[Le Portrait]
Aux bons soins d’Ivan
Après l’arrêt de sa carrière cycliste en juin 2024, Ivan Centrone s’est donné les moyens de devenir coach sportif, mais aussi masseur. Il s’est aussi remis au foot avec les copains.
Avec sa chapka sur les oreilles, il passait presque inaperçu au sein de la délégation luxembourgeoise lors des derniers championnats du monde de cyclo-cross, du côté de Hulst, voici une douzaine de jours. Comme il l’avait déjà fait sur le dernier Tour de Luxembourg, Ivan Centrone faisait partie de la délégation luxembourgeoise en tant que soigneur.
Définitivement retraité depuis juin 2024 et les championnats nationaux de Harlange, mettant ainsi un terme à dix années passées dans le peloton continental (3e division mondiale), de ses débuts au Team Differdange à cette équipe très cosmopolite de Global 6 United, il raconte ainsi sa mue : «Chaque année, avec Coline, mon amie, nous avions pris l’habitude de nous payer une semaine de vacances en Italie juste après les championnats nationaux. Je me souviens très bien qu’en juin 2024, nous étions sur la plage. On s’est posé la question de mon avenir. Je me suis dit « est-ce que cela pourrait me convenir de devenir coach sportif ». Je me suis inscrit à la Fitness Academy avec un bon formateur, David Blondiau. Je n’ai pas hésité, j’ai beaucoup appris…»
Il le savait bien, à 28 ans (il en a aujourd’hui 30), son heure semblait passée dans un cyclisme qui fait du jeunisme une priorité. En dépit de belles qualités largement entrevues avec de très belles fulgurances et aussi pas mal de malchance, il mit ainsi le clignotant à droite. «J’ai suivi des cours d’octobre 2024 à février 2025. C’était un temps de transition, je venais juste de terminer ma carrière de cyclisme. J’avais fait une assez longue pause de trois mois. En parallèle, je travaillais chez mon frère (Vincenzo, restaurateur) en tant que serveur. La formation se déroulait le samedi et le dimanche. J’avais des semaines très chargées. Honnêtement, ça m’a fait beaucoup de bien. À un moment, si j’étais resté à la maison à ne rien faire, cela aurait été compliqué pour quelqu’un comme moi», résume ce garçon d’humeur toujours joviale.
Coline, sa compagne orthophoniste, lui donne alors un coup de main pour les cours théoriques à potasser. Mais, assurément, sa décennie passée dans le cyclisme lui a aussi permis de comprendre les fonctionnalités et les subtilités d’un corps soumis à rude épreuve. «En tant que cycliste, confirme Ivan, j’avais les connaissances sportives, mais je n’avais pas les connaissances théoriques. Cette formation-là m’a beaucoup aidé. En tant que coach, je me sens à ma place, car on fait beaucoup de transferts d’énergie et je suis une personne qui utilise beaucoup cette énergie. Je suis très à l’aise dans ce secteur.»
Pour moi qui ai été habitué à m’entraîner cinq ou six heures souvent seul, tu ne l’es jamais au foot. Au contraire, on se retrouve souvent en bonne compagnie
Le voici donc coach sportif. «Depuis trois mois, je travaille en tant qu’indépendant. Mon but principal est la remise en forme des gens sur une base saine. Je vais aller travailler en tant qu’indépendant pour un fitness où je vais aussi masser. J’adore faire ça et c’est une grande partie de mon travail.»
Ce qu’il a donc fait récemment aux Pays-Bas lors des Mondiaux de cyclo-cross. «Pour mes deux expériences avec la sélection nationale, mon contact a été Jempy (Drucker, l’entraîneur national). Je l’ai rencontré une première fois au Festival Elsy Jacobs. Je venais juste de finir ma formation. Je lui en ai parlé. Je lui ai dit que j’allais me lancer. Il a fait appel à moi pour le dernier Tour de Luxembourg. Les choses se sont faites naturellement. J’ai eu la chance de rouler avec la plupart des coureurs. Je les connais très bien. J’ai saisi l’opportunité. En tant que soigneur, je me sens très à l’aise. Pour les coureurs, c’est important de pouvoir compter sur des gens investis. J’aime également redonner ce qu’on m’a donné dans ma carrière.»
Il ne se voit pas pour autant intégrer une structure professionnelle pour y devenir assistant, comme ces soigneurs qui offrent leurs paluches aux jambes meurtries des coureurs. «C’est un job où tu voyages beaucoup, tu es souvent parti. Si je n’ai pas su percer dans le cyclisme, j’aimerais avoir un job à la maison. J’aime bien voyager de temps en temps, mais pas toute l’année. Je ne sais pas de quoi sera fait le futur, mais pour le moment, je ne me vois pas intégrer une équipe. Je préfère construire mon projet en tant qu’indépendant et tenter de bien en vivre.»
Ce garçon au caractère bouillant, très attachant, reste un fervent pratiquant de sport. «En loisir, coupe-t-il. Je ne peux pas me passer du sport. J’en ai besoin pour vivre.» Il est donc revenu à d’anciennes amours, le football, qu’il pratiquait avant de se lancer dans une deuxième carrière en cyclisme en 2015. « Je joue dans l’équipe 2 de Beggen.» Samedi dernier, il a changé de poste. D’attaquant, il est passé arrière droit. Outre le succès 3-0 contre Kehlen, il a manifestement pris beaucoup de plaisir dans ce nouveau poste.
«On est une trentaine dans la deuxième équipe de Beggen, on livre un beau combat pour avoir sa place. On est une famille, on s’amuse bien. Après le match, on reste à la buvette boire quelques bières et s’amuser. Cela n’existe pas vraiment dans le cyclisme. Le vestiaire en tant que joueur de foot, c’est quelque chose d’amusant. Le cyclisme, c’est un sport pur et dur, avec beaucoup de sacrifices et peu d’amusement. Le foot est davantage un jeu, même si c’est également physique. Pour moi qui ait été habitué à m’entraîner cinq ou six heures souvent seul, tu ne l’es jamais au foot. Au contraire, on se retrouve souvent en bonne compagnie. J’ai retrouvé une identité sportive. Cela m’a manqué dans le cyclisme, même si j’avais un certain niveau. Quand on arrête, on ressent un manque. Le foot a rempli ce vide», débite l’intarissable Ivan aux mains d’or.