Drogues de synthèse dans les vapoteuses : le Luxembourg sur ses gardes
Inodores, incolores et pas chères, les drogues de synthèse se cachent désormais dans les liquides de vapotage des adolescents. La tendance n’aurait pas encore atteint le Luxembourg.
Avant, la fleur ou la résine de cannabis se fumaient à l’abri des regards, roulées entre des feuilles et du tabac. Aujourd’hui, les cannabinoïdes synthétiques parfumés à la fraise ou à la pêche se vapotent en toute discrétion, imitant ou décuplant les effets du cannabis naturel. Chez nos voisins principalement, où ils connaissent une hausse préoccupante, notamment sous forme liquide pour e-cigarettes.
Ces produits et autres nouvelles substances psychoactives n’auraient pas encore été repérés au Luxembourg, selon la ministre de la Santé, Martine Deprez, en réponse à une question parlementaire du socialiste Ben Streff. Idem pour d’éventuelles intoxications à ces produits.
«Les données actuelles concernant des urgences médicales à la suite de la consommation de cannabinoïdes de synthèse dans des liquides de vapotage sont limitées», reconnaît toutefois la ministre. «S’agissant d’un phénomène récent, les données dont nous disposons ne nous permettent pas de conclure à une nouvelle tendance actuellement au Luxembourg.»
Rien ne permet cependant d’exclure que ces substances interdites par la loi puissent circuler sous le manteau. Pour ne rien laisser au hasard, la direction de la Santé va développer des ateliers destinés aux jeunes, à leurs parents ainsi qu’au personnel enseignant concernant ces produits ainsi que du matériel de prévention à l’intention des professeurs.
Police grand-ducale, acteurs du domaine de l’éducation et associations proposent déjà des séances de prévention dans les établissements scolaires luxembourgeois et un guide des addictions aux substances est disponible pour les lycéens.
Pour rappel, l’utilisation de ces substances n’est pas sans risque pour les enfants et les adolescents, comme ont pu le constater les autorités sanitaires des pays voisins. Sous leurs parfums sucrés et leurs emballages colorés qui attirent l’œil, les drogues de synthèsepeuvent causer des complications médicales sévères comme des malaises (vertiges, hypotension, faiblesse généralisée), des convulsions nécessitant parfois une réanimation de plusieurs jours, des crises d’angoisse aiguës, des palpitations, des décompensations psychiatriques avec épisodes psychotiques ou délirants, des hallucinations visuelles et de l’agitation.
Entre cinq et dix euros la dose
Outre la prévention, le ministère de la Santé, la police grand-ducale, le Parquet et l’administration des Douanes et Accises sont particulièrement vigilants afin d’enrayer la vente de drogues de synthèse ainsi que tout trafic éventuel. «La police réalise des contrôles renforcés dans l’espace public», note Martine Deprez.
«Contact est pris avec les établissements vendant de tels produits. Ils sont informés des dispositions de la nouvelle loi antitabac du 1er janvier 2026 et des conséquences encourues en cas de vente de produits illégaux.»
Le but étant de réduire la demande et de faciliter l’identification de ces nouvelles substances sur le terrain pour partager ensuite les informations avec les partenaires européens. Le Luxembourg a rejoint des réseaux européens d’échange d’informations, tels que l’agence de l’Union européenne sur les drogues, et des coopérations existent entre autorités à l’international comme, par exemple, les autorités douanières.
«Le Luxembourg participe en outre activement à des groupes de travail entre États membres et les services de la Commission européenne dans le domaine des produits issus de l’industrie du tabac qui incluent les cigarettes électroniques et les liquides de vapotage», ajoute la ministre de la Santé.
Quarante nouvelles drogues de synthèse ont été identifiées en France entre 2024 et 2025, selon un rapport de l’Observatoire français des drogues publié en juillet dernier.
Une dose de liquide pour cigarette électronique contenant des cannabinoïdes de synthèse est vendue en moyenne entre 5 et 10 euros. Les cannabinoïdes de synthèse surpassent en puissance les cannabinoïdes hémisynthétiques – substances obtenues en laboratoire en modifiant chimiquement des molécules naturelles de cannabis, expliquant leur potentiel addictif et toxique. Les liquides de vapotage contiennent exclusivement des cannabinoïdes de synthèse, souvent multiples.