Le temps partiel familial n’est plus un droit, mais une option
Le ministre du Travail, Marc Spautz, a livré des précisions sur le temps partiel familial de quatre heures hebdomadaires, non rémunérées, qui devra être négocié avec l’employeur.
Le gouvernement rétropédale. Le 22 novembre 2023, le Premier ministre, Luc Frieden, avait annoncé dans sa déclaration gouvernementale devant la Chambre des députés l’introduction d’un nouveau droit à un congé de quatre heures par semaine pour les parents travaillant à temps plein.
Ce temps partiel familial devait être accordé aux parents jusqu’à ce que leurs enfants aient atteint l’âge de 13 ans. «Cela leur permettra de passer plus de temps avec leurs enfants», insistait Luc Frieden.
Finalement, le ministre du Travail, Marc Spautz, a rectifié le tir, vendredi, auprès de nos confrères de la radio 100,7, en précisant qu’il ne s’agit plus d’un droit : ces quatre heures hebdomadaires, non rémunérées, reposeront sur le volontariat.
Comprendre que l’employeur et le salarié devront parvenir à un accord. Le dispositif doit être discuté avec les partenaires sociaux lors d’une prochaine réunion du Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE), en octobre.
Un projet de loi devrait être déposé qui introduira d’autres congés, comme le congé en cas de fausse couche tardive, des dispositions concernant le congé d’aidant, le congé de maternité ou encore le congé pour raisons familiales.
Certaines de ces dispositions ont été discutées et adaptées depuis l’année dernière, et le délai de dépôt du projet de loi dépendra du résultat de la réunion du CPTE. «Si aucune modification majeure du texte n’est nécessaire, le dépôt aura lieu dans un délai rapproché après ladite réunion», indiquait Marc Spautz dans une réponse à une question parlementaire le mois dernier, relative au congé de cinq jours en cas de fausse couche tardive pour faire le deuil.
Les employeurs ne voient pas d’un bon œil le temps partiel familial. Marc Spautz a pu en témoigner à la radio alors qu’il a eu l’occasion d’échanger sur le sujet avec le patronat.
Selon les circonstances, les employeurs pourraient rencontrer des difficultés, leur ont-ils dit. «Ils ont indiqué ne pas s’opposer à l’introduction de cette mesure, mais la question dépend toujours de la taille de l’entreprise et de l’organisation du travail», précise le ministre du Travail.
Marc Spautz espère que ce nouveau dispositif de congé permettra aux parents de mieux organiser leur temps avec leurs enfants. Mais, déjà, l’opposition socialiste monte au créneau.
«Le gouvernement tente de présenter l’initiative du «temps partiel familial» comme une avancée majeure. Mais à y regarder de plus près, il s’agit plutôt d’un pas en arrière», communique le parti. «La réduction du temps de travail ne doit pas simplement signifier : travailler moins, gagner moins et toucher une retraite moins élevée», estiment les socialistes.
Favorables à des modèles de temps de travail modernes, les socialistes constatent que le gouvernement n’organise pas une évolution collective en matière de temps de travail, la responsabilité étant reportée sur l’individu.
«Quiconque souhaite consacrer plus de temps à sa famille est censé en assumer lui-même le coût. Ce n’est pas une politique sociale en matière de temps de travail. C’est un équilibre entre vie professionnelle et vie privée réservé à ceux qui en ont les moyens», accuse le LSAP.
Un luxe pour certaines familles
Impossible pour des familles déjà étranglées financièrement par les prix de l’immobilier et le coût de la vie de renoncer à une partie de leur salaire.
Ces quatre heures de congé représentent 10 % sur un temps plein et le gouvernement risque ainsi de créer «un équilibre entre vie professionnelle et vie privée à deux vitesses». Les familles avec des revenus plus aisés pourront s’octroyer plus de temps avec leurs enfants, mais pas les autres, sinon au prix d’autres sacrifices.
«Nous savons que ce sont encore, de manière disproportionnée, les femmes qui réduisent leur temps de travail pour assumer des responsabilités familiales. Une mesure reposant sur le chômage partiel non rémunéré risque de renforcer encore davantage ce modèle traditionnel», déclare la coprésidente du LSAP, Maxime Miltgen.
Pour les mères, cela signifie des salaires plus bas, moins de perspectives de carrière, une moindre indépendance financière, sans compter l’écart de retraite déjà existant d’environ 36 % au détriment des femmes.
La cheffe de file des socialistes au Parlement, Taina Bofferding, constate amèrement que le gouvernement opte en définitive pour «une solution qui dépend d’un accord avec l’employeur».
Le droit à un temps partiel familial devient «une option» et «une avancée sociale» se transforme en «une question de négociation individuelle», écrit-elle.
Pour les socialistes, le progrès ne consiste pas à dire aux gens : «Vous pouvez avoir plus de temps… si vous êtes prêts à le payer de votre poche.» Les discussions de la rentrée risquent d’être vives.