[Athlétisme]
Comme un goût d’inachevé
APRÈS LES MONDIAUX INDOOR DE TORUŃ Les athlètes luxembourgeoises quittent la Pologne en oscillant entre satisfaction et frustration.
PATRIZIA VAN DER WEKEN A-T-ELLE RÉPONDU PRÉSENTE?
Troisième des bilans mondiaux, médaillée de bronze sortante. En retrouvant la scène planétaire, Patrizia Van der Weken affichait des ambitions élevées. Elle n’en faisait d’ailleurs aucun mystère : «J’ai de grandes ambitions», indiquait-elle avec le sourire avant le début de la compétition.
Et forcément, quand on repart avec une huitième place en finale et un chrono très moyen pour elle – même si 7″10 est déjà un sacré temps –, le premier sentiment qui vient est la déception.
Arnaud Starck, l’entraîneur de Patrizia Van der Weken, évoquait même quant à lui une forme de frustration : «Parce que je sais de quoi elle est capable.» Il fulminait parce que son athlète a complètement raté sa mise en route, perdant dès le départ toutes ses chances : «Le haut niveau, c’est une somme de microdétails», disait, un peu à froid, le technicien.
Il s’en voulait de ne pas avoir insisté pour que le Luxembourg se dote d’un starting-block Seiko, le seul utilisé aux championnats du monde : «Il faut qu’on travaille tous ensemble, moi le premier, pour mettre l’athlète dans les meilleures dispositions», confiait-il.
Bien sûr, les starts ne sont pas la seule raison qui explique la «contre-performance» de Patrizia Van der Weken dans cette finale. La principale intéressée ne se cherchait d’ailleurs pas d’excuse : «J’ai raté ma course. Mon corps n’était pas là aujourd’hui. C’est dommage, mais c’est comme cela.»
EST-CE UN MAUVAIS RÉSULTAT?
Replaçons les choses dans leur contexte. Huitième en 7″10 : elle fait moins bien que l’an passé (3e en 7″06). Seulement, la concurrence n’a clairement rien à voir avec celle de Nankin. À Toruń, neuf des dix meilleures performeuses de la saison étaient au départ : «Ce n’est pas facile de se qualifier pour une finale. Et j’y suis parvenue directement», évoquait l’Ettelbruckoise en zone mixte, quelques minutes après sa finale. Une fille comme Amy Hunt, flashée cet hiver en 7″04, fait partie de celles qui se sont arrêtées dès les demies.
Alors, certes, le résultat n’est pas forcément celui attendu. Mais on peut se féliciter de voir la Luxembourgeoise continuer, grand championnat après grand championnat, de s’inviter à chaque fois à la table avec les plus grandes.
FAUT-IL AVOIR DES REGRETS?
Oui, et c’est légitime. Malgré un départ encore une fois chaotique en demie, elle claque quand même un gros 7″05, son deuxième meilleur temps en carrière. Donc, clairement, le problème n’est pas la vitesse pure. Le souci est ailleurs. Dans les détails. Et notamment ces fameux starts auxquels elle n’a pas eu la possibilité de s’habituer.
Si elle avait réédité la même course qu’en demi-finale, elle aurait pris… la médaille en chocolat. Ce qui est toujours mieux que la huitième et dernière place. Mais avec des si…
QUE PENSER DE SA SAISON INDOOR?
Que du bien! Certes, elle chute sur la dernière marche au plus mauvais moment. Se «rater», avec tous les guillemets de rigueur, ça peut arriver. Mais l’hiver a été excellent. Pas blessée, performante, elle a marqué les esprits sur cette même piste de Toruń – mais avec d’autres blocks – il y a un mois pratiquement jour pour jour, quand elle s’était classée deuxième en… 7″01, record national pulvérisé!
Et quand on lui demande de qualifier sa saison, la réponse fuse : «C’est monstrueux! Je suis dans la forme de ma vie. Je travaille très bien techniquement. Je n’ai plus de soucis de santé, on a bien corrigé tout cela.»
FAUT-IL ÊTRE OPTIMISTE POUR LA SUITE?
Ce n’est un secret pour personne, le 60 m n’est pas sa distance de prédilection. C’est sur le 100 m, la course reine, que la protégée d’Arnaud Starck peut donner sa pleine mesure.
Son mentor n’en faisait d’ailleurs pas mystère, le gros objectif de la saison, ce ne sont pas les Mondiaux indoor. Mais bien les championnats d’Europe de Birmingham, cet été. Quatrième à un centième des médailles d’argent et de bronze il y a deux ans à Rome, nul doute que Patrizia Van der Weken peut monter sur la boîte cette fois-ci!
Ce qui rend optimiste, c’est également le fait que les soucis de santé à répétition qui lui ont pourri son été (hanche, tendon d’Achille notamment) sont désormais de l’histoire ancienne. Et que le technicien a vu des choses très encourageantes à l’entraînement : «Au niveau de sa vitesse maximale, notamment, elle a atteint des vitesses jamais vues auparavant, c’est très prometteur.»
QUID DES DEUX AUTRES LUXEMBOURGEOISES?
Le contexte était bien sûr complètement différent pour Vera Bertemes-Hoffmann et Victoria Rausch, qualifiées de dernière minute et plutôt en dernière partie de tableau.
Première à entrer en lice, la mileuse grand-ducale, qualifiée alors qu’elle n’avait effectué qu’une seule «vraie» course sur la distance, s’est battue avec ses moyens sur sa série du 1 500 m. Elle sort une course honorable qui a vraiment débuté pile au moment où la Luxembourgeoise a été gênée par une concurrente devant elle. Le trou était fait. Elle n’a jamais pu revenir, mais a tout de même réalisé deux derniers tours de bonne facture.
Sur les haies, Victoria Rausch avait abaissé son record national du 60 m haies à 8″08, avant de tomber malade. Un temps aux alentours de la 81e performance de l’année. Très loin des filles les plus rapides, dans une discipline qui a littéralement explosé. L’an passé, le billet pour les demi-finales était fixé à 8″11. Cette année, il fallait courir… 8″03! En clair, exploser son temps de référence.
La sportive d’élite de l’armée luxembourgeoise était engagée dans la même série que la Bahaméenne Devynne Charlton, future double championne du monde qui allait améliorer son propre record du monde en finale en 7″65. Cette dernière allait se faire une frayeur, car, lors du premier départ, elle se loupe complètement. Ses gesticulations ont convaincu le starter de redonner le départ… pour une raison que personne n’a comprise.
Rausch a couru en 8″18, sans commettre trop d’erreurs. Son sixième meilleur temps en carrière. Elle n’a rien à se reprocher.
Les Luxembourgeoises quittent donc la Pologne avec le sentiment du devoir accompli… même s’il manque peut-être un petit quelque chose.
De notre envoyé spécial à Torun, Romain Haas