Après l’agression d’une femme à Luxembourg, l’appel à ne pas rester spectateur
Après la violente agression d’une femme dans la Grand-Rue à Luxembourg, la question de la réaction des témoins se pose.
Une semaine après la violente agression d’une femme dans la Grand-Rue, la victime est sortie de l’hôpital. L’homme soupçonné des faits, un sans-abri d’origine polonaise, a été placé en détention provisoire. Pour Terri Allington, la présidente d’Ask for Angela au Luxembourg, cette affaire rappelle l’importance de savoir comment réagir lorsqu’une personne demande de l’aide dans la rue.
Les faits, qui se sont déroulés dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 août, ont suscité l’émoi. Selon les premiers éléments de l’enquête, la victime a réussi cette nuit-là à échapper à son agresseur avant de demander de l’aide à plusieurs passants, sans obtenir de réaction. Cette femme a finalement croisé une patrouille de police, qui a rattrapé le suspect. Des affaires appartenant à la victime ont ensuite été retrouvées sur les lieux de l’agression.
Le suspect a été placé en détention provisoire. La victime est depuis sortie de l’hôpital.
«Appeler la police constitue déjà une intervention»
Pour Terri Allington, la réaction des témoins est l’un des enseignements majeurs de cette affaire. «Je suis révoltée par le fait que la victime ait demandé de l’aide et que personne n’ait même pris la peine d’appeler la police», déplore-t-elle. Selon elle, un témoin n’a pas besoin de prendre le risque d’affronter physiquement un agresseur.
Si une personne ne se sent pas en sécurité, elle peut se mettre à distance et appeler le 113 pour joindre la police ou le 112 si une ambulance est nécessaire. «Personne n’a besoin d’affronter physiquement un agresseur pour intervenir : appeler les services d’urgence constitue déjà une intervention», insiste-t-elle. Elle conseille aussi, sans se mettre en danger, de rester auprès de la victime et de fournir aux policiers autant d’informations que possible.
Le droit luxembourgeois prévoit d’ailleurs une obligation de porter assistance à une personne en danger, sauf lorsque cette intervention présente de sérieux risques. Un simple appel aux autorités peut suffire. La non-assistance à personne en danger est punissable d’une peine pouvant aller de huit jours à cinq ans de prison et d’une amende de 251 à 10 000 euros.
Créer davantage de lieux sûrs
Cette affaire donne également un relief particulier au dispositif Ask for Angela, récemment lancé au Luxembourg. Le principe est de permettre à une personne qui se sent en danger de demander discrètement de l’aide dans un établissement participant au dispositif.
«Je pensais qu’Ask for Angela serait principalement utilisé par des victimes de harcèlement sexuel verbal, d’attouchements non désirés ou par des personnes suivies», explique Terri Allington. L’agression de la Grand-Rue lui a fait prendre conscience, dit-elle, du besoin de disposer d’un réseau de lieux où une personne puisse se réfugier après avoir réussi à échapper à une agression.
Elle appelle donc les bars, restaurants, cafés et boîtes de nuit à rejoindre le dispositif. L’objectif est ensuite d’étendre le réseau aux magasins, hôtels, salles de sport et stations-services.
Une communication assumée avant celle de la justice
Terri Allington revient également sur sa décision de communiquer sur l’agression avant l’annonce officielle du parquet. Elle explique avoir reçu des informations concernant un incident qu’elle jugeait très grave, provenant d’une source qu’elle estimait fiable. Elle affirme avoir veillé à ne révéler ni l’identité de la victime, ni celle de l’auteur présumé, ni celle des témoins ou de sa source.
Des journalistes l’ont ensuite contactée après avoir interrogé la police, qui leur avait indiqué ne disposer d’aucune information sur un tel incident. Quelques heures plus tard, le parquet annonçait l’ouverture d’une enquête.
Pour la présidente d’Ask for Angela, la question de la communication des autorités sur les violences sexuelles mérite d’être posée. Elle dit avoir reçu depuis d’autres témoignages de personnes affirmant avoir été victimes de crimes graves qui n’auraient pas fait l’objet d’une communication publique.
Elle reconnaît toutefois que toute communication sur une affaire non confirmée doit être mesurée. «Est-ce que je communiquerais à nouveau sur une affaire non confirmée? Potentiellement, oui», affirme-t-elle, à condition d’évaluer la fiabilité des informations, de protéger la vie privée de la victime et de vérifier qu’une prise de parole ne risque pas d’interférer avec une enquête.
Au-delà de cette polémique, elle souhaite surtout que l’affaire contribue à faire évoluer les réflexes du public. «La protection de l’identité d’une victime est essentielle, mais cela ne devrait pas empêcher le public d’être informé que de graves crimes sexuels sont commis», estime-t-elle. Et de rappeler : «La honte appartient à l’agresseur.»