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Avec Yves Göldi, la passion n’a pas d’âge

Alorsqu’il file sur ses 79 printemps, le technicien continue d’entraîner. Vous avez dit passionné?

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Yves Göldi continue d'assouvir sa passion.
Yves Göldi continue d'assouvir sa passion.

Tania Fransissi, Mike Schumacher, Charline Mathias, Charel Grethen, Pol et Martine Mellina, Yonas Kinde, Bob Haller, André Pierrard à ses débuts ou plus récemment Niall Folley ou Fanny Arendt actuellement. Qu’ont en commun ces grands noms de l’athlétisme luxembourgeois? Tous ont travaillé, à un moment ou un autre de leur carrière, avec Yves Göldi.

Il faut dire qu’avec plus de cinquante ans de carrière comme entraîneur, difficile de ne pas croiser la route de ce jeune homme de bientôt 79 ans. Toujours officiellement le coordinateur national du demi-fond à la FLA et en charge de l’entraînement de Fanny Arendt. Qui sera en action, dimanche, au CMCM.

Et pourtant, comme beaucoup de ses camarades, ce natif de Wiltz était plutôt fan du ballon rond. Mais une blessure au genou va mettre un terme à cette carrière de footeux.

Comme il a de la famille à Esch, il se rapproche du Fola et se met à l’athlétisme. Il fera une petite carrière d’athlète qui s’arrêtera assez tôt, mais qui lui permettra notamment de remporter la Coupe du Prince en 1968.

Je n’imaginais pas que ça allait durer plus de 50 ans!

Mais c’est quelques années plus tard que sa vie va basculer : «René Schulté, le président du Fola de l’époque, cherchait quelqu’un pour aider le club. J’ai dit oui. J’ai commencé en septembre 1975. Mais je n’imaginais pas que ça allait durer plus de 50 ans!»

Alors qu’il était plutôt sprinteur, il se concentre sur le demi-fond : «C’est plus facile d’entraîner pour le demi-fond que pour le sprint. Le sprint, il faut du talent. C’est quelque chose de génétique. Alors que pour le demi-fond, même si on n’est pas le meilleur sur 800, 1 500 ou 5 000 m, à force de travail, on avance. Voilà pourquoi j’ai privilégié ces distances.»

Visiblement doué, il obtient très vite ses premiers résultats. En 1978, il entraîne André Pierrard, plus âgé que lui, et lui permet de battre le record du 1 500 m et de se qualifier pour les championnats d’Europe de Prague.

Ce n’est que le premier d’une longue, d’une très longue série d’athlètes qui ont brillé sur les sols nationaux et internationaux : «La plupart des athlètes de ces 20, 30, 40 dernières années sont passés entre mes mains ou mes pieds», confie le technicien.

Quand on lui demande s’il y a une «méthode Göldi», il est catégorique : «Non!». Et d’enchaîner : «D’abord, il faut une relation de confiance et de respect mutuel entre l’entraîneur et l’athlète. À partir de ce moment, vous pouvez travailler. Il faut comprendre quels sont ses points forts, voir où il a une plus grande chance d’évoluer. Il faut que l’athlète soit motivé, sinon ça ne peut pas marcher. L’entraîneur est là pour accompagner. Conseiller. Aider. Et puis, il faut être disponible.»

Et de préciser : «Si un athlète ne vient pas à l’entraînement, ce n’est pas un problème. Si un entraîneur n’est pas là, c’est un problème. Il faut être disponible quand l’athlète en a vraiment besoin. Après, il faut travailler. Et avoir un peu de chance.»

Si amener des athlètes au plus haut niveau international est une belle satisfaction, ce n’est pas ce qui compte le plus pour lui : «J’aime aider les gens à arriver à se surpasser. Ça ne veut pas dire qu’ils doivent battre un record du monde. Mais qu’ils aillent au maximum de ce qu’ils peuvent faire.»

C’est peut-être là le secret de la «méthode Göldi» : pousser ses athlètes au maximum de leurs capacités. Quelles qu’elles soient : «Bien sûr, ça fait plaisir de voir vos athlètes gagner des médailles aux JPEE ou se qualifier pour des championnats d’Europe ou du monde. Ça veut dire que votre travail a fonctionné. Mais je ne peux pas dire que je suis plus content d’un athlète qui se qualifie pour les championnats du monde que d’un autre qui a battu sa meilleure performance de deux ou trois secondes…»

L’homme n’est pas du genre à tirer la couverture à lui. En tant qu’entraîneur national, c’est lui qui devait aller à Rio en 2016 pour accompagner Charel Grethen et Charline Mathias, dont il s’est occupé à leurs débuts. Mais il avait décidé de laisser la place à Camille Schmit, qui entraînait les deux Olympiens.

Un beau geste finalement récompensé d’une certaine manière, puisque c’est lui qui a été choisi pour accompagner Yonas Kinde, retenu dans la toute première équipe des réfugiés engagée aux JO.

Aujourd’hui, il continue d’entraîner.

Il s’occupe notamment de Fanny Arendt, auteure d’un retour à la compétition tonitruant l’an passé. Et qui a désormais dans le viseur les records de Charline Mathias sur le 800 m : «Il a entraîné mon père et mon oncle. Cela fait presque 10 ans que je m’entraîne chez lui. On a une bonne relation. C’est mon entraîneur. Mais également quelqu’un avec qui il est facile de parler en cas de besoin. C’est pour cela qu’une fois que j’aurai terminé aux USA (NDLR : elle est en dernière année à Texas Tech), je planifie de retourner chez lui.»

Je vais continuer jusqu’à ce que, physiquement, je ne sois plus capable de le faire

Jusqu’à quand Yves Göldi va-t-il poursuivre sa mission? Lui-même ne se donne pas de limite : «Je vais continuer jusqu’à ce que, physiquement, je ne sois plus capable de le faire. Après, je sais très bien que je ne vais pas faire encore 30 ans d’athlétisme.»

En attendant, la FLA profite à fond des conseils de ce vieux sage : «Yves, c’est la valeur sûre. Un homme de chiffres. Il adore les stats, les tableaux, les data. C’est le vrai cliché du demi-fondeur dans toute sa splendeur. Dès que j’ai la moindre interrogation sur des questions stratégiques, même très complexes, c’est lui que j’appelle pour avoir son avis pondéré. Mesuré. Il est très suisse dans l’âme! Et j’adore bosser avec lui», confie Jean-Baptiste Souche, le DTN de la FLA.

Qui se plaît à dire d’Yves Göldi que «C’est un très jeune Luxembourgeois et un très vieux Suisse.» En effet, si ce dernier est né à Wiltz, il est né d’un père suisse et a donc été suisse la quasi-totalité de sa vie. Ce n’est qu’en 2024 qu’il a pu obtenir la double nationalité suisse et luxembourgeoise. Mais dans le cœur de tous ses athlètes, il est luxembourgeois depuis le début!

EN BREF

Né le 20 mars 1947 à Wiltz, Yves Göldi a fait une courte carrière d’athlète avant de débuter une carrière d’entraîneur au Fola. Très vite, il obtient de très bons résultats. Il passe ses diplômes (cycle inférieur en 1983 et supérieur en 1987) et accompagnera des dizaines de sportifs luxembourgeois pendant des décennies. Présent aux JO de Rio aux côtés de Yonas Kinde, il a également à son actif de nombreux grands championnats internationaux. Il créera une association d’entraîneurs dont il sera le président pendant une dizaine d’années. Un temps entraîneur du Trispeed Mamer, il est entraîneur national du demi-fond depuis 2006 et est aujourd’hui encore le coordinateur national de la discipline. Il continue d’entraîner au club d’Esch et s’occupe notamment de Fanny Arendt. Ancien journaliste (Tageblatt et Revue) et syndicaliste (Fédération des employés privés, OBBL), il a également occupé la fonction de DRH chez Cargolux.

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