Résultats PISA : les députés et Meisch inquiets
Un chiffre issu du récent rapport PISA remet notre système éducatif et social en question. Près de la moitié des lycéens participants ne sont pas suffisamment armés pour vivre en société.
Le système scolaire luxembourgeois a connu une succession de réformes ces dernières années depuis que Claude Meisch a pris le taureau par les cornes pour le rendre plus inclusif et moins rigide.
Malgré cela, les résultats de l’étude PISA 2025 sont loin d’être satisfaisants et de prouver l’efficacité des changements entrepris. Les lycéens luxembourgeois naviguent dans le ventre mou des pays testés alors que l’Estonie, l’Angleterre et le Portugal sont parmi les premiers de la classe.
Un constat préoccupant
Le Luxembourg n’est pourtant pas pire ou meilleur que les autres pays. Il a même conservé sa place dans le haut du deuxième tiers du classement de 91 pays participants. La dernière étude PISA relève une baisse générale des niveaux des lycéens testés dans les pays de l’OCDE.
Le constat est préoccupant pour le ministre de l’Éducation nationale et les députés qui ont participé ce mardi après-midi à la commission parlementaire de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse.
A qui la faute?
Un chiffre l’est cependant plus que les autres : 38 % des quelque 6 000 lycéens luxembourgeois de 15 ans testés ne disposent pas de compétences suffisantes pour participer à la vie en société et s’en sortir par eux-mêmes.
Un des volets de l’étude portant sur la lecture et la compréhension de textes a permis de l’établir. Soit 10 % de plus qu’en 2018. Et un tiers des lycéens testés pensent que l’école est une perte de temps.
Les députés se demandent à qui ou à quoi la faute. Dans le viseur, les écrans, les systèmes éducatifs, les parents pas assez concernés par les études de leurs enfants, les inégalités socio-économiques, une désaffection pour la lecture ou un test à la méthodologie inadaptée aux spécificités linguistiques luxembourgeoises pour Fred Keup (ADR) et David Wagner (déi Lénk). À moins que cela ne tienne à «l’entraineur»?
Une question d’égalité des chances?
Corine Cahen (DP) propose d’analyser ce que les pays en tête de classement font différemment. Francine Closener estime que les écrans et les retards en lecture ne justifient pas tout.
«Le cœur du problème est de comprendre comment enseigner de manière à ce que tous les élèves, et pas uniquement les bons ou ceux dont les parents suivent le parcours scolaire, apprennent ce qu’ils doivent apprendre, ce qu’ils doivent savoir.» On serait loin des attentes en matière d’égalité des chances.
«Le volet de l’égalité des chances peut encore être largement amélioré. C’est frappant!» embraye Djuna Bernard (déi gréng) qui remet également en question l’utilisation des tablettes et l’interdiction des smartphones.
«Tirer une ligne cohérente et évidente entre le smartphone nuisible et la tablette pédagogique est pour moi très compliqué. Idem pour créer un concept pédagogique ou un équilibre quant à leur utilisation.»
La lecture comme outil d’analyse
Plusieurs députés présents aimeraient également connaitre la stratégie du ministère de l’Éducation nationale en matière de promotion de la lecture, soulignant son importance en matière d’ouverture d’esprit et d’analyse de situation.
«Nous allons devoir transmettre la pertinence de la lecture. Avant, les jeunes lisaient pour toucher du doigt le monde adulte. (…) Aujourd’hui cela ne passe plus forcément par la lecture», regrette Claude Meisch, inquiet.
«La lecture est une compétence de base à l’apprentissage et pour la compréhension du monde. Si je ne parviens plus à déchiffrer un texte simple, (…) je ne parviendrai pas à comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons et je serai perméable aux thèses simplistes de ceux qui réduisent tout au noir et blanc.»
«L’école a ses limites»
Le ministre veut agir plus ou moins rapidement et ne pas laisser péricliter les choses. Il envisage le développement d’un plan stratégique ainsi qu’une refonte des programmes du secondaire après ceux du fondamental.
Les résultats de PISA seront analysés sous toutes les coutures avec les acteurs du terrain, comme déjà annoncé lors de la conférence de rentrée la semaine dernière. Veiller au bon enseignement des compétences de base est un levier envisagé par le ministère de l’Éducation nationale. «Pas besoin de réinventer la roue.»
En outre, «l’école a ses limites, nous montre PISA», selon Claude Meisch, et ne peut pas s’insinuer jusque dans la sphère privée des élèves une fois que «la cloche a sonné».
Pas question pourtant de se désengager et de se cacher derrière les inégalités socio-économiques. Une réforme de la voie de préparation est en cours et le ministère n’a pas l’intention d’abandonner les candidats au décrochage scolaire avant de leur avoir donné les outils nécessaires pour s’en sortir.
Face aux conséquences de l’utilisation des nouvelles technologies sur les capacités d’apprentissage, les performances scolaires et les acquis, les acteurs de l’enseignement jouent aux apprentis chimistes faute d’expérience suffisante, reconnait Claude Meisch en faveur du potentiel pédagogique de ces outils quand ils sont utilisés à bon escient.
Pour conclure cette commission parlementaire sur une note positive, le ministre affirme être convaincu que «les élèves ont des connaissances plus vastes» que les connaissances testées par PISA.