Violences fondées sur le genre : un plan national enfin sur les rails
Les lignes semblent enfin bouger sur le front de la lutte contre les violences faites aux femmes. La ministre Yuriko Backes affiche sa détermination : elle a annoncé hier une stratégie globale inédite.
Présenté mardi matin aux députés, puis à la presse, le rapport annuel du Comité de coopération entre les professionnels dans le domaine de la lutte contre la violence n’a, une nouvelle fois, pas permis de prendre réellement la mesure du phénomène au Luxembourg.
Après avoir décortiqué ses 42 pages, impossible de dire combien de femmes sont victimes de violence sur le territoire, ni même de quelle forme de violence – psychologique, sexuelle, économique, harcèlement, etc.
Une critique formulée par les parlementaires mardi, qui ont réclamé davantage de clarté, mais aussi par le Grevio, groupe d’experts européen chargé d’évaluer les mesures dans chaque État membre pour lutter contre la violence à l’égard des femmes.
En juillet 2023, il pointait déjà du doigt «la collecte de données administratives au Luxembourg qui ne satisfait pas la convention d’Istanbul», pourtant ratifiée depuis six ans.
Il y a des choses qu’on va faire différemment à partir de maintenant
Ces failles, la nouvelle ministre de l’Égalité des genres et de la Diversité, Yuriko Backes (DP), compte bien les combler. Notamment à travers le déploiement d’un grand plan d’action national.
«Il y a des choses qu’on va faire différemment à partir de maintenant, la collecte de chiffres en fait partie. Notre stratégie globale contre la violence fondée sur le genre offrira aussi un cadre pour disposer de nouvelles statistiques», a-t-elle fait valoir.
Le prisme du genre permettra d’obtenir enfin une vision plus nette et d’en finir avec certaines données qui questionnent. À commencer par ces 33 % de femmes auteures de violences présumées en 2023 (contre 31 % en 2022), un taux – unique au monde! – largement décrié par les associations, qui l’estiment biaisé.
Le gouvernement lui-même reconnaissant auprès du Grevio que «parmi les auteures de sexe féminin», il n’est «pas exclu que certaines soient également victimes».
Les victimes sont bien majoritairement des femmes
«33 % de femmes auteures, c’est un chiffre brut issu des interventions de la police», a nuancé mardi Laurent Seck, substitut principal au parquet de Luxembourg.
«Les agents constatent que l’homme et la femme ont tous deux reçu des coups ou blessures : au parquet d’établir qui a agressé, et qui s’est défendu. Si on regarde les condamnations, on voit bien que les auteurs de violences sont des hommes pour la plupart.»
Isabelle Schroeder, la présidente du comité, a insisté quant à elle sur le fait que ce rapport ne permet pas, à lui seul, de se faire une image fidèle de la situation.
«Les études du Statec montrent que les victimes de violences domestiques restent majoritairement des femmes. Et qu’une sur cinq a été victime avant l’âge de 15 ans, notamment de violences sexuelles. Ici, on parle uniquement des statistiques recueillies lors d’interventions et d’expulsions. Tout ce qui se passe en dehors n’apparaît pas.»
Les recommandations ont été prises en compte
Elle assure que les recommandations formulées par le Grevio sont maintenant prises en compte et figurent dans l’accord de coalition. Cette nouvelle stratégie nationale à construire ces prochains mois en collaboration avec les acteurs du terrain en est l’illustration .
«L’objectif est de couvrir les violences fondées sur le genre qui, effectivement, ne sont pas couvertes actuellement.»