Budget européen : le Luxembourg se situe «au milieu»
Luc Frieden affirme que le Luxembourg ne fait partie ni des pays que l’on dit «frugaux» ni de ceux qui veulent dépenser davantage. Il se situe au milieu et s’élève contre de nouveaux impôts.
L’Union européenne doit être «un endroit de paix, de stabilité, mais aussi de prospérité», insiste le Premier ministre Luc Frieden. À côté du président du Conseil européen, Antonio Costa, en escale à Luxembourg dans sa tournée des capitales, Luc Frieden décrit ce qui se fait dans le pays et qui pourrait être réalisable à l’échelle européenne.
Pour que les gens «aillent bien», il faut de la croissance économique. «C’est ce que nous faisons au Luxembourg», dit-il. Et donc l’Europe doit, elle aussi, créer le cadre pour que la compétitivité devienne meilleure. «C’est la raison pour laquelle nous soutenons bon nombre d’initiatives de la Commission européenne, que nous discutons au Conseil, pour simplifier la vie des entreprises», rappelle le Premier ministre.
Parmi les initiatives qu’il soutient, il y a l’Union de l’épargne et des investissements qui vise à unifier les 27 marchés financiers nationaux en un seul marché paneuropéen intégré. C’est logique, puisque le Luxembourg est le principal centre de fonds d’investissement en Europe. L’objectif est d’inciter les Européens à placer une partie de leurs 10 000 milliards d’euros d’épargne dormante (souvent sur des comptes bancaires à faible rendement) vers des investissements productifs.
«Les États ne peuvent pas tout financer. Si nous voulons faire la transition écologique, si nous voulons investir dans l’innovation, si nous voulons une intelligence artificielle européenne, si nous voulons investir dans la défense, nous avons besoin de l’argent public, mais aussi de l’argent privé et c’est la raison pour laquelle nous souhaitons un accord sur la Savings and Investment Union d’ici la fin de l’année», indique Luc Frieden.
Les discussions sur le budget européen ont été au menu de la rencontre avec Antonio Costa. Le prochain budget à long terme pour la période 2028-2034 est évalué à près de 2 000 milliards d’euros sur sept ans. «Le Luxembourg se situe au milieu des revendications des uns et des autres», informe le Premier ministre, donc entre les «frugaux» qui estiment que le budget doit être plus réduit et ceux qui souhaitent dépenser davantage, «à notre avis, trop», commente Luc Frieden.
Cette place du milieu convient mieux au Premier ministre pour garder les politiques historiques de l’Union européenne, la politique de cohésion, qui est une politique de solidarité, et la politique agricole commune, qui était un des fondements de l’Union européenne. Mais il faut aussi avoir de l’argent pour les nouvelles politiques : l’intelligence artificielle, l’innovation, la recherche, la défense, l’espace, «qui est très important aussi pour le Luxembourg». Il faut trouver des recettes.
Luc Frieden s’opposera, au niveau européen, à l’amoindrissement de la compétitivité par de nouveaux impôts trop élevés. «Donc, il faut trouver le juste équilibre et en aucun cas introduire des impôts qui auraient un impact négatif sur la croissance économique et sur la profitabilité des entreprises, qui doivent créer des emplois et qui doivent réussir la transition écologique», déclare Luc Frieden.
Limiter l’endettement
Il n’acceptera pas de propositions «qui impactent de façon disproportionnée le Grand-Duché de Luxembourg». C’est le cas concernant la proposition de la Commission relative aux accises sur le tabac qui impacterait le Luxembourg beaucoup plus que les autres pays de l’Union européenne. «C’est quelque chose que je n’accepterai pas au sein de ces discussions qui auront lieu dans les mois à venir», prévient-il.
Par contre, il y a d’autres impôts sur lesquels le Luxembourg pourrait accompagner la discussion, comme par exemple le CBAM, qui est une taxe européenne appliquée aux importations de produits polluants en provenance de pays tiers, ou encore l’ETS, le système d’échange de quotas d’émission.
Le Premier ministre dit aussi sa réticence à voir l’UE s’endetter davantage, «sauf dans des circonstances tout à fait exceptionnelles ou pour des sujets extrêmement limités», la transition écologique et la défense en faisant partie. Beaucoup d’États y sont opposés. «Nous l’avons fait après la crise du covid pour relancer l’économie et je peux m’imaginer un étalement du remboursement de la dette.»
Il y aura plusieurs Conseils européens, d’ici la fin de l’année, pour discuter du budget avec le président Antonio Costa, mais aussi avec les autres États membres. «Ce sera un exercice, tant du côté des recettes que du côté des dépenses, extrêmement difficile», prévient encore Luc Frieden.