Mattis Noël, président de l’ACEL : «Nous sommes devenus un partenaire incontournable»

À quelques semaines de la rentrée universitaire, le logement reste l’une des principales préoccupations des étudiants au Luxembourg. Mattis Noël, le président de l’ACEL, fait le point sur les difficultés rencontrées par les jeunes et les combats que son association entend encore mener.

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Pour Mattis Noël, l'offre de logements étudiants n'est pas à la hauteur de la demande.
Pour Mattis Noël, l'offre de logements étudiants n'est pas à la hauteur de la demande.

À la tête de l’Association des cercles d’étudiants luxembourgeois (ACEL), Mattis Noël entend faire entendre la voix d’une génération confrontée à des problématiques qui, malgré les évolutions du monde étudiant, restent étonnamment constantes : logement, bourses, stages ou encore mobilité.

Alors que l’ACEL prépare notamment les résultats d’une évaluation sur les conditions de logement et s’apprête à accompagner la prochaine édition de la Foire de l’étudiant, le jeune président revient sur les principaux défis auxquels sont confrontés les étudiants au Luxembourg et sur les dossiers qu’il souhaite faire avancer avant la fin de son mandat.

À quelques semaines de la rentrée, quel est, selon vous, le principal problème auquel les étudiants luxembourgeois sont confrontés aujourd’hui ?

Mattis Noël : «Si je devais n’en citer qu’un, je dirais, sans surprise, que c’est le logement universitaire. Il y a beaucoup de soucis pour trouver un logement ici, à Belval, pour l’Uni. Notamment pour les étudiants internationaux. L’offre n’est pas assez élaborée, c’est vraiment très difficile. Ils nous contactent quotidiennement pour trouver un logement.

Il y a un vrai manque de places parce que le gouvernement n’a pas trop investi là-dedans. L’offre actuelle n’est pas prête pour la demande.

Le coût de la vie augmente et se loger devient de plus en plus difficile dans de nombreuses villes universitaires. Est-ce que faire des études reste réellement accessible à tous les jeunes Luxembourgeois, quel que soit leur milieu social ?

Oui, je pense que cela reste accessible. Les prix d’inscription sont très bas si on compare avec d’autres pays comme les Pays-Bas par exemple. Et puis, les transports gratuits jouent beaucoup aussi. Mais il faut recouper avec le problème du logement. Parce que si un étudiant luxembourgeois vit dans le Nord, à Clervaux par exemple, il met une heure et demie pour se rendre à Belval, ce n’est pas vraiment accessible. Il faudrait augmenter l’offre de transport public, en proposant un bus direct par exemple. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Vous allez dévoiler dans quelques semaines les résultats d’une vaste évaluation sur les difficultés de logement des étudiants au Luxembourg. Expliquez-nous.

Oui, l’objectif était de voir un peu les difficultés de logement au Luxembourg, mais aussi d’évaluer comment les étudiants viennent à l’université : prennent-ils les transports publics ? La voiture ? Le vélo ? Nous avons recensé tout cela et présenterons nos résultats d’ici deux à trois semaines.

Entre le logement, les transports et les dépenses courantes, le coût des études augmente. Le système luxembourgeois de bourses et de prêts est-il encore suffisamment adapté à la réalité des étudiants en 2026 ?

Le ministère a demandé notre avis sur différents projets et il y a eu, cette année, une nouvelle réforme de la bourse. Donc pour nous, c’est un pas dans la bonne direction, mais nous devons désormais évaluer l’impact de cette réforme, notamment sur les besoins spécifiques des étudiants. Nous allons donc voir comment la situation évolue.

L’ACEL est à la fois une association de représentation, d’information, mais aussi un réseau de cercles étudiants. Concrètement, qu’est-ce que l’ACEL peut apporter à un étudiant que ne peuvent pas lui apporter son université ou son cercle étudiant ?

Nous sommes tous encore des étudiants, c’est ça notre force. Nous savons tout ce qu’il faut faire, notamment pour les démarches administratives liées aux études. Nous avons une approche un peu plus personnalisée que les universités : chaque cas est spécifique, pas juste un énième étudiant. Nous essayons toujours d’aider au mieux, que ce soit pour l’orientation ou le regroupement des étudiants à l’étranger par exemple.

Vous avez vous-même gravi progressivement les échelons de l’association : secrétaire en 2024, vice-président en 2025, puis président en 2026. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous investir autant dans l’ACEL ?

J’apprends beaucoup de choses, notamment au niveau des compétences comportementales. J’ai appris à travailler en groupe et j’ai rejoint une association très organisée et professionnelle. Donc c’est très valorisant de s’engager pour quelque chose de plus grand que soi-même.

L’ACEL existe depuis 1984. En plus de quarante ans, le monde étudiant a profondément changé. Qu’est-ce qui a le plus changé dans les préoccupations des étudiants luxembourgeois ?

Pas grand-chose! Il y a toujours les mêmes sujets : les stages, le logement, les bourses… Heureusement, ça évolue, mais on reste sur les mêmes problématiques.

Vous êtes aujourd’hui interlocuteur des pouvoirs publics sur des sujets qui dépassent largement la vie associative. Jusqu’où l’ACEL doit-elle aller dans son rôle de défense des étudiants ? Peut-elle être considérée comme une véritable organisation de représentation politique de la jeunesse ?

Je pense, oui. Notre association a fortement évolué : nous sommes désormais 19 membres du comité, avec 47 cercles d’étudiants. Nous sommes organisés autour de quatre piliers : l’information, le regroupement, la représentation et le volet administratif. C’est vraiment beaucoup plus professionnalisé qu’avant.

On peut vraiment dire que nous avons eu une grande influence ces dernières années. Je pense que nous sommes devenus un partenaire incontournable pour discuter des sujets spécifiques concernant les étudiants.

Le président de l’ACEL veut réformer la loi sur les stages d’ici la fin de l’année.
Le président de l’ACEL veut réformer la loi sur les stages d’ici la fin de l’année.

Sur quels dossiers voulez-vous particulièrement peser pendant votre mandat ?

Il se termine le 26 décembre prochain, déjà! Mais nous avons déjà énormément travaillé sur le dossier de la loi des stages. Nous avons eu une entrevue avec le ministre du Travail en février, puis avec Madame Deprez en mars.

Pour la dernière ligne droite de mon mandat, je veux vraiment porter l’accent sur le logement, après notre évaluation.

Si vous étiez ministre de l’Enseignement supérieur demain matin, quelle serait votre première décision ?

(Il rit) Ma première décision ? D’incorporer encore davantage l’ACEL dans les discussions. Nous avons une bonne relation et avons fait du bon travail avec eux récemment. Mais il ne faut pas se contenter du statu quo. Nous voulons vraiment être davantage impliqués avec le ministère. C’est aussi un avantage pour eux.

Justement, les relations n’ont pas toujours été au beau fixe avec le ministère. L’année dernière a même été assez agitée : comment sont vos relations aujourd’hui ?

Il y a eu des difficultés avec la Foire de l’étudiant, oui. Nous n’étions pas satisfaits avec le choix du site de Belval. Nous avons discuté, intégré un groupe de travail avec le ministère. Après trois, quatre réunions, nous sommes sortis satisfaits, nous avons pu donner notre avis et nous sommes très contents de l’édition à venir. Donc nos relations vont mieux!

La Foire de l’étudiant fêtera ses 40 ans les 29 et 30 octobre prochains. Qu’est-ce qui ne fonctionne plus aujourd’hui dans la foire telle qu’elle existe et qu’aimeriez-vous changer concrètement ?

Le fait que Belval ne soit pas centralisé était l’un des plus gros problèmes. Nous avons eu beaucoup de retours des lycées, mais aussi de personnes privées, concernant cet emplacement. Ils ont tous mis beaucoup trop de temps pour venir jusqu’ici, et même avec les transports publics, ce n’était pas évident. À la Coque, nous avons l’arrêt du tram, les arrêts de bus et c’est aussi plus facile de s’y rendre en voiture.

Ensuite, il y avait trop d’accent mis sur les études supérieures. Nous avons une approche un peu plus libéralisée, où nous voulons montrer qu’il y a aussi autre chose, comme des stages, du travail, du volontariat.

Et le troisième problème, c’est le fait que tout était dispatché entre trois places, c’était vraiment difficile de s’orienter. Là, nous avons tout regroupé et suivi un cheminement, stand par stand, avec tout ce qu’il faut savoir au même endroit.

On l’a vu, la loi sur les stages a été l’un de vos principaux dossiers cette année. Une évaluation a été faite : où en est-on et êtes-vous satisfait ?

L’évaluation est terminée, mais nous ne sommes pas satisfaits des résultats. Il y a trop d’incohérences entre le code du travail et la Sécurité sociale. Les stagiaires disent une chose, les entreprises une autre. Et le gouvernement ne voit pas pourquoi il devrait faire une réforme pour cette loi. Mais il faut tout remettre à plat!

Nous avons demandé au ministre de revoir cette évaluation et nous sommes en attente de réponses. Nous cherchons juste à dialoguer pour résoudre ce problème. Mais nous sommes optimistes, nous espérons résoudre tout cela d’ici la fin de l’année.

L’ACEL s’était fortement mobilisée contre les adaptations du régime des pensions, au nom de l’équité entre les générations. Une partie de la réforme est désormais entrée en vigueur : avec le recul, estimez-vous que les intérêts des jeunes ont suffisamment été pris en compte dans le compromis finalement adopté ?

Oui et non. Les années d’études sont maintenues, c’est une bonne chose. Mais nous voulions une réforme à plus longue durée. Là, c’est juste quatre ans. Nous avons encore différentes réunions avec l’Inspection générale de la Sécurité sociale et le ministère pour juger de la faisabilité économique de nos idées. L’idée est vraiment d’incorporer les jeunes dans le dialogue sur la réforme des retraites, de proposer des pistes qui n’ont pas encore été discutées.

Vous êtes aujourd’hui à la tête d’une association qui consacre beaucoup de temps à la défense des étudiants. Qu’est-ce que cet engagement vous a appris sur votre propre génération ?

Qu’elle est très motivée et apte à changer des choses. Nous le voyons dans nos cercles, nos assemblées générales : quand les étudiants ont quelque chose en tête, ils y vont vraiment, sans gêne, ils foncent et veulent réellement résoudre les problèmes.

Repères

État civil. Mattis Noël est né le 15 février 2002 à Luxembourg.

Formation. Il est actuellement en master en International Development à Vienne et espère travailler ensuite dans une ONG pour apporter son aide aux pays du Sud.

ACEL. Il a intégré l’association étudiante il y a trois ans et a gravi les échelons : d’abord secrétaire en 2024, il est passé vice-président en 2025, avant de décrocher la présidence en 2026.

Passion. Il a joué pendant neuf ans dans l’équipe nationale de football luxembourgeoise.

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