Marc Serres quitte la Space Agency avec «le sentiment d’avoir rempli l’objectif»
Après huit ans à la tête de laLuxembourg Space Agency,Marc Serres quitte ses fonctions pour rejoindre le secteur privé, tout en restant dans le spatial. Un choix réfléchi qu’il justifie par l’envie d’ouvrir un nouveau chapitre professionnel.
Une page s’est tournée lundi 14 septembre avec l’annonce du départ de Marc Serres de son poste de directeur général de la Luxembourg Space Agency (LSA). Entré en 2005 au ministère de la Recherche afin de superviser les relations du Luxembourg avec l’Agence spatiale européenne (ESA), il aura accompagné l’essor du secteur spatial luxembourgeois au fil des années.
En 2014, il intégrera le ministère de l’Économie en tant que directeur des affaires spatiales, avant de devenir le premier directeur général de la LSA à sa création en 2018. Une fonction qu’il aura occupée jusqu’en ce mois de septembre.
Pourquoi avez-vous décidé de quitter la Luxembourg Space Agency?
Marc Serres : J’étais dans une entreprise du domaine spatial (NDLR : Hitec) avant de rejoindre le ministère de la Recherche en 2005, lorsque le Luxembourg est devenu membre de l’Agence spatiale européenne (ESA), et j’ai toujours eu dans un coin de la tête l’envie de retourner dans l’industrie, que ce soit dans une entreprise ou pour créer la mienne. Cela m’est arrivé de l’envisager plus sérieusement quelquefois, puis, cette fois, l’opportunité s’est présentée et j’ai décidé de sauter le pas.
Cela fait 20 ans que je fais ce métier et j’ai considéré que c’était le moment de faire quelque chose d’autre avant que ma carrière ne se termine. Ma motivation est de me lancer un nouveau challenge et peut-être que cela n’aurait pas été possible si j’avais attendu cinq ans de plus. Je vais donc rester à Luxembourg afin de rejoindre le secteur privé dans le spatial.
Est-ce vous qui avez glissé le nom de Ruy Pinto comme successeur?
Non, je n’ai pas été impliqué dans ce processus, ce qui est tout à fait normal. Quand j’ai communiqué mon souhait d’opérer ce changement, des personnes dont c’est la responsabilité ont fait le nécessaire pour organiser la succession. Et je suis content que ce soit Ruy, car c’est quelqu’un que je connais depuis un certain nombre d’années, que j’apprécie et qui va faire du très bon travail.
En vingt ans, comment a évolué l’écosystème spatial au Grand-Duché?
Quand j’ai commencé, il y avait peut-être une douzaine d’entreprises actives et je connaissais tout le monde personnellement, étant donné que je traitais quasiment tous les dossiers. Aujourd’hui, ce ne serait plus possible, car il y a près de 80 entreprises et 1 700 personnes qui travaillent dans le domaine. Je connais encore la majorité des dirigeants des entreprises, mais pratiquement plus personne dans leurs structures. C’est l’une des évolutions les plus visibles en 20 ans.
Sinon, j’ai le sentiment d’avoir rempli l’objectif de développement du secteur. Il y a beaucoup plus d’entreprises et l’on constate qu’elles atteignent un niveau de maturité qui leur permet de signer des contrats. Je pense que nous ne sommes qu’au début d’une phase de concrétisation de beaucoup de projets.
Nous nous sommes fait une place
Le Luxembourg est présenté comme un pionnier dans le spatial, est-ce un titre que vous revendiquez?
Être pionnier, c’est évidemment une fierté, mais il faut rester humble, car nous restons un petit pays, avec des moyens qui restent modestes en valeur absolue par rapport à d’autres pays. Néanmoins, il est vrai que nous nous sommes fait une place, parce que c’est un sujet que nous avons placé très haut dans notre politique. Dans aucun autre pays, les ressources spatiales ne sont aussi importantes dans les objectifs politiques. Évidemment, lorsque vous donnez une si haute priorité à une thématique comme le spatial, même avec nos moyens, vous êtes souvent en avance sur beaucoup d’autres. Nous avons notamment fondé l’Esric, le Centre européen d’innovation pour les ressources spatiales, qui est unique au monde.
En juillet dernier, le directeur général adjoint de la LSA, Mathias Link, a quitté son poste. Vos deux départs seront-ils un test pour l’écosystème?
Je ne pense pas qu’il y ait un lien entre un changement de direction au sein de l’agence et la maturité de l’écosystème. Si l’on compare la situation avec d’autres pays, les changements à la tête des agences sont beaucoup plus fréquents. Parmi les directeurs d’agence qui siègent au conseil de l’ESA, c’est moi qui suis là depuis le plus longtemps. C’est plutôt exceptionnel que deux dirigeants restent si longtemps; souvent, il y a des roulements tous les quatre ou cinq ans.
Par contre, cela me rappelle une question qui nous a été posée en tant que chefs d’agence : « Est-ce que votre agence sera encore là dans 50 ans? ». Certains répondaient par l’affirmative, puis d’autres estimaient que non, que le secteur sera développé comme n’importe quel autre secteur industriel et qu’il n’aura donc plus besoin d’une agence. Et cela est notre vision. L’État a toujours un rôle important à jouer, l’agence est là pour stimuler, pour aider, mais peut-être que dans deux décennies, les entreprises seront assez matures pour fonctionner sur la base du marché et réinvestir elles-mêmes. Je pense que la réussite se mesurera à la vitesse à laquelle une agence ne sera plus nécessaire.