Nouveau débat sur l’usage du luxembourgeois
La question revient comme une ritournelle. Une nouvelle pétition pour faire du luxembourgeois la langue d’intégration a obtenu 5 600 signatures. Les députés devront donc en débattre.
Il y aura un nouveau débat à la Chambre des députés en raison du succès rencontré par la pétition 4004 demandant un «renforcement du luxembourgeois comme langue d’intégration à apprendre obligatoirement au Luxembourg», déposée par David Delvaux. Il constate que la communication en luxembourgeois devient difficile, voire impossible, dans de nombreuses situations de la vie quotidienne.
Or l’usage du luxembourgeois paraît indispensable aux quelques 5 600 signataires, en particulier dans les hôpitaux et établissements de santé, les maisons de retraite et structures de soins, les écoles et structures d’accueil pour enfants et jeunes, les pharmacies, les commerces et services, les administrations publiques «et de nombreux autres domaines», écrit le pétitionnaire.
Il pense surtout aux personnes âgées et aux enfants qui n’ont pas toujours la possibilité de recourir à d’autres langues. «Une langue commune dans la vie quotidienne facilite la communication, évite les malentendus et renforce la cohésion sociale» et cette langue doit être le luxembourgeois.
Cette pétition demande au gouvernement et aux députés de reconnaître le luxembourgeois comme langue d’intégration à apprendre «obligatoirement» pour les personnes qui vivent ou travaillent durablement au Luxembourg.
Cette question a déjà été abordée par les décideurs politiques à de nombreuses reprises. Outre des interpellations et des heures d’actualité dédiées à la langue luxembourgeoise, des pétitions avaient été débattues il y a une dizaine d’années.
La loi de 2018 pour la promotion de la langue luxembourgeoise en fut l’une des conséquences, avec le Plan d’action pour la promotion de la langue luxembourgeoise, adopté en décembre 2022 et réévalué en 2025. Le ministre Éric Thill est venu en commission parlementaire le 15 janvier dernier pour détailler les progrès réalisés au niveau de la mise en œuvre des 50 mesures contenues dans ce plan d’action.
«Nous souhaitons rendre notre langue encore plus accessible à tous grâce à des actions concrètes et une visibilité accrue. Un accent particulier est mis sur l’utilisation de la langue au quotidien», avait-il déclaré. Il insistait sur les «efforts intensifs» déployés pour rendre les méthodes et le matériel d’apprentissage plus attrayants et ludiques pour les personnes ne parlant pas encore luxembourgeois, notamment en établissant un lien avec leur profession.
Cela s’applique particulièrement aux domaines de la santé et des soins, de l’éducation, de la sécurité, du commerce et de la gastronomie. «Le domaine de la santé est ainsi le premier à avoir été ciblé par cette approche novatrice. Des travaux sont également menés pour garantir que les enfants et les jeunes qui n’ont pas été scolarisés au Luxembourg dès leur plus jeune âge puissent apprendre le luxembourgeois comme langue étrangère», ajoutait le ministère de la Culture.
Trop tard?
Le pétitionnaire demande d’élargir les possibilités de cours de luxembourgeois et de les rendre plus accessibles. Mais aussi d’encourager ou d’obliger les employeurs à offrir à leurs employés la possibilité d’apprendre le luxembourgeois et d’introduire l’apprentissage de la langue luxembourgeoise comme standard dans les écoles pour les enfants et les jeunes.
«L’objectif n’est pas d’exclure, mais de renforcer l’intégration et de garantir que la langue luxembourgeoise, en tant que langue nationale, reste présente dans la vie quotidienne, dans le commerce et dans les relations avec la population», écrit David Delvaux.
En 2016, la pétition qui exigeait la langue luxembourgeoise comme langue administrative avait récolté 14 700 signatures. Parallèlement, celle qui demandait le maintien du multilinguisme en récoltait plus de 5 000.
Les deux pétitions avaient été débattues le même jour et à l’issue des discussions, les députés avaient constaté «un besoin de promotion de la langue luxembourgeoise tout en soulignant l’importance du multilinguisme. L’objectif est de trouver un consensus politique quant aux mesures à entreprendre.»
Le projet de loi sur la promotion de la langue luxembourgeoise tenait en quatre pages, mais il était précédé d’un exposé des motifs d’une trentaine de pages rédigées en luxembourgeois. Dans son avis sur le projet, la Chambre des métiers avait indiqué que «le train pour faire du luxembourgeois la langue d’intégration était déjà parti depuis longtemps».
Un nouveau débat sur cette question sera donc organisé. Selon le règlement, le débat public a lieu dans les quatre mois suivant l’échéance de la période de signatures. Un délai suspendu pendant la durée des vacances scolaires d’été.