ONG luxembourgeoise au Népal : «Une telle catastrophe ne peut qu’aggraver la situation»

Roberto Baldanza, chargé de projets auprès de l’ONG luxembourgeoise Aide à l’Enfance de l’Inde et du Népal, fait le point sur la situation sur place, entre l’urgence humanitaire et le sort des enfants déjà fragilisés dans la région sinistrée.

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À Gatlang, l’un des villages où intervient le partenaire d’AEIN, 24 personnes sont portées disparues selon le dernier bilan.
À Gatlang, l’un des villages où intervient le partenaire d’AEIN, 24 personnes sont portées disparues selon le dernier bilan.

Des zones et villages soutenus par AEIN ont-ils été touchés par les glissements de terrain?

Roberto Baldanza : Nous avons deux partenaires qui travaillent dans la zone qui a été touchée, notamment dans le district de Rasuwa. Depuis hier, nous sommes en contact avec eux, ils sont en train de nous prévenir et d’essayer de comprendre quels sont les besoins les plus immédiats. Ils nous donnent également des chiffres selon lesquels, à ce jour, 24 personnes sont portées disparues seulement dans la zone où travaille notre partenaire ARD (Association for Rural Development).

Cette association nous fait savoir qu’elle fait de son mieux afin de rassembler des informations provenant des sources locales, même si les difficultés de communication rendent cela difficile. Dans l’ensemble, ils nous rapportent que la situation est très grave, avec des destructions significatives et des problèmes d’accès aux routes, l’électricité et les télécommunications étant aussi hors d’usage.

J’étais dans cette région en mai dernier et c’est une région bien sûr extrêmement montagneuse où les infrastructures sont très faibles. Par exemple, j’ai fait beaucoup de chemin sur des routes en très mauvais état, sans bitume et avec des pierres grosses comme des rochers. Il est donc normal qu’il soit très difficile d’acheminer de l’aide.

Est-ce une région régulièrement en proie à des catastrophes naturelles?

C’est une zone qui est assez encline à ce genre de désastre. En 2024 par exemple, nous étions intervenus au même endroit à la suite d’un effondrement de terrain. Il s’agit de pentes qui, souvent, n’ont pas assez d’arbres pour maintenir le terrain sur place. On suppose, bien sûr, que le changement climatique y est pour quelque chose.

Lors de ma dernière visite en mai, les locaux nous disaient que les phénomènes de précipitations étaient déboussolés, même pour la saison des moussons. C’est à cette saison, de début juin à septembre, qu’il pleut le plus, ils le savent mais ils ne s’attendaient pas à ce genre d’intensité et de fréquence qu’ils sont en train de vivre dernièrement. Il faut aussi savoir qu’il y a beaucoup d’habitations installées le long des rivières, car ce sont les rares zones qui sont plates. Beaucoup s’établissent donc au niveau de la rivière où il y a les maisons, les marchés et donc les grosses crues balayent tout.

Êtes-vous déjà en train de préparer un appel aux dons?

Nous pourrons prévoir quelque chose dès que nous aurons des nouvelles beaucoup plus précises de la part de nos partenaires qui seront, j’espère, très vite en mesure d’identifier les besoins. Nous pourrons alors décider comment intervenir et vers quels canaux de financement nous tourner. Sans ces informations, nous ne pouvons savoir de combien d’argent on parle, au moins pour les premiers secours. Tout en sachant que nous sommes une ONG axée sur le développement (lire ci-dessous) plutôt que sur l’urgence. Sinon, nous savons que l’armée népalaise est mobilisée, ainsi que la protection civile, et que la Chine est aussi en train de s’organiser afin d’apporter son aide de l’autre côté de la frontière.

La population sinistrée est-elle constituée de nombreux enfants? Quelles conséquences redoutez-vous pour la jeunesse?

Des enfants, j’en ai vu des masses au mois de mai. Il s’agit d’un pays relativement pauvre avec une population très jeune. Si l’on considère les enfants comme la catégorie la plus vulnérable du genre humain, une catastrophe comme celle-ci va fortement les impacter. Je pense que des écoles et des structures pédiatriques ont sûrement été avalées. Et ce sont des enfants qui vivent dans un cadre agricole pauvre, qui essaient de vivre au jour le jour, à la recherche de réponses immédiates afin de subvenir à leurs besoins. Dans une société déjà vulnérable, il est évident que l’impact d’une telle catastrophe ne peut qu’aggraver la situation.

Chargé de projet de l’AEIN, Roberto Baldanza était dans la région sinistrée au mois de mai dernier.
Chargé de projet de l’AEIN, Roberto Baldanza était dans la région sinistrée au mois de mai dernier.

Les missions de l’AEIN

Active depuis 1967, l’Aide à l’Enfance de l’Inde et du Népal (AEIN) a débuté en Inde avant d’élargir ses interventions au Népal dans les années 1990, puis d’en faire son principal pays cible depuis 2021. Financièrement soutenue par les ministères des Affaires étrangères et de l’Environnement, l’ASBL travaille sur divers volets : accès aux services, conscientisation du droit des personnes, protection des femmes vulnérables, droit à l’éducation formelle et informelle, activités génératrices de revenus dans le monde agricole, nutrition et assainissement, santé sanitaire. Et tout ce travail s’effectue à partir des deux axes transversaux que sont la protection des droits individuels et la prise en compte des effets du dérèglement climatique.

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