Un garde du corps accusé d’agressions sexuelles
Kevin a tous les attributs du mâle alpha confiant en sa virilité. Cela fait-il pour autant de ce garde du corps de 40 ans un agresseur sexuel? Non, répond sa défense.
Tandis que son client est coincé dans les bouchons à la frontière française, Me Paris cherche les vices de procédure. L’avocata «le sentiment depuis le départ que le prévenu est considéré comme coupable» par les enquêteurs. Il en veut pour preuve «leurs allusions extrêmement préjudiciables» basées sur des procédures françaises et canadiennes anciennes qui n’ont pas débouché sur des condamnations. Me Paris demande que les enquêteurs de la police judiciaire ne soient pas entendus lors de ce procès.
Kevin, un agent de protection rapprochée de 40 ans aux muscles saillants, débarque tout droit de Saint-Tropez. Le grand gaillard est accusé de deux viols avec violences par deux femmes absentes à l’audience de ce mardi après-midi. L’une d’elles, son épouse, a versé un certificat de maladie et l’autre devrait témoigner ce mercredi après-midi.
Le prévenu conteste les accusations et évoque des violences «involontaires» de sa part, couplées à une réaction excessive de ses partenaires. Son avocat insiste pour que les deux victimes présumées soient entendues par la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg ainsi que la fille du prévenu. Me Paris a également réclamé de nouvelles expertises toxicologiques de Mory, l’épouse. Demandes rejetées en bloc par le tribunal et la représentante du parquet qui a rappelé que l’affaire avait déjà été remise à quatre reprises.
La tête dans la cocaïne
La nuit du 8 septembre 2022, Kevin aurait forcé Mory à lui administrer une fellation ainsi qu’à consommer de la cocaïne en la tenant fermement par la nuque au point de la blesser et de la menacer de viol si elle ne répondait pas à sa demande. Deux ans plus tôt, dans la nuit du 27 août 2020, il aurait usé de sa constitution physique et pesé de tout son poids pour violer une autre jeune femme.
Mory aurait été réveillée par son mari qui l’aurait saisie par la nuque pour la plaquer contre le lit, selon un enquêteur de la police judiciaire. «Elle a fait état d’étranglements successifs avant qu’il plonge sa tête dans la cocaïne avant d’en répandre sur son sexe», résume le policier avant de préciser que la victime présumée était revenue sur sa version : «Elle lui aurait proposé une fellation pour qu’il relâche son emprise.» Il n’y aurait jamais eu de fellation.
Il ne faudra pas moins de six policiers pour le maintenir avant qu’il ne soit placé sous contention au service psychiatrique du CHEM avant d’être placé en détention préventive. Interrogé par la police, le prévenu a admis avoir consommé de l’alcool et des stupéfiants le soir de l’agression contre son épouse et ne plus se souvenir du déroulement exact de la soirée, selon le policier.
Les experts psychiatre et psychologues ont décrit un couple toxique formé par deux fortes personnalités aux penchants histrioniques et mégalomaniaques tendant vers «une spectacularisation de leurs querelles».
«Pour moi, tout paraissait normal»
La deuxième agression reprochée à Kevin s’est produite lors d’une fête. Il avait rencontré Caterina quelques jours plus tôt. Attirés l’un vers l’autre, ils se sont isolés dans une chambre. «Ils se sont embrassés et déshabillés. À une certaine heure, elle se serait souvenue qu’elle devait conduire un ami à l’aéroport de Charleroi», résume un deuxième enquêteur.
Kevin ne souhaitait pas en rester là. Il l’aurait empêché de quitter la chambre en bloquant la porte avec un fauteuil. «Il l’a soulevée pour la jeter sur le lit et se plaquer sur elle avant de la pénétrer tout en lui mettant une main sur la bouche», poursuit le policier. «Il a cessé quand elle a commencé à pleurer.»
Une parade aurait ensuite permis à Caterina de discrètement appeler sa meilleure amie à l’aide. L’hôte de la soirée a trouvé Kevin et sa victime présumée nus dans la chambre. «Ils étaient en train de faire l’amour. Il n’y avait pas de violence et elle ne semblait pas en détresse de mon point de vue», indique le témoin. «Je me demandais où elle était passée. Je n’étais pas content. Je l’avais invitée et elle était venue avec un autre homme.»
Caterina n’aurait jamais tenté de l’alerter sur la situation. «J’ai vu deux personnes consentantes. Je ne comprends pas pourquoi la donne a changé. Je ne sais pas ce qui s’est passé», ajoute le témoin aux espoirs douchés. «Pour moi, tout paraissait normal.»