L’impact de l’IA sur notre cerveau décrypté par une chercheuse
L’IA nous aide-t-elle à mieux penser ou à moins réfléchir? La neuroscientifique Mila Marinova décrypte comment l’outil influence notre l’apprentissage et le cerveau.
L’intelligence artificielle générative s’est installée dans notre quotidien. Mais à quel point son utilisation affecte notre cerveau? Pour répondre d’un point de vue scientifique, Mila Marinova, docteure en neurosciences cognitives et psychologiques, s’est penchée sur la question.
Avant même de parler d’IA, la chercheuse rappelle que «notre cerveau est conçu pour apprendre» et que «l’apprentissage de nouvelles informations le modifie». Chaque expérience participe ainsi à la création ou au renforcement de connexions entre les neurones.
Ces nouveautés contribuent aussi à la myéline, une substance qui permet aux signaux électriques de circuler plus rapidement. Apprendre, c’est donc transformer physiquement son cerveau. Un développement qui «se poursuit tout au long de notre vie», souligne Mila Marinova.
Cette évolution va participer à renforcer la réserve cognitive, ce qui signifie une meilleure capacité face aux effets du vieillissement ou «nous protéger contre des troubles comme la démence».
«Affaiblir nos compétences cognitives»
Pour être efficace, le cerveau a besoin d’effort, mais aussi de diversité. «La variété, la nouveauté, la stabilité sont toutes aussi importantes pour l’apprentissage», précise la chercheuse. La nouveauté permet au cerveau d’élargir sa connaissance de l’environnement, tandis que la répétition aide à la fixer durablement.
L’enjeu n’est donc pas seulement de trouver une réponse, mais de construire un chemin mental qui permette de la comprendre et surtout de la retenir. C’est ici que l’IA générative pose un premier problème.
Grâce à cet outil, on obtient quasi instantanément une réponse, sans pour autant mobiliser ses ressources cognitives. Or, chercher soi-même une solution peut renforcer l’acquisition d’un savoir. Utiliser l’IA comme un outil de délégation de l’effort cognitif peut donc, par exemple, «diminuer la confiance en nos propres capacités de raisonnement».
La chercheuse alerte ainsi sur l’importance «de rester en charge de son apprentissage et de ne pas tout déléguer à l’IA, car il y a vraiment un risque d’affaiblir nos compétences cognitives».
Un usage encadré peut être bénéfique
À l’inverse, Mila Marinova explique que «l’outil peut renforcer certaines capacités cognitives lorsqu’il est utilisé de manière structurée et exigeante». Car quelque soit l’effort, avec ou sans technologie, la difficulté doit rester accessible. Elle évoque la «zone proximale de développement», c’est-à-dire «la différence entre tout ce que la personne peut faire soi-même et tout ce qu’elle peut faire avec un peu d’aide».
Si l’écart est trop grand, la tâche devient décourageante. Mais bien dosée, elle peut au contraire soutenir l’apprentissage. En mathématiques, par exemple, demander à une IA de faire directement un exercice ne produit pas le même effet que lui demander de proposer plusieurs exercices similaires pour s’entraîner et venir à bout de l’initial.
Sans IA, l’élève aurait eu beaucoup plus à faire pour obtenir cet accompagnement personnalisé, «ce qui peut démotiver», rappelle la scientifique. Dans ce cas, l’élève reste actif et utilise l’outil pour renforcer sa compréhension, non pour remplacer son raisonnement. Mila Marinova estime qu’«il est important de s’engager dans des tâches difficiles et stimulantes, mais de garder un équilibre entre ce que l’on connaît déjà et ce que l’on veut apprendre».