Ruine du Përmeshaff : «C’est un site un peu unique»
Cernée par la forêt, la butte de Saint-Pirmin n’est pas l’endroit le plus touristique du Grand-Duché. Pourtant, avec sa chapelle et son ancien corps de ferme datant du Moyen Âge, ce site insolite mérite le détour.
Depuis la route, rien ne laisse deviner qu’un tel endroit se cache quelques centaines de mètres plus loin. Ce n’est qu’au détour d’un chemin que l’on peut découvrir le Përmesknupp ou butte de Saint-Pirmin. Situé à quelques kilomètres de Kaundorf, le lieu a traversé les siècles et raconte une partie de l’histoire du Grand-Duché. Probablement habité depuis l’antiquité, il revêt aujourd’hui une grande valeur tant archéologique que religieuse grâce à sa chapelle, sa source, aux propriétés guérisseuses selon certains, et son corps de ferme en ruine.
Depuis le VIIIᵉ siècle, le site est lié à saint Pirmin. Selon la légende, celui-ci serait passé par le Përmesknupp lors de l’un de ses nombreux voyages et aurait guéri ses yeux malades en les lavant dans la source au pied de la butte. Il aurait ensuite béni les lieux qui prennent alors de l’importance pour les croyants. La source va encore gagner en renommée quand l’un des seigneurs de Wiltz vient y faire soigner son fils sur les conseils de saint Pirmin. Après cette nouvelle guérison miraculeuse, la décision est prise de construire une chapelle.
Une source toujours populaire
Bâti au XVIIIᵉ siècle, l’édifice actuel est entretenu par l’association des Amis de Saint-Pirmin. Si l’on fait rapidement le tour de cette petite chapelle octogonale, son autel baroque continue d’accueillir son lot de curieux et de pèlerins. Et aujourd’hui encore des gens viennent à la source pour profiter des vertus de son eau pour les yeux et la peau. «Une fois j’ai croisé quelqu’un avec un bidon qui m’a dit qu’il venait consulter son ophtalmo», s’amuse Josette Nickels, la secrétaire des Amis de Saint-Pirmin.
L’association s’occupe de la protection et de la mise en valeur du site. Avant son arrivée, la butte était recouverte par la végétation. Des travaux ont permis de nettoyer l’endroit pour remettre en valeur la chapelle. Le site a alors commencé à retrouver son lustre d’antan mais aussi à dévoiler ses secrets avec la découverte de briques datant de l’époque romaine. «Quand nous avons vu ça, nous avons tout de suite arrêté et contacté le CNRA (NDLR : Centre national de recherche archéologique, aujourd’hui appelé l’INRA)», explique la présidente de l’ASBL, Marianne Thilmany.
Car la chapelle est loin d’être le bâtiment le plus ancien de la butte. Juste à côté, un vieux corps de ferme a été progressivement mis au jour. En grande partie détruit par un incendie en 1936, il a été recouvert par la végétation au fil des décennies. «On a commencé à le dégager en 2018», indique Marianne Thilmany. Le chantier, lancé en collaboration avec l’ANF, a permis de redécouvrir trois corps de bâtiment ainsi qu’un quatrième un peu plus loin. «C’est un bâtiment très intéressant du point de vue des transformations qu’il a subies», affirme André Kirsch, archéologue à l’INRA. Grâce au travail des bénévoles et des étudiants au fil des étés, une maison, une fosse et des étables ont refait surface.
«Ma théorie est que le bâtiment d’habitation date du XVIIIe siècle et a été construit autour d’un puits», avance André Kirsch. Mais le reste est sans doute plus vieux puisqu’un acte datant de 1195 fait déjà référence à cette ferme. Malgré les années de fouilles, le site n’a peut-être pas encore révélé toutes ses surprises. Récemment une grande cave a été découverte sous la ferme. Entièrement ensevelie, elle a été dégagée au cours des dernières semaines.
Capsule temporelle
Entre son four, son puits ou ses abreuvoirs toujours debout, la ferme permet d’en apprendre plus sur l’évolution des modes de vie au cours des siècles. «C’est comme une capsule temporelle», s’enthousiasme André Kirsch. Édifiée avec des morceaux de briques datant de l’époque romaine, la bâtisse prouve également que l’activité humaine sur le Përmesknupp remonte à l’antiquité. «C’est un site un peu unique.»
Mais les fouilles ne font pas qu’étudier ces vestiges. Une partie du travail consiste également à redresser et consolider certains murs pour que l’on puisse se faire une meilleure idée de l’aspect et de l’agencement du corps de ferme. Car le but est de pouvoir faire découvrir un jour le site aux touristes. Le toit provisoire construit pour protéger les ruines des intempéries cédera bientôt sa place à une structure permanente. Une fois les travaux terminés et la nouvelle structure installée, la ferme pourra être visitée gratuitement et sans guide grâce à des panneaux explicatifs. Un nouveau chapitre pour un lieu qui aura connu déjà tant d’histoires.