La fumée des Hautes Fagnes gagne la Chambre
Les ratés de la communication gouvernementale autour de l’incendie survenu à la mi-août dans les Hautes Fagnes ont fait débat mercredi à la Chambre. Le ministre Léon Gloden promet de rectifier le tir.
La fraction du CSV elle-même n’a pas épargné son propre ministre au moment de tirer le bilan de la gestion des suites de l’énorme feu qui a frappé la région belge des Hautes Fagnes, située au nord du Grand-Duché. Stéphanie Weydert a ainsi fustigé un «silence radio» de près de 24 heures alors qu’une mauvaise odeur et une épaisse fumée avaient déjà gagné une partie du Luxembourg, dans l’après-midi du samedi 15 août.
«Des touristes installés au camping de Rosport, connectés au réseau allemand, ont été avertis vers 17 h d’une mauvaise odeur liée à l’incendie dans les Hautes Fagnes. Dans la soirée, notre centre de secours local a publié à son initiative un premier message sur les réseaux sociaux. Il a fallu attendre le milieu de l’après-midi du dimanche pour recevoir le premier message de LU-Alert. Et même jusqu’en soirée, vers 20 h, pour un appel à fermer les fenêtres», retrace la députée-maire de Rosport-Mompach.
Elle s’est dite irritée par ce manque de réactivité, au contraire de Luc Emering (DP). «On ne peut pas imputer au gouvernement la responsabilité pour un feu qui a éclaté en Belgique. Il s’agit d’une tentative pour en tirer un bénéfice politique», défend l’orateur du partenaire de coalition du CSV.
«Le Luxembourg a-t-il sonné l’alerte à temps? Oui et non. Pourquoi semer la panique si l’on ne sait pas avec assurance si le vent va tourner», interroge Marc Goergen (Parti pirate).
Le ton était tout autre parmi les autres partis de l’opposition. «Le gouvernement se doit d’assurer une communication de crise cohérente. Il s’agit d’un devoir essentiel et d’un droit pour le citoyen. Nous avons besoin d’une gouvernance qui agisse de manière proactive», souligne Taina Bofferding (LSAP), qui suggère que le Haut-Commissariat à la protection nationale (HCPN) soit doté de plus de responsabilités.
«Tout Clervaux dans le brouillard»
Michel Lemaire (ADR) débute aussi avec un témoignage : «Dans le nord du pays, les premières odeurs s’étaient déjà répandues le vendredi. Le samedi, la fumée était déjà conséquente et le dimanche, elle était massive. Tout Clervaux était plongé dans le brouillard. Il appelle cependant à ne pas «céder à l’hystérie». Il serait plus important d’installer enfin des stations de mesure de la qualité de l’air dans l’Oesling.
Un équipement qui, selon Gary Diderich (déi Lénk), aurait permis d’alerter plus tôt sur la «fumée hautement toxique» qui s’est répandue au Luxembourg. «À quoi servent les alertes si les personnes forcées de travailler ou rester en plein air ne bénéficient pas d’une protection adéquate. Il ne suffit pas d’appeler à fermer les fenêtres», poursuit le néodéputé.
Josée Lorsché (déi gréng) constate que les feux de forêt sont identifiés comme un risque pour le pays. «Le gouvernement en a conscience, mais il n’a pas anticipé les conséquences possibles, y compris au niveau de la pollution de l’air que peut engendrer un tel incendie», développe-t-elle.
Dans sa réponse, le ministre des Affaires intérieures reconnaît qu’il n’existe pas encore de plan d’urgence spécifique pour faire face à la menace d’un incendie d’envergure dans les régions voisines. Léon Gloden se dit également «totalement d’accord» sur la nécessité d’améliorer la communication de crise. Même en l’absence de risque imminent, il serait opportun d’envoyer un SMS d’information à la population. Le ministre plaide aussi pour une meilleure coordination avec les autorités de la Grande Région.
Finalement, le HCPN sera doté d’un centre de veille pour pouvoir réagir à court terme à des événements qui nécessiteraient l’envoi d’un message LU-Alert.