À Esch, la Stëmm distribue ses repas par la fenêtre pendant son déménagement
À Esch-sur-Alzette, les repas de la Stëmm passent désormais par une fenêtre. Le temps du déménagement, bénéficiaires et employés doivent s’adapter, sans perdre le rendez-vous quotidien.
Une fenêtre ouverte sur la rue, des caisses remplies de sandwichs et de salades, des sachets qui se succèdent et des habitués qui s’approchent les uns après les autres.
À Esch-sur-Alzette, la scène est inhabituelle. Depuis le début de la semaine, la Stëmm vun der Strooss a fermé son restaurant et distribue ses repas par la fenêtre, le temps de déménager son restaurant au 118, rue du Canal. «L’équipe de Esch est habituée à déménager!», plaisante Alexandra Oxacelay, directrice de la Stëmm vun der Strooss.
Lundi et mardi, 200 repas chauds ont encore été préparés. Depuis mercredi, place aux sandwichs distribués gratuitement. «C’est difficile à gérer, mais nous allons trouver nos marques», dit Laura, membre de l’équipe.
Elle est assise derrière un bureau improvisé et accueille les clients à la fenêtre. «Aujourd’hui, c’est gratuit!», les prévient-elle avant de leur demander les sandwichs qu’ils veulent. Ils leur sont ensuite remis directement par la deuxième fenêtre.
«Les bénéficiaires ont bien réagi au changement», constate Laura. «Le petit avantage, c’est que nous avons déjà fait des distributions de repas par la fenêtre, donc beaucoup de clients connaissaient déjà ce système… Et les autres s’adaptent vite», confirme Christoph Contier, responsable du site Esch-sur-Alzette.
Ceux qui n’ont pas été informés et se rendent encore à l’ancien restaurant sont réorientés vers le lieu de distribution. «On met des affiches, on le dit oralement», explique Laura.
Des habitudes bouleversées
Le déménagement modifie aussi le quotidien des employés en réinsertion professionnelle. Certains doivent temporairement revoir leurs tâches ou travailler sur un autre site, les services social, de douches et de buanderie étant eux aussi fermés. La plupart s’activent donc dans le nouveau restaurant.
Depuis le 17 juillet, Aldina travaille comme aide-cuisinière à la Stëmm. « J’apprécie particulièrement le contact avec les personnes accueillies, que je connais désormais », sourit-elle. «Cette semaine, nous rangeons et organisons tout pour préparer l’ouverture samedi.»
Mais pour elle, l’essentiel reste de pouvoir continuer à travailler. «Je suis surtout contente du déménagement car ce sera plus grand et nous pourrons tous travailler ensemble.»
À la buanderie aussi, les habitudes ont changé. Présente depuis quatre ans à la Stëmm, Shirley, elle aussi en réinsertion professionnelle, doit s’adapter à la fermeture de son service. «Nous en profitons pour ranger, changer les vêtements d’été pour ceux d’hiver, nettoyer les machines et refaire de la place», détaille-t-elle.
À terme, la buanderie sera installée dans la cuisine du 32, Grand-rue. «Cela nous permettra de récupérer les vêtements auprès des clients directement et d’éviter les pertes.»
Pour celle qui a elle-même vécu quatre ans dans la rue, travailler à la Stëmm est particulièrement important : «Je sais ce que c’est, donc je veux les aider du mieux que je peux.»
«Déja trop petit»
Le rôle social de la Stëmm continue malgré tout. Ici, venir manger ne se résume pas à recevoir un repas. «Le but premier est de faire manger des gens, rappelle Laura. Mais le but essentiel aussi, c’est de créer du lien social.»
La fréquentation dépasse d’ailleurs les seuls habitués. «On a toujours des nouvelles personnes quand même», observe-t-elle. Parmi elles, des demandeurs d’asile viennent également manger à la Stëmm, y compris lorsqu’ils disposent d’une possibilité de repas dans leur foyer.
Les restaurants sociaux de la Stëmm leur permettent de rompre avec l’isolement : «Ils sont enfermés. Avec des personnes qu’ils voient tout le temps, là au moins ils ont une sortie, quelque chose à faire, voir d’autres gens, parler, créer du lien.»
À travers la fenêtre, les repas continuent donc de passer de main en main. La salle habituelle a disparu provisoirement, mais le rendez-vous, lui, reste. Et dès ce samedi, il sera donné à la nouvelle adresse… «Déjà trop petit pour le nombre de clients qui augmentent», selon Christoph Contier. «On aimerait pouvoir garder les trois maisons eschoises pour accueillir dignement nos clients», appuie Alexandra Oxacelay.