Accident du travail mortel : la victime avait décroché sa ligne de vie
Un accident du travail a été fatal à un ouvrier tombé dans le vide depuis le toit d’un site d’ArcelorMittal. Son employeur et le préposé à la sécurité sont accusés de négligences.
Le lundi 3 décembre 2018, quelques minutes avant 13 h, un ouvrier de 33 ans trouve la mort en traversant le toit de l’usine d’ArcelorMittal à Esch-Belval. Il fait une chute de 33 mètres. Huit ans après cet accident, l’employeur du jeune homme – une entreprise de toiture –, et le préposé à la sécurité sur le chantier sont accusés d’homicide involontaire pour avoir enfreint des dispositions du code du travail en matière de sécurité.
La victime se déplaçait sur le toit sans être accrochée à une ligne de vie ou à un stop-chute quand elle est tombée à travers une peau d’étanchéité provisoire posée au-dessus d’une ouverture de la toiture qui donnait sur le vide. Ce jour-là, les conditions météorologiques étaient très mauvaises. Une alerte jaune avait été émise par MeteoLux.
«Il pleuvait à seaux. ArcelorMittal nous avait donné l’autorisation de monter sur le toit, malgré les conditions atmosphériques. Nous devions colmater des fuites pour éviter le choc thermique avec les brûleurs qui chauffaient en dessous», témoigne un collègue de la victime. «Nous commencions à remballer le matériel quand Julien est tombé.»
Le vent et la pluie ne sont cependant pas la cause du décès du jeune chef d’équipe. D’après les constatations de l’enquête de police, il serait le produit d’une série d’imprudences et de négligences. La 18e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg doit désormais comprendre à qui elles sont imputables.
Julien s’était détaché et aurait, à la fin de leur mission, rejoint ses collègues en arrivant du côté gauche du toit en marchant sur l’ouverture recouverte de la peau d’étanchéité, un amalgame de planches en bois et de goudron, sans s’en rendre compte. Or ordre aurait été donné de se tenir du côté droit du toit. S’ajoute à cela le fait que les planches enchevêtrées auraient été mal posées.
«Juste un piège»
Pour le commissaire en chef, qui déplore un manque d’informations envers les équipes intervenantes et de balisage, «la rustine» «était une fausse sensation de sécurité» et «juste un piège» qui a été fatal à la victime. Harnachée et attachée aux dispositifs de sécurité en place, elle aurait plongé dans le vide et aurait été arrêtée net quelque part entre le sol et le plafond du hangar.
Ce n’est pas le seul maillon de la chaîne de sécurité à avoir été défectueux, selon le travailleur délégué d’ArcelorMittal et l’enquêteur : Pascal, le «red scorpion», ne se serait pas inquiété de l’absence de Julien sur le toit pendant 90 minutes avant l’accident et n’aurait pas remarqué qu’à son retour, il circulait sur le chantier sans être attaché. «Il se concentrait sur une zone unique alors qu’il aurait dû avoir tout le monde à l’œil.»
Un «red scorpion» est un superviseur ou un spécialiste formé à la sécurité et à la prévention des chutes, particulièrement lors de travaux en hauteur ou dans une zone à haut risque, indique un moteur de recherche. Il contrôle l’application des consignes de sécurité et la bonne utilisation des équipements de protection individuelle (EPI), comme les harnais et les lignes de vie. Il s’assure entre autres de la stabilité de la zone de travail avant et pendant l’intervention et peut interrompre immédiatement le chantier s’il constate des comportements dangereux ou des conditions de travail non conformes.
«Notre mission est de surveiller le personnel à l’endroit précis où il travaille», indique un autre red scorpion. «Quelqu’un qui sort de cette zone n’est plus surveillé. Il faut prévenir le red scorpion avant.» Ne voyant pas la victime revenir, le prévenu aurait, selon lui, dû arrêter le travail et partir à sa recherche. Ainsi que vérifier qu’il était bien attaché à son retour.
Or, dans cette affaire tragique, rien ne paraît aussi simple que dans les règles. Le mauvais temps, la routine et la confiance ont pu déterminer les réaction des uns et des autres protagonistes. David et Pascal, les deux prévenus, rejettent en bloc les accusations d’homicide involontaire. Ils seront entendus ce mercredi matin. L’enquêteur a annoncé ne rien avoir «trouvé de flagrant» à reprocher au chef d’entreprise.