Inceste et viols à répétition : un père seul contre tous
Les quatre frères font bloc autour de leur mère et de leur sœur, tandis que leur père, sans ciller, prétend être victime d’un invraisemblable complot «qui ne tient pas debout».
Après une audience de mercredi après-midi à huis clos lors de laquelle les auditions des deux victimes présumées ont été diffusées, le procès de Delfim a repris jeudi après-midi.
Le Portugais d’une cinquantaine d’années est accusé de viols et de tentatives sur son épouse ainsi que sur sa fille mineure entre juin 2012 et 2019. La plupart du temps dans la voiture sur des parkings ou des chemins forestiers.
Un de ses fils l’a dénoncé à la police après une violente dispute le 26 août 2024. Delfim nie les accusations et crie au complot. «Je n’ai rien fait! Je les ai tous contre moi et je n’ai rien pour me défendre.»
«Il n’était pas très câlin», commence l’épouse avant de relater les années de relations sexuelles forcées. «Il insistait pour que je le suive. Il me tirait par les poignets jusque dans la chambre, me déshabillait et me poussait sur le lit.»
Quelle soit consentante ou non depuis le début de leur mariage. «Si je ne me laissais pas faire, il devenait violent et m’accusait d’avoir des amants.»
Elle décrit un mari autoritaire, près de ses sous, qui privait sa famille de soins et de loisirs. «Je voulais partir avec les enfants, mais je n’avais nulle part où aller et je ne savais pas comment m’y prendre.»
Elle aurait donc subi les agressions et la vie qu’il imposait à sa famille. «Il buvait tous les jours. Cela a empiré après sa pension d’invalidité.» La mère de famille se serait sentie prisonnière dans sa maison et toujours sur le qui-vive à l’époque.
Ce sont ses quatre fils qui, une fois qu’ils ont commencé à travailler, soutenaient leur mère financièrement, la défendaient contre leur père lors de disputes «quasi quotidiennes parce qu’il était saoul» et veillaient sur leur petite sœur depuis qu’elle leur avait confié les sévices sexuelles qu’il lui aurait infligés.
À la barre de la 9e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, l’un des frères âgé de 23 ans s’est souvenu que son père «m’a un jour déposé devant la maison et il est reparti avec ma sœur. Elle m’a raconté plus tard qu’il l’avait forcée à avoir une relation sexuelle et qu’il lui avait donné de l’argent».
Un autre frère âgé de 22 ans confirme que sa sœur avait peur de se retrouver seule avec leur père. «Elle nous demandait toujours de l’accompagner.»
Mais les frères étaient loin de s’imaginer pourquoi, jusqu’au jour où l’adolescentea révélé les faits à sa famille à la suite d’une dispute. «Elle pleurait, elle se tenait la tête et criait. Nous étions sous le choc et ne savions pas quoi dire», rapporte le jeune homme. «Nous avons cru notre sœur.»
«Il a fait de la vie de ma mère un enfer», ajoute-t-il. «Les disputes avaient toujours lieu le soir, au moment des repas. Mon père inventait toujours des histoires. Elles tournaient autour de factures et de l’argent.»
En invalidité, le père de famille aurait passé une partie de ses journées au café à consommer de l’alcool. Le jeune homme décrit un père violent et peu présent pour ses enfants.
«Cela ne s’est jamais passé !»
Delfim est le calme incarné. Rien de ce qu’il entend ne semble le perturber. Interrogé par la juge, il répond que les relations sexuelles avec son épouse se passaient «normalement».
«Je ne l’ai jamais forcée, elle a eu des relations sexuelles quand elle le voulait !» Sur de lui et certain de son fait, il assure que sa fille «a tout inventé» et «toute la famille est contre moi».
«Ils veulent que je parte au Portugal ou que je sois emprisonné pour que je leur laisse la maison.»
La maison a depuis été vendue. «Vous êtes en prison et ils n’ont pas récupéré la maison», lui fait remarquer la présidente. «Le 26 août, quand votre fils vous a frappé, vous avez vous même décidé de vendre la maison. Votre théorie du complot ne tient pas debout. Votre famille est restée avec vous jusqu’au bout.»
«Ma fille n’est jamais restée seule avec moi dans la voiture.» Delfim semble convaincu que «tout a été inventé» et qu’il est tombé dans un piège tendu par les siens.
Il aurait trouvé une plainte déposée par sa fille avant la date de la révélation le 26 août. Plainte qui n’existe pas, précise la représentante du parquet.
Mais le prévenu campe sur ses positions. Il ne boit pas trop d’alcool, il ne contrôle pas ses proches, il n’a jamais frappé ses fils ou violé sa fille, ni senti qu’elle avait peur de lui.
«Cela ne s’est jamais passé !» Père de famille consciencieux, il emmenait toute sa famille à la pêche les week-ends.
Le procès se poursuit lundi après-midi.