Octobre rose : «À 29 ans, on ne pense pas du tout au cancer»

Avec plus de 400 nouveaux cas par an au Luxembourg, le cancer du sein ne touche pas que les plus de 50 ans. Les jeunes femmes, comme Marie Alvarado, sont elles aussi de plus en plus frappées par la maladie.

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Marie Alvarado a appris il y a quelques mois qu'elle était atteinte d'un cancer du sein hormonal et génétique. (Photos : hervé montaigu)
Marie Alvarado a appris il y a quelques mois qu'elle était atteinte d'un cancer du sein hormonal et génétique. (Photos : hervé montaigu)

Marie Alvarado, 29 ans, ne pensait pas un jour être concernée par le cancer du sein. Aucun antécédent dans sa famille, une hygiène de vie impeccable. Et pourtant, la jeune Luxembourgeoise est sous traitement depuis quelques mois.

Malgré les difficultés et une fatigue parfois tenace, la graphiste reste positive. Pour elle, cette épreuve est un passage douloureux, certes, mais franchissable. Au lendemain de sa chimiothérapie, elle a accepté de nous raconter son combat.

Quand avez-vous appris que vous étiez atteinte d’un cancer du sein?

Marie Alvarado : C’était le 24 juin, le lendemain de la fête nationale. Les symptômes ont, en revanche, commencé fin avril. Je n’avais pas encore 29 ans. J’étais en train de m’appliquer de la crème quand j’ai senti une petite boule dure. Cela ne m’a pas inquiétée, comme j’étais jeune, j’ai pensé à un kyste. J’en avais déjà eu un dans le dos.

Vos symptômes se sont ensuite aggravés.

En deux mois, la boule avait pas mal grossi, mais je ne ressentais aucune douleur. Puis, j’ai fait des recherches sur internet qui m’ont mis un doute. Mon compagnon me conseillait d’aller consulter ma gynécologue, ce que j’ai fait. Après le rendez-vous et une palpation, elle m’a demandé d’aller faire une échographie et une biopsie. Au départ, par prévention. Elle n’était pas forcément très inquiète, car lors de mon contrôle annuel en novembre, elle n’avait pas observé d’anomalie.

L’échographie a ensuite révélé une masse « floue ». Ce n’était pas caractéristique d’un kyste. Trois jours seulement après l’examen, ma gynécologue me téléphone. Elle me dit de venir tout de suite à son cabinet. Je me souviens que j’étais au travail. Je lui ai dit : « Est-ce que ça ne peut pas attendre? Je suis encore sur certains projets ». Je me suis empressée de m’y rendre. Et là, elle m’a annoncé que c’était un cancer.

De quel type de cancer du sein souffrez-vous?

C’est un cancer hormonal génétique de stade 1. Heureusement, je n’ai pas de métastases. Par chance, on peut dire, il a été pris rapidement.

S’il est génétique, cela signifie-t-il que certaines femmes de votre entourage ont eu elles aussi un cancer du sein?

Étonnamment, non. Les médecins m’ont expliqué que c’était peut-être moi qui étais la première à porter ce gène. Nous avons fait des tests dans la famille pour savoir s’il y avait aussi une prédisposition. Jusqu’à maintenant, ce n’est pas le cas.

Malgré la maladie, Marie Alvarado reste positive.
Malgré la maladie, Marie Alvarado reste positive.

Avez-vous commencé les traitements?

J’ai débuté très rapidement les chimiothérapies en juillet. Le but est de faire rétrécir la tumeur. J’ai effectué onze séances. Si tout se passe bien, la fin des chimios est prévue pour le 18 novembre.

Comment les supportez-vous?

La première chimiothérapie s’était bien passée, je n’avais pas trop d’effets secondaires. Mais à partir de la sixième, les médecins ont dû l’intensifier, car ils ont découvert que le cancer était génétique. J’ai vu tout de suite la différence.

Je ressentais une grosse fatigue. J’avais du mal à rester éveillée pendant le traitement. Aujourd’hui, je les supporte un peu plus. Mais évidemment, il y a des jours où je me sens très bien, et d’autres où je reste toute la journée dans mon lit.

Craignez-vous les effets secondaires des chimiothérapies?

Ils sont venus au fur et à mesure des traitements. J’ai la chance d’avoir encore une bonne partie de mes cheveux. Avant la maladie, ils étaient très longs, j’ai dû les couper. Quand je fais les chimiothérapies, je porte un casque réfrigérant qui permet de réduire la chute des cheveux.

J’enfile aussi des gants et des chaussettes congelés pour éviter la perte des ongles. C’est quelque chose d’efficace, car j’ai encore tous mes ongles (…). Mais oui, j’ai peur des effets secondaires. Je sais que je perdrai tous mes cheveux à un moment donné. À chaque douche, j’en perds des poignées. J’ai déjà pris mon rendez-vous pour une perruque.

Après la chimiothérapie, vous allez affronter une nouvelle épreuve, la mastectomie.

En étant atteinte d’un cancer génétique, je dois faire, en effet, une ablation des deux seins. Car si on m’opère uniquement un sein, il y a une possibilité de récidive sur l’autre sein où je n’ai pas de tumeur. Normalement, l’opération est prévue pour décembre ou janvier.

Appréhendez-vous cette opération?

C’est ce qui me fait le plus peur, je dois le reconnaître. Heureusement, durant la même opération, une reconstruction mammaire immédiate est prévue. C’est important, car je ne me réveillerai pas sans mes seins.

Certaines femmes parlent d’une perte de féminité après une ablation des seins.

C’est vrai, et même durant la maladie. Avec la fatigue, on peut vite se laisser aller. Mais moi je le refuse, je continue à me maquiller, je fais mes ongles, je prends soin de moi. Je sais que lorsque je vais perdre mes cheveux, mes cils ou mes sourcils, le regard dans le miroir sera difficile.

À 29 ans, on se croit invincible. Et pourtant, on peut être aussi touchée par le cancer du sein.

À cet âge, on ne pense pas du tout au cancer. On ne songe pas au lendemain, on profite de la vie, on sort, on va au restaurant, on passe son temps sur les réseaux sociaux. Et puis un jour, on se retrouve à l’hôpital, dans une salle de chimiothérapie.

On se demande ce qu’on fait là. On se demande pourquoi nous. J’avais une très bonne hygiène de vie, je faisais beaucoup de sport. Avec mon compagnon, on faisait des semi-marathons. Je ne buvais pas d’alcool, je mangeais de manière équilibrée. Je me répétais : « Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal dans ma vie? Que devrai-je changer dans le futur? ».

D’ailleurs, lors de la première chimiothérapie, j’ai été étonnée par le nombre de jeunes personnes ayant un cancer. Je m’attendais à voir plutôt des personnes âgées. J’ai aussi partagé une chambre avec une jeune femme de 33 ans qui avait, elle aussi, un cancer du sein.

Comment a réagi votre compagnon à l’annonce de votre cancer?

Ça a été une nouvelle difficile pour lui. Mais il me soutient à 100 %. C’est la première personne qui est derrière moi.

Et votre entourage?

Je reçois énormément de soutien, que ce soit de ma famille, de mes amis ou de mes collègues. C’est quelque chose de très important quand on fait face à cette maladie. Je suis toujours accompagnée lorsque je fais une séance de chimiothérapie.

Avant de commencer les chimiothérapies, vos ovocytes ont été congelés.

N’ayant pas encore d’enfant, on m’a demandé si je voulais recourir à terme à la PMA (NDLR : procréation médicalement assistée). À 29 ans, on ne pense pas encore à fonder une famille. Finalement, j’ai dû me décider un peu en urgence.

Pour quelle raison? Le cancer du sein vous empêchera-t-il d’avoir des enfants?

Pendant cinq ans, je ne pourrai pas concevoir naturellement. Car pour empêcher des récidives dans d’autres parties du corps, notamment au niveau des ovaires, je reçois des piqûres qui stoppent les hormones. Je suis donc actuellement en ménopause.

Après la mastectomie, je devrai suivre pendant cinq ans un traitement d’hormonothérapie. Après ces cinq années, il me sera possible d’avoir des enfants par voie naturelle. Malheureusement, les chimiothérapies et la ménopause déclenchée rendent la conception naturelle difficile. La PMA est donc une solution préventive au cas où je n’y arriverais pas naturellement.

On pourrait apprendre les gestes d’autopalpation au lycée

Vivre avec cette maladie peut aussi avoir des conséquences sur la santé mentale. Comment réussissez-vous à passer outre les pensées négatives?

Ce n’est pas toujours évident. Quand j’ai commencé à perdre mes cheveux, j’ai beaucoup pleuré. Avec le déclenchement de la ménopause, j’ai le corps d’une femme de 50 ans, c’est difficile à accepter. J’ai les mêmes symptômes : les bouffées de chaleur, les douleurs articulaires.

Mais le soutien que je reçois m’aide beaucoup à rester positive. Je fais aussi des activités pour ne pas penser à des idées négatives. Je regarde des comédies, je fais du bricolage, du sport. Si je me sens bien, j’essaie de voir des amis.

Au Luxembourg, les femmes âgées de 45 à 74 ans peuvent réaliser tous les deux ans une mammographie de dépistage. Devrait-on avancer l’âge de contrôle?

Oui, je suis bien la preuve que le cancer peut arriver très précocement. Il y a beaucoup de cas comme le mien. De nombreuses tumeurs ne se détectent pas lors d’une palpation.

Je pense qu’il faudrait abaisser l’âge des mammographies obligatoires à 25 ans, avec des contrôles tous les trois à cinq ans, et inclure des échographies des seins lors des contrôles annuels chez le gynécologue.

La maladie remet beaucoup de choses en question

Pratiquiez-vous régulièrement l’autopalpation?

Non, pas forcément, mais en prenant soin de moi, je le faisais sans le savoir. Parfois, les femmes ne savent pas comment effectuer ces gestes.

Les apprendre au lycée pourrait être une bonne chose. On fait bien les gestes de premiers secours, on pourrait apprendre ceux-là.

Quel est votre regard sur le futur? Avez-vous peur des récidives?

Quand je suis seule chez moi, ce sont des pensées qui me traversent l’esprit. Mais cette maladie remet beaucoup de choses en question. On revoit nos priorités. On pense à nos choix professionnels, à nos désirs de voyage, à notre couple. On n’y aurait pas forcément songé auparavant, surtout à 29 ans.

En ce mois d’Octobre rose, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes atteintes ou non par le cancer du sein?

Qu’importe son âge, il faut continuer à prendre soin de soi, à connaître son corps. Si on fait cela, on peut détecter des anomalies. Pour les femmes qui sont malades, il est important de ne pas s’isoler, de chercher des soutiens, des proches ou même des associations. Malgré cette épreuve, il faut rester fort mentalement, chercher le positif, se fixer de petits objectifs et avancer pas à pas.

Repères

État civil. Marie Alvarado est née le 22 mai 1997 au Costa Rica. Elle est arrivée à l’âge de 8 ans au Luxembourg. Elle est en couple et n’a pas d’enfants.

Formation. La Luxembourgeoise a effectué un BTS au lycée des Arts et Métiers dans la capitale.

Carrière. Elle travaille dans une entreprise spécialisée dans l’impression de vêtements de sport, de travail et de loisir en tant que graphiste.

Cancer du sein. Marie Alvarado a été diagnostiquée en juin dernier d’un cancer du sein hormonal génétique. Actuellement sous traitement, elle doit effectuer une mastectomie dans les mois à venir. Au Luxembourg en 2025, le programme de dépistage du cancer du sein a permis de réaliser 26 131 mammographies, dont 2 304 ont nécessité des examens complémentaires et 146 ont conduit à un diagnostic confirmé de cancer.

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