[Cyclisme]
Alex Kirsch : «J’ai fait tout ce que je pouvais faire»
TOUR DE FRANCEAlex Kirsch, 34 ans, récent champion national de contre-la-montre, se présentera en forme samedi à Barcelone pour la troisième fois au départ de la Grande Boucle. Entretien.
En 2002, lors du grand départ du Tour de France au Luxembourg, nous avions rencontré et interrogé Alex Kirsch, dix ans, alors accompagné de son père Edmond, qui patientait devant le Parkhotel dans l’espoir d’obtenir un autographe d’un champion.
Vingt-quatre ans plus tard, le voilà au départ de son troisième Tour de France et il sera le seul coureur luxembourgeois de cette édition 2026. Il y prendra part avec son équipe Cofidis avec le ferme espoir de faire briller son leader, le sprinteur belge Milan Fretin, 25 ans, qui sera une sorte d’outsider pour les sprints massifs (l’an passé pour son premier grand tour, il avait terminé deuxième de la 6e étape du Giro).
Pendant les deux premières semaines de course, Alex Kirsch bénéficiera du soutien de son épouse, Sophie, et de leurs trois enfants (qui étaient montés sur le podium pour féliciter leur champion de père à l’issue du chrono des championnats nationaux). Sa petite famille ira donc le soutenir aux arrivées d’étapes et on le sait par avance, Alex Kirsch y sera très sensible…
SA PRÉPARATION
«J’ai participé aux Quatre Jours de Dunkerque en dernière minute, après ma fracture du poignet survenue au début des classiques (Ronde d’Anvers), je m’étais bien entraîné et je me sentais prêt à faire la course. C’était l’idéal, je ne savais plus quoi faire de plus à l’entraînement. Cela m’a fait du bien, j’ai progressé tout au long de la course. Puis je suis parti en stage pour préparer le tour. Et j’ai enchaîné les courses, avec des courses d’un jour, le Tour de Belgique, et les championnats nationaux. J’ai pu récupérer. Il m’a juste fallu veiller à bien récupérer entre les entraînements et la compétition. J’ai fait tout ce que je pouvais faire, je suis bien préparé physiquement et mentalement. Avec la chaleur qui a sévi, c’est difficile de savoir où on se trouve précisément, les sensations sont bizarres, mais c’est bien parce qu’on s’adapte.»
L’OBJECTIF DE L’ÉQUIPE
«On se concentre sur un succès d’étape, que ce soit avec Ion Izagirre, Alex Aranburu ou Milan Fretin pour les sprints. C’est de plus en dur à aller chercher. Si Pogacar remporte sept étapes, il n’en reste que 14 (rires). Dans chaque grand tour, on voit de plus en plus, deux ou trois coureurs qui gagnent beaucoup. Pour les sprints, un coureur qui s’impose en début, prend beaucoup de confiance et finit par en gagner plusieurs. Une certaine hiérarchie se met en place dès le premier sprint. C’est rare de gagner, mais si on ne cherche pas, on ne risque pas d’y arriver.»
Milan (Fretin) est très jeune et insouciant : je pense qu’il ne se rend pas compte de la pression qu’il aura et c’est bien comme ça
UNE COHÉSION À AMÉLIORER
«Pour notre groupe des sprinteurs autour de Milan Fretin, sur le Tour de Belgique, cela ne s’est pas trop bien passé. Pour des raisons différentes. C’est le cyclisme. Peu avant, cela s’était bien passé (Milan Fretin avait terminé deuxième de la Brussels Classic). C’est un travail continu. Dans notre groupe de sprinteurs, on vient de beaucoup d’équipes différentes, avec des idées et des habitudes différentes. C’est une question de temps pour se retrouver sur la même ligne.»
UN RÔLE QUI A CHANGÉ
«Avant j’étais souvent dernier lanceur (de Mads Pedersen chez Lidl-Trek). J’interviens à 5 kilomètres de l’arrivée pendant environ deux kilomètres. Mon rôle a donc un peu changé. C’est un choix de groupe de partir avec cinq coureurs pour emmener les sprints. Il nous fallait trouver la meilleure place pour tout le monde car cela marche ensemble. Je m’estime polyvalent et je pouvais prendre plusieurs postes par rapport à d’autres. En général, c’est plus facile de remporter un sprint qu’une étape de montagne avec (Tadej) Pogacar.»
UN LEADER À RASSURER
«Milan (Fretin) n’était pas en réussite sur le Tour de Belgique, mais c’est à nous de nous mettre sur la même ligne. C’est un bénéfice d’être à cinq pour le lancer, mais parfois, à trois, cela paraît plus facile pour se comprendre. Si on suit toute la saison, Milan était plutôt bien. Il n’a gagné qu’une fois (la 3e étape de la Ruta del Sol), mais on était souvent présent (le sprinteur belge a aussi terminé trois fois deuxième). Mais je pense que cela peut s’avérer plus facile de bien faire sur le Tour de France. C’est différent d’un Tour de Belgique par exemple. Et personnellement, je pense que je peux mieux me débrouiller dans un grand tour où la course est plus dure. Je préfère que dans les derniers kilomètres, ça roule à 60 km/h. Milan est très jeune et insouciant : je pense qu’il ne se rend pas compte de la pression qu’il aura et c’est bien comme ça.»
SES AMBITIONS PERSONNELLES
«J’en aurai certainement un peu plus qu’avec Lidl-Trek où je n’avais pas de liberté pour les étapes d’échappées. Mon rôle était alors juste d’aider un autre coureur à partir en échappée et de rester ensuite le plus tranquille possible. Puis de ne penser qu’aux sprints. Je pense que cette année, j’aurai moyen d’en faire un peu plus. On sait aussi que les chances sont très rares avec le cyclisme qui a changé. On se souvient des bagarres qu’il y a eu l’an passé sur le Tour pour les rares étapes qui étaient ouvertes aux baroudeurs. Si la chance se présente, il faut pouvoir la prendre.»
On sait aussi que les chances (de succès d’étapes) sont très rares avec le cyclisme qui a changé
LE CHRONO PAR ÉQUIPES
«Comme chaque année, il y en a pour tous les goûts. Cela va commencer par un chrono par équipes et cela change un peu. On ne sera pas préparés comme les équipes de spécialistes, mais l’équipe a fait un gros investissement dans le domaine des chronos cet hiver, au niveau du matériel et des textiles. Le chrono à Paris-Nice (la formation Cofidis avait pris la 10e du contre-la-montre par équipes remporté par l’équipe Ineos) a donné pas mal de motivation aux coureurs, comme quoi on peut bien faire. On ne va certainement pas jouer la victoire mais essayer de bien faire, oui. C’est un bel exercice qui implique chaque coureur et tout le staff. En tant que coureur, réaliser une belle performance donne une belle émotion pour tout le monde en début de Tour.»
SES PARTICIPATIONS
«Je retiens surtout ma participation en 2023 (en 2022, malade, il avait dû quitter la course dans la 6 étape arrivant à Longwy; en 2023, il avait lancé son leader Mads Pedersen vers le succès d’étape dans la 8e étape arrivant à Limoges). Je retiens surtout que le Tour est une course magnifique mais aussi définie par la chaleur. On s’y habitue puisque cela se généralise. Mais personne ne supporte bien le fait de devoir courir par 35 degrés…»