Riverains face à Kronospan : malgré les rapports accablants, «la commune ne nous prend pas au sérieux»
Après un nouvel incendie sur le site Kronospan et des nuisances de moins en moins supportables, les riverains sont à bout, tandis que la commune de Sanem tente de calmer le jeu.
Alors que les habitants de Sanem et Differdange situés à proximité de la zone industrielle Gadderscheier se plaignent depuis des années des nuisances générées par Kronospan et pointent de nombreuses non-conformités, un feu survenu le 12 juillet dernier (lire encadré) ravive les tensions.
La commune, qui a reçu ces dernières semaines une vague de réclamations directement liées aux activités de l’usine de panneaux de particules, a réagi publiquement ce lundi.
«Les riverains nous ont alertés sur des nuisances sonores et olfactives et des dépôts de poussière fine dans le voisinage de Kronospan. On a donc demandé des explications auprès de la direction», raconte la bourgmestre de Sanem, Simone Asselborn-Bintz, depuis son lieu de vacances.
Un problème de soupape
Dans sa réponse, Kronospan explique que le bruit important a été causé par un problème sur une soupape de sécurité «générant des nuisances sonores supplémentaires pendant une certaine période».
Concernant les poussières de bois, l’entreprise indique n’avoir constaté «aucun dysfonctionnement» de ses installations et rappelle qu’à la suite de l’incendie du 12 juillet, l’inspection effectuée par l’administration de l’Environnement n’a montré «aucun écart concernant les émissions de poussières ou d’odeurs».
La société ajoute que «les conditions météorologiques, en particulier la pression atmosphérique, influencent directement la dispersion des odeurs et peuvent donc affecter les immissions dans certaines zones résidentielles».
«On joue les intermédiaires»
Pour la bourgmestre, un autre problème persiste : «Les habitants subissent ces nuisances et n’ont jamais aucune information de la part de Kronospan. Alors on joue les intermédiaires autant que possible, mais c’est une position délicate.»
Si les autorités communales rencontrent régulièrement les responsables de l’entreprise, aux côtés d’élus de Differdange et de représentants des ministères de l’Environnement et du Travail, les habitants ne sont pas conviés à ces entrevues pluriannuelles, malgré leurs demandes répétées.
«Jusqu’ici nous n’avons pas été favorables à la présence de riverains dans ce comité, en sachant que nous transmettons tous les éléments d’information que nous y recueillons. Cependant, la question pourrait être rediscutée lors de la prochaine réunion fixée en octobre prochain.»
«On demande juste de la transparence»
Une position incompréhensible pour les citoyens incommodés par «le bruit jour et nuit, et la poussière de bois constante sur les voitures, les fenêtres et les terrasses», décrit l’auteur d’une lettre ouverte. D’autant qu’ils collaborent sans souci avec ArcelorMittal sur le sujet des nuisances.
«C’est une formule qui marche très bien», confirme la présidente de la Biergerinitiativ Gemeng Suessem, Patrizia Arendt. «Donc on ne voit pas pour quelles raisons nous continuons à être exclus des échanges avec Kronospan. Encore en février, tous les acteurs se sont vus, mais sans nous. On ne demande pas grand-chose pourtant, juste de la transparence.»
Car depuis l’installation de Kronospan en 1994, les habitants ont le sentiment d’être ignorés. «Ils ne communiquent pas en temps utile. Or s’il y a un incident sur le site, on est en droit d’être mis au courant pour anticiper les conséquences pour nous.»
Et selon eux, le groupe autrichien n’est pas le seul à faire la sourde oreille. «La commune ne nous prend pas au sérieux, alors qu’on reçoit en continu des plaintes de riverains : on nous répond que les gens ayant des problèmes respiratoires sont trop sensibles ou alors on nous incite à déménager.»
Du formaldéhyde dans l’air
Pourtant, des rapports accablants existent. L’association publie sur son site ceux du bureau d’études luxembourgeois Biomonitor, attestant d’un cocktail de composés organiques volatils et de formaldéhyde dans l’air ambiant, tandis que l’administration de l’Environnement a elle-même constaté des lacunes chez Kronospan lors de ses inspections – pas moins de douze en février 2025.
«Le plus urgent pour nous, c’est de traiter toutes les non-conformités qui ont été relevées sur le site Kronospan», poursuit Patrizia Arendt. «Ensuite, nous demandons à intégrer ce comité d’accompagnement et qu’il soit mis en place une ligne d’appel pour signaler tout problème à la direction de l’usine.»
Les citoyens réclament aussi l’installation de stations de mesure afin de disposer à tout moment de données fiables sur la qualité de leur environnement. Ces pistes pourraient être explorées lors de la rencontre des autorités avec Kronospan prévue en octobre.