Loin du but, donc, face auquel elle est pourtant «une tueuse», selon Céline Hanriot.
Au-delà d’être appréciée pour son jeu, la personne est appréciée dans le milieu.
Un comble, mais pas une raison pour faire des vagues : ce n’est pas le genre de la maison. «Elle jouera là où elle doit jouer pour le bien du collectif, pose son amie et ancienne coéquipière. Au-delà d’être appréciée pour son jeu, la personne est appréciée dans le milieu. Elle ne dit jamais rien sur le terrain, elle est focus sur ce qu’elle fait et ça, ça plaît.» Notamment à Élodie Martins qui, après «plusieurs années à la suivre», parvient à l’attirer au Racing, au sortir de sa phase retour supersonique (20 buts, dont 12 en play-offs) à Hesperange, vice-champion qui joue le titre jusqu’à la dernière journée.
Cette fois, la fusion entre la joueuse et son nouvel environnement est immédiate. Dans un club où les talents offensifs ne manquent pas, là non plus, Corplet s’adapte, à sa grande surprise, «très rapidement», ne manque qu’un seul entraînement et s’impose au fil des mois, que ce soit sur une aile ou dans l’axe, comme le fer de lance offensif d’une équipe privée à partir de la mi-mars de son ailière internationale luxembourgeoise Caroline Jorge, auteure de 29 buts avant sa rupture des ligaments croisés du genou.
La suite est connue : meilleure buteuse des play-offs (11 buts), au cours desquels elle marque lors de chacun des six matches, cette fan du Real Madrid, «très pro et très motivée» d’après sa coach, remporte son premier titre de championne du Luxembourg, le sixième consécutif pour son équipe, et est élue meilleure joueuse de la saison par ses pairs et les lecteurs du Quotidien. Un sacre qui pourrait précéder un doublé, le Racing jouant la finale de la Coupe des dames ce lundi 25 mai contre Differdange.
Mais il en faudra un peu plus pour contenter la Française, persuadée qu’elle aurait «pu être plus efficace dans certains matches», désireuse de «faire mieux» la saison prochaine, notamment en Ligue des champions*, et pas forcément prête à raccrocher les crampons, à bientôt 32 ans (elle les fêtera en août). «À mon âge, on voit qu’on ne récupère plus de la même manière, concède-t-elle, mais j’ai la chance d’être encore en forme.» La liste des victimes de la serial buteuse va donc encore s’allonger.
*Compétition qu’elle a découverte l’été dernier et où le RFCU a atteint en août le 2e tour pour la première fois de son histoire et de celle du football féminin luxembourgeois.