École Jean-Jaurès : 20 ans d’un modèle pionnier à Esch-sur-Alzette
Alors qu’elle célèbre ses deux décennies d’existence, l’école fondamentale Jean Jaurès d’Esch-sur-Alzette s’affirme comme la pionnière luxembourgeoise du modèle inclusif à journée continue.
Si l’ouverture officielle remonte à septembre 2006, la genèse du projet est bien plus ancienne. «L’idée que nous essayons de réaliser remonte à une évaluation scientifique d’un projet d’intégration à l’école du Brill dans les années 90», se souvient Christophe Berens, président du comité d’école.
Le projet voit finalement le jour au milieu des années 2000 à la suite de cette évaluation. «En 2006, le bâtiment neuf dans lequel nous nous trouvons était en fin de construction. C’est à ce moment-là que la ministre de l’époque, Mady Delvaux, a lancé un appel aux communes prêtes à envisager de mettre en place ce modèle de Ganztagsschule (école à journée continue). Les deux idées se sont rejointes.»
«Une équipe multiprofessionnelle qui travaille ensemble»
Dès son ouverture, Jean-Jaurès a donc tranché directement avec le modèle traditionnel. Finie la disjonction entre les heures de classe et le foyer de jour. «Ce qui nous différencie des écoles traditionnelles, c’est d’abord que chaque équipe est composée d’enseignants, d’éducateurs et d’éducateurs gradués qui travaillent tous ensemble», souligne Christophe Berens.
Concrètement, l’école accueille les élèves de 7 h à 19 h, avec un noyau obligatoire de 8 h à 15 h 30. Ce rythme atypique permet une nouvelle approche du temps de l’enfant : «On peut s’imaginer le modèle comme une école avec une alternance des phases scolaires et des phases de loisirs», précise-t-il. Pour chaque cycle, une équipe de référence accompagne les élèves tout au long de cette vaste amplitude horaire.
L’hétérogénéité comme véritable ressource
L’autre pilier de Jean-Jaurès est dans son audace pédagogique, incarnée notamment par le brassage des âges. «Au cycle 1, trois cohortes qui sont mélangées : les enfants du précoce, ceux de 4 ans et ceux de 5 ans», explique Christophe Berens. Ce décloisonnement nourrit une communauté éducative où l’on valorise le fait «d’apprendre l’un de l’autre : les enfants des enfants, les adultes des enfants, et les enfants des adultes.»
Au cœur d’Esch-sur-Alzette, ville cosmopolite par excellence, l’établissement a fait de la diversité sa plus grande force. «Notre leitmotiv, on ne l’a jamais changé depuis le début. Nous sommes toujours convaincus que ça reprend notre philosophie : apprendre ensemble, vivre ensemble, apprendre ensemble pour la vie», insiste-t-il, avant d’ajouter une réflexion forte sur la mission de l’école luxembourgeoise actuelle : «Nous essayons vraiment de percevoir l’hétérogénéité de la population comme une ressource, et d’apprendre surtout de manière à ce que cela fasse du sens.»
Une formule qui séduit
Ce modèle pionnier a su faire ses preuves au fil des années. Vingt ans après les premières rentrées, le succès de la formule se voit de plus en plus. L’évolution des rythmes de vie des parents et la prise en charge globale ont fait augmenter la demande.
«Au début, il n’y avait que 90 enfants, le cycle 1 ne faisait pas encore partie de notre modèle, ainsi que la sixième année d’études. Actuellement, nous sommes à 180 enfants», confirme Christophe Berens. «Et oui, il y a beaucoup de demandes d’inscription, beaucoup d’intérêt porté à l’idée de combiner et de créer une équipe multiprofessionnelle.»
Solidement ancrée sur une charte scolaire et cinq valeurs-clés élaborées il y a treize ans avec les parents et les élèves, l’école Jean-Jaurès célèbre plus qu’un anniversaire : elle fête la réussite d’une vision de la possible école luxembourgeoise de demain.