Chauffeurs de bus : «On arrête de boire pour ne pas aller aux toilettes»

Ce jeudi, les chauffeurs de bus luxembourgeois, soutenus par l’OGBL, ont manifesté au Kirchberg pour réclamer un droit élémentaire : l’accès à des sanitaires aux terminus.

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L'action syndicale s'est déroulée au Kirchberg.
L'action syndicale s'est déroulée au Kirchberg.

«C’est lamentable en 2026 de devoir lutter pour avoir de simples toilettes», confie Pedro, chauffeur de bus au Luxembourg. Ce jeudi matin, sous l’appel de l’OGBL, une vingtaine de personnes se sont mobilisées devant le funiculaire et l’arrêt «Rout Bréck-Pfaffenthal» pour réclamer de nouvelles installations de toilettes publiques à chaque terminus pour les chauffeurs de bus. Pour le symbole, ils avaient amené un toilette flanqué du logo de l’OGBL.

Depuis de nombreuses années, les syndicats déplorent le manque d’accès à des sanitaires privés. «Il y a certaines communes qui, effectivement, ont changé certaines choses. On peut citer la ville de Diekirch qui a annoncé récemment l’installation de toilettes accessibles pour les chauffeurs. C’est une très bonne nouvelle, mais il y en a très peu qui le font», regrette Sveinn Graas, référent du secteur Transport sur route de l’OGBL.

Pour lui, les communes «n’ont aucune excuse de ne pas le faire». Il explique que les installations sanitaires sont financées à 50 % par le ministère de la Mobilité. Une information que confirme l’instance, contactée pour nos soins. Elle précise que «cette compétence relève des communes. L’année dernière, un budget de 50 000 euros a été déployé pour les communes, mais il n’a pas été épuisé». Alors pourquoi refusent-elles de le faire? «Probablement parce que ça coûte de l’argent et que ça génère plus de travail, mais ce n’est pas une raison de priver les salariés d’un droit fondamental comme l’accès aux toilettes», répond Sveinn Grass.

«Cela rajoute un stress supplémentaire»

Derrière ce manque d’infrastructure, les conséquences sont nombreuses dans le quotidien des conducteurs de bus. C’est le cas de Pedro, chauffeur pour une entreprise privée au Luxembourg. «J’ai eu l’expérience la semaine dernière. Je voulais aller aux toilettes, mais à cause du trafic, j’ai pris du retard. Je n’avais que quatre minutes pour pouvoir y aller. Malheureusement il n’y avait aucun sanitaire aux alentours, j’ai dû attendre quelques heures», confie-t-il. Il avoue qu’il lui arrive «d’attendre quatre heures» avant de pouvoir se soulager. «Cela rajoute un stress supplémentaire. On peut être déconcentrés dans notre conduite à cause de ça», poursuit-il.

Cette situation, David, chauffeur de bus aux CFL, la connaît bien. S’il déplore lui aussi le manque de toilettes aux terminus, il soulève un autre problème. «Sur certaines lignes, il y a des terminus mais malheureusement nous ne pouvons pas stationner pour aller aux toilettes. C’est le cas ici au Kirchberg mais aussi à de nombreux endroits au Luxembourg», souligne-t-il.

Les femmes davantage touchées

Cette absence d’accès aux sanitaires entraîne aussi des conséquences importantes sur la santé des conducteurs de bus. C’est ce qu’a observé le référent Transport sur route de l’OGBL. «Nous nous sommes entretenus avec des médecins qui ont traité plusieurs chauffeurs de bus. Ils nous ont confirmé que cette situation avait un très grand impact sur leur santé. Ils avaient par exemple davantage d’infections urinaires ou des problèmes au niveau de la vessie.» Pedro, chauffeur de bus RGTR, admet qu’il a «déjà arrêté de boire pour ne pas aller aux toilettes». Tout comme David. «Pendant les périodes de canicule, il y a des chauffeurs qui ne boivent plus d’eau.»

Cette situation touche également les conductrices de bus, de plus en plus nombreuses au Luxembourg. «Elles subissent encore plus le manque d’installations sanitaires. C’est quelque chose que nous voulions noter, car nous sommes à quelques jours du 8 mars. On dit souvent qu’il faut encourager les femmes à travailler dans ces métiers-là, mais il faut aussi qu’elles aient des conditions de travail adéquates», insiste Sveinn Graas. Dans leurs entreprises respectives, Pedro et David ont eu de nombreux échos sur les difficultés des femmes face au manque d’accès à des sanitaires. «Nous, les hommes, on a certaines facilités. Mais pour les femmes, c’est beaucoup plus difficile. Je suis choquée de le dire, mais certaines prennent sur elles des grandes bouteilles et se mettent derrière le bus quand il n’y a pas de clients», confie Pedro.

Alors comment améliorer cette situation qui dure depuis plusieurs années? «Si les communes ne bougent pas, l’État doit intervenir. Il est temps que ce jeu politique s’arrête», clame Sveinn Grass. Il demande ainsi la mise en place de toilettes propres, privées, et accessibles pour l’ensemble des chauffeurs de bus à chaque terminus. «Les toilettes mobiles ne sont acceptables que comme solution transitoire jusqu’à la mise en place d’infrastructures adéquates», précise le syndicaliste. Même constat pour l’installation de toilettes dans le bus. «Cela serait préférable d’avoir des toilettes avec de l’eau courante, une hygiène garantie (…). On espère que le sujet soit traité publiquement. C’est une réalité pour des milliers de personnes.» D’après le syndicaliste, le pays compterait environ 5 000 conducteurs de bus.

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