Comment retrouver un visage à partir d’un crâne? Des policiers formés à Luxembourg

La formation internationale sur la reconstruction faciale s’est tenue à Luxembourg du 3 au 7 août. Le but était d’apprendre aux agents à identifier un individu uniquement avec son crâne.

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Reconstruire un visage à partir d'un crâne prend environ une semaine.
Reconstruire un visage à partir d'un crâne prend environ une semaine.

Identifier quelqu’un à partir de son crâne, c’est possible. La semaine dernière, des policiers venus du Benelux et des Émirats arabes unis ont bu les paroles de Joe Mullins lors de sa formation sur la reconstruction faciale à l’école de police de Verlorenkost à Luxembourg. Arrivé spécialement des États-Unis, il enseigne à l’université George Mason.

Cette technique de reconnaissance est très importante pour le spécialiste en imagerie médicolégale : «C’est le dernier espoir pour identifier quelqu’un, quand tout a déjà été tenté», explique le professeur. Il complète : «Pour certaines familles, c’est un moyen de chercher des réponses, peut-être qu’avec cette méthode on pourra identifier un père, un frère, une sœur…»

Le Dr Joe Mullins est venu spécialement des États-Unis pour donner des cours sur la reconstruction faciale.
Le Dr Joe Mullins est venu spécialement des États-Unis pour donner des cours sur la reconstruction faciale.

Dans la salle de classe, les cahiers et les stylos ont été remplacés par des moulures de crânes et de la plasticine, une matière à base de cire et d’huile servant de base à la pâte à modeler. Au bout du cinquième jour de formation, les têtes commencent à prendre forme.

«Nous ne travaillons pas sur de vrais crânes», rassure Marc Melchior, organisateur de la formation et enquêteur de la police judiciaire luxembourgeoise. Il argumente : «Les crânes sont scannés, et une fois qu’on a les images, ils sont imprimés en 3D.» Manipuler de vrais ossements est risqué : s’ils tombent au sol, ils se cassent, contrairement à une moulure.

Comment identifier quelqu’un avec son crâne?

Pas de panique! Aucun vrai crâne n’est utilisé dans la formation, seulement des moulures.
Pas de panique! Aucun vrai crâne n’est utilisé dans la formation, seulement des moulures.

«On peut vraiment reconstruire les traits principaux du visage de la personne», annonce l’enquêteur de la police judiciaire. Les caractéristiques communes entre certains individus aident à les identifier, précise-t-il. Mais ce n’est pas une science exacte.

Par exemple, les femmes et les hommes n’ont, «la plupart du temps», pas le même crâne. «La tête des filles est plus petite, les garçons ont l’angle goniaque (NDLR : angle de la mâchoire) plus proéminent et davantage rectangulaire que leur homologue féminine», développe le spécialiste. Ce n’est pas tout : «La cavité des yeux est moins excentrique chez la femme que chez l’homme, le canal des nerfs spinaux, là où se situe la colonne vertébrale, est plus ovale chez les garçons et rond chez les filles», énumère-t-il.

L’origine peut aussi être un indice pour reconnaître quelqu’un. «En fonction des régions de la planète, le corps va réagir différemment à son environnement.»

La reconstruction, c’est aussi un travail d’observation. De nombreux petits détails sur l’apparence sont inscrits sur le crâne. On peut savoir si une oreille est fixée en fonction de l’inclinaison d’un petit morceau d’os, on peut deviner une cicatrice s’il y a une petite égratignure sur la tête…

L’analyse d’ADN pourrait aider à donner quelques caractéristiques, mais encore faudrait-il pouvoir le comparer avec un ADN déjà connu pour le faire correspondre. D’autant plus qu’«au Luxembourg, on a la possibilité technique, mais la loi est très stricte, ce qui nous empêche d’utiliser cet outil», complète Marc Melchior.

«Comptez une semaine, si vous y passez huit heures par jour»

C’est un véritable travail d’orfèvre. En plus de reconnaître l’anatomie humaine sur le bout des doigts, il y a un vrai côté artistique. «C’est un peu la même approche que pour le portrait-robot», explique l’organisateur.

Au vu de la complexité de la tâche, ils sont très peu à pouvoir reconstruire un visage, et encore moins à dispenser une formation. Pour enseigner dans ce domaine, il faut déjà avoir de l’expérience. Depuis 2025, Marc Melchior a déjà réalisé trois reconstructions avec sa coéquipière Rachel Pleger. Il estime que, dans le monde, «entre 400 et 500 personnes maitrisent cette formation, la plupart étant aux États-Unis».

Marc Melchior est à l’œuvre.
Marc Melchior est à l’œuvre.

Reproduire un visage prend du temps : «Comptez une semaine, si vous y passez huit heures par jour», annonce Marc Melchior. Pour ceux ayant une grande expérience comme Joe Mullins, le temps peut être réduit à trois jours.

Que ce soit pour les portraits-robots ou pour la reconstruction faciale, «on fait appel au public». Il est possible de réaliser des appels internationaux de reconnaissance pour obtenir des informations qui pourraient aider à l’identification du propriétaire du crâne, grâce à des organisations comme Interpol.

Reproduire un visage, c’est bien, l’identifier, c’est mieux. «Il suffit d’une personne» pour y arriver. Mais si le bon témoin ne voit pas le crâne, son propriétaire peut rester à jamais anonyme.

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