Incendie de Wintzenheim : la colère d’une proche
Le 9 août 2023, dix vacanciers handicapés dont quatre pensionnaires de l’APEIVO d’Amnéville et un accompagnateur meurent dans l’incendie de leur gîte, à Wintzenheim (Haut-Rhin). Seule la propriétaire des lieux sera jugée.
«Ça me met en colère!» Patricia Brum est la sœur de Marcelle Vick, l’une des onze victimes du terrible incendie de Wintzenheim (Alsace), le 9 août 2023. Tout comme Fatima Feltes, Laure Jost et Jérôme Cadet, Marcelle n’a pu échapper aux flammes ayant ravagé le gîte qui accueillait 28 personnes, une grande majorité de travailleurs handicapés en vacances. Ces quatre victimes mosellanes faisaient partie de l’Association des parents et enfants inadaptés de la vallée de l’Orne (APEIVO) d’Amnéville. Un cinquième Mosellan a également péri dans ce dramatique incendie : Régis Gellenoncourt était un travailleur handicapé du Saulnois.
Après quasi trois ans d’instruction, le pôle des accidents collectifs du parquet de Paris a rendu ses réquisitions et le procureur a demandé le renvoi en correctionnelle d’une seule personne. À savoir la propriétaire du gîte. Même si elle demeure présumée innocente, elle aurait été peu regardante sur la réglementation en vigueur concernant les établissements recevant du public. D’où sa mise en examen, en octobre 2023, pour homicide involontaire par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité.
«Soit on a l’agrément, soit on ne l’a pas»
La municipalité de Wintzenheim, en particulier le maire de l’époque et un adjoint, ainsi que les deux structures organisatrices du séjour (Oxygène Vacances Adaptées et Idoine) étaient également dans le viseur des magistrats instructeurs. Mais si le procureur est entendu dans ses réquisitions, ils ne seront pas jugés. Une hypothèse que Patricia Brum ne peut envisager : «Que la gérante du gîte soit jugée, c’est tout à fait logique; mais d’autres responsables doivent s’expliquer. Je ne vois pas comment la mairie ne pouvait pas ne pas être au courant. Moi qui ai travaillé au sein de la Ville d’Amnéville pendant plusieurs années aux côtes du Dr Kiffer (NDLR : Jean Kiffer, maire de la commune de 1965 à son décès en 2011), dès qu’un établissement ouvrait, la commission de sécurité passait.
Plus mesuré dans ses propos, Jean-Claude Jacoby, le président de l’APEIVO, déclare faire «confiance au travail de la justice. Je ne doute pas du sérieux de l’enquête. Si les investigations n’ont pas démontré la responsabilité des élus, cela ne sert à rien de les accabler». Le bénévole s’étonne en revanche «du silence autour de l’agrément temporaire dont bénéficiait l’organisme chargé de l’organisation du séjour (Oxygène Vacances Adaptées). Là non plus, je ne veux pas accabler les autorités qui ont délivré cet agrément provisoire mais soit on est habilité, soit on ne l’est pas».
Les réponses, précisions et autres éclaircissements seront certainement apportés lors du procès, qui devrait se tenir l’an prochain, quel que soit le nombre de prévenus à la barre. La tenue de cette audience, c’est désormais l’essentiel pour Patricia Brum et les proches des autres victimes. «À quoi ça sert de contester les étapes de la procédure? Cela ne ferait que retarder l’échéance, confie l’Amnévilloise. J’ai 77 ans, mon frère en a 82. Est-ce qu’on sera encore là quand le procès se tiendra? En tout cas, en tant que partie civile, je n’hésiterai pas à m’exprimer…»