Immigration frauduleuse : premières condamnations

Les premières condamnations sont tombées dans la vaste affaire d’immigration illégale qui met à mal la direction de l’Immigration, dont plusieurs agents sont aujourd’hui inculpés.

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Les jugements sur accord concernent deux ressortissants originaires du Monténégro et un troisième originaire de Serbie, selon Reporter.lu. Ils ont écopé d’un an de prison avec sursis intégral et ont échappé à l’amende. Ils ont reconnu le faux et l’usage de faux documents pour obtenir un titre de séjour. Ils seraient des centaines à avoir profité d’un réseau au sein même de la direction de l’Immigration avec des complices extérieurs.

Comme le révélait Le Quotidien dans son édition du 10 juillet dernier, l’affaire a démarré à la suite de l’envoi d’un mail anonyme, dont notre journal a obtenu copie, adressé le 27 décembre 2022 à plusieurs correspondants de la direction de l’Immigration, dont Jean-Paul Reiter, le directeur. Le 16 janvier 2023, ce dernier a alerté le Parquet pour lui faire part des accusations que contenait le courrier. Les auteurs anonymes évoquaient l’existence d’une «organisation criminelle» impliquant «beaucoup de personnes» qui «proposent des services payants (ce qui peut aller de 4 000 euros jusqu’à 10 000 euros et plus)», écrivaient les auteurs.

Les services rendus consistaient à accélérer les procédures d’autorisation de séjour aux personnes venues des Balkans «avec bien évidemment la collaboration de certaines personnes, employées d’État auprès de la direction de l’Immigration». Jean-Paul Reiter, en faisant suivre ce courrier au Parquet, était d’autant plus inquiet que «des rumeurs en ce sens concernant un agent de ma direction m’ont déjà été rapportées il y a quelques semaines par la police judiciaire», écrivait-il en janvier 2023.

Les dénonciateurs anonymes ont également écrit au ministre des Affaires intérieures en mars 2025 alors que l’enquête avait déjà démarré deux ans plus tôt dans la plus grande discrétion. Dans ce nouveau courrier, dont Le Quotidien avait obtenu copie le mois dernier (lire l’édition du 10 juillet), les auteurs, toujours anonymes, désignaient en particulier une fonctionnaire qui aurait été la plus active de cette organisation.

Les trois procédures judiciaires qui viennent d’être conclues, confirment, selon Reporter.lu, l’existence «d’un réseau structuré impliquant des personnes privées, des entreprises privées et des agents au sein de diverses administrations dont la direction de l’Immigration et le ministère de l’Éducation nationale».

Le média en ligne indique encore que le Parquet relève dans les jugements intervenus ces derniers jours qu’il «n’existe aucun contrôle permettant de retracer quel employé prend spécifiquement quelles demandes et combien». Les titres de séjour seraient remis en mains propres, comme nous l’avait confié un témoin impliqué dans l’affaire début juillet.

Recherche dans les mails des ministres

Il témoignait également que des chefs d’entreprises demandaient eux-mêmes des faveurs aux responsables politiques pour obtenir une autorisation de séjour et de travail afin de pouvoir poursuivre leur activité. Le directeur de l’administration mise en cause, Jean-Paul Reiter, a avoué devant les enquêteurs qu’il a pu arriver que des ordres viennent «d’en haut». Le Quotidien a pu consulter au moins un e-mail envoyé début 2023 par un entrepreneur luxembourgeois, demandant au ministre Jean Asselborn de l’aider à faire aboutir un dossier. Le ministre a fait suivre à ses services en demandant de faire le nécessaire.

Selon Reporter.lu, les policiers ont sollicité le Centre des technologies de l’information de l’État (CTIE), pour obtenir «la liste des mots-clés pertinents pour la recherche dans la boîte mail de Jean Asselborn et idem pour Léon Gloden», mais les policiers n’ont pas encore rendu de rapport sur les résultats de leurs investigations.

Des défaillances à tous les niveaux ont été relevées par le Parquet. Dans son communiqué initial du 7 juillet dernier rendant publique toute l’affaire, la justice mentionnait «des faiblesses administratives importantes tenant en premier lieu à l’absence de contrôles, sinon de possibilités de contrôles, au niveau de l’inscription aux registres communaux, ces faiblesses étant exploitées par la suite par des personnes mettant à disposition, contre rémunération, des adresses fictives au Luxembourg».

L’inscription aux registres communaux a permis ensuite l’homologation de diplômes scolaires factices et des certificats de langue falsifiés de plus de 200 demandeurs originaires d’États tiers.

Les bénéficiaires sont essentiellement employés dans le secteur de la construction, des façadiers, des peintres, des mécaniciens aussi.

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