À Bissen, le data center de Google se fait toujours attendre
Dix ans après l’achat des terrains à Bissen, Google n’a toujours pas posé la première pierre de son projet de data center. La procédure commodo-incommodo est toujours attendue.
Le projet du data center Google à Bissen continue à faire bouillir les défenseurs de l’environnement, en premier lieu desquels on trouve le Mouvement écologique (Méco). À l’issue de l’enquête publique relative à l’étude d’impact environnemental réalisée en mars, le Méco a affirmé que le dossier présenté par Google comporte encore «d’importantes lacunes» et un «manque de transparence» sur plusieurs aspects jugés essentiels.
L’organisation reproche notamment au groupe américain d’invoquer le secret des affaires pour ne pas rendre publiques certaines informations relatives à son bilan énergétique, à son empreinte carbone ou encore aux technologies retenues pour le refroidissement du centre de données.
«Nous avions adressé une lettre au ministère de l’Environnement, qui nous a finalement répondu qu’il respecterait la décision de Google qui se réfugie derrière le secret des affaires», rappelle Blanche Weber, la présidente du Méco.
Les écolos se sont donc adressés à la Commission d’accès aux documents, créée par la loi du 14 septembre 2018 relative à une administration transparente et ouverte. La Commission ne leur a pas donné une suite favorable, car la demande n’entrait pas dans ses compétences.
En revanche, la Commission leur a soufflé qu’ils pouvaient réitérer leur demande en se basant sur la loi du 25 novembre 2005 concernant l’accès du public à l’information en matière d’environnement, d’après la convention d’Aarhus.
Ses dispositions sont «de permettre au public et, en particulier, aux personnes concernées, de faire valoir leurs arguments et suggestions relatifs à des considérations environnementales à un stade précoce afin qu’ils puissent pleinement être pris en considération dès l’élaboration des premiers projets de plans et programmes».
Le Méco a donc chargé son avocat de préparer un recours pour obtenir les informations par ce biais et pense cette fois obtenir gain de cause.
Le 18 juin dernier, la députée déi gréng avait eu un échange tendu avec le ministre de l’Économie, Lex Delles, en séance plénière sur l’implantation de Google à Bissen. Elle reprenait les arguments du Méco, insistant sur une consommation électrique équivalant à environ 15 % de la consommation nationale, plus importante que celle de l’ensemble des ménages luxembourgeois, ainsi qu’une artificialisation d’une douzaine d’hectares et une augmentation des émissions de CO₂ du pays.
Elle regrettait, elle aussi, l’absence de valorisation de la chaleur produite par le centre de données, indiquant que cette chaleur permettrait de chauffer jusqu’à 10 000 ménages.
Absence de compétence
Le ministre Delles partageait son opinion sur ce point, assurant que des réflexions étaient en cours pour intégrer les futurs centres dans des réseaux de chauffage urbain. Mais pour le reste, le ministre a eu plusieurs occasions de souligner que si le projet de Google respectait scrupuleusement l’ensemble des cadres légaux environnementaux et d’aménagement en vigueur, l’administration devait délivrer les autorisations nécessaires.
Le dossier est toujours à l’étude et dans l’attente de l’autorisation d’exploitation définitive (procédure commodo-incommodo) qui n’est toujours pas finalisée. «Je crois qu’au niveau du ministère de l’Environnement, il n’y a personne qui puisse prendre ce dossier pleinement en main. Comment un fonctionnaire luxembourgeois pourrait-il connaître la meilleure technologie d’un data center, il ne peut pas être spécialiste en tout! Nous avons consulté quatre experts et si le ministère en avait fait autant, alors le dossier serait au top», commente encore Blanche Weber.
La présidente du Méco attend avec impatience cette procédure commodo-incommodo pour observer si des améliorations ont été apportées au projet.