Metz : un ancien professeur de musique poursuivi pour agressions sexuelles
Début septembre, le tribunal correctionnel de Metz a eu à juger un ancien professeur de musique, aujourd’hui retraité, poursuivi pour agressions sexuelles commises en 1990, à Metz, sur deux petits garçons.
Juin 1990. Baptiste*, 12 ans, est hébergé pour la nuit avec deux autres élèves chez son professeur de musique à Metz, à l’issue d’un voyage scolaire. Alors que le jeune garçon commence à s’endormir, l’enseignant se glisse dans ses draps et lui impose, par la force, des caresses et une fellation. À 13 ans, à son entrée en sixième, l’enfant calme et brillant n’est plus : il devient ingérable, perturbateur et commence à boire.
Septembre 2026. À la barre du tribunal correctionnel de Metz, sa fratrie explique «ne pas avoir su ce qu’il avait pendant longtemps» : «Il a perdu toute curiosité pour ses passions, et il a perdu confiance en lui et en les autres. Il s’est réfugié dans les addictions.» Ce n’est qu’en 2010 que Baptiste s’ouvre enfin et dépose plainte. Quatre ans plus tard, il meurt brutalement d’un coma éthylique au domicile de ses parents, dans la Meuse. «Le mal qu’il a subi l’a rongé toute sa vie, comme un cancer», souffle son frère.
Le fils de la compagne du prévenu figure aussi parmi les victimes : alors âgé d’une dizaine d’années, il aurait subi des attouchements lorsque l’homme s’était glissé derrière lui dans le bain. C’était aussi en 1990. Mais ils ne sont pas les seuls. Cet ancien professeur de musique, aujourd’hui retraité, est mis en cause dans deux autres affaires : une d’agression sexuelle sur deux frères dans les années 1980, une autre de corruption de mineurs en 2019. Or, les faits étant prescrits, elles ont été classées.
Il aura fallu plusieurs décennies pour que les autorités se penchent sérieusement sur son cas. Dans les collèges meusiens où il a enseigné, le personnel éducatif nourrissait pourtant des soupçons : il prenait volontiers des garçons sur ses genoux et leur rendait visite dans les dortoirs. Il a d’ailleurs été licencié à plusieurs reprises.
Entendu une première fois en 2017, le mis en cause reconnaît l’agression dans le bain. Lors d’une seconde audition, il finit par avouer les faits concernant Baptiste. Et affirme avoir lui-même subi des attouchements de la part de ses instituteurs et avoir développé une «appétence pédophile».
«Un cauchemar pour cette famille brisée»
Sur le banc des parties civiles, la famille de Baptiste attend que justice soit rendue. En face, le prévenu est absent. La famille n’aura pas d’explications. Un regret immense, car selon l’avocat de la partie civile, «on peut s’imaginer pire vu tous les témoignages. De toute manière, tant qu’on ne lui mettait pas de preuve sous les yeux, il niait!» Le conseil poursuit : «Il a navigué toute sa carrière en toute impunité. S’il n’est pas condamné à de la prison, ce sera vécu comme un nouvel affront, un cauchemar pour cette famille brisée.»
Le parquet requiert une peine mixte de 24 mois d’emprisonnement : 12 mois ferme et 12 mois en sursis probatoire, avec l’obligation de se soigner et de réparer les dommages causés, et l’interdiction d’exercer toute activité en lien avec des mineurs durant 10 ans. Mais «les enjeux dans ce dossier sont si forts», selon le président, que le tribunal a préféré se donner le temps de la réflexion. L’affaire a été mise en délibéré et la décision sera rendue le 14 octobre.
* Prénom modifié.
Célia Simon
(Le Républicain lorrain)