Prix des carburants : «On sait très bien que ça va encore augmenter»

Depuis le début de la guerre en Iran, les prix à la pompe flambent. Face à ces augmentations à répétition, les automobilistes sont résignés et tentent, pour certains, d’anticiper.

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Depuis le début des hostilités en Iran, les prix à la pompe ne cessent de progresser.
Depuis le début des hostilités en Iran, les prix à la pompe ne cessent de progresser.

Mardi, au Grand-Duché, le prix du litre de sans plomb 98 a bondi de 5,2 centimes pour atteindre 1,70 euro. Aujourd’hui stabilisé à 1,77 euros, le tarif du diesel connaissait, la semaine précédente, une augmentation renversante, enchaînant, mercredi puis jeudi, une hausse de 21 centimes puis de sept centimes.

À l’annonce de ces évolutions, c’est une véritable ruée sur les stations qui s’est organisée, la semaine passée. Au moment de faire le plein, ce mardi, l’explosion de prix des carburants est dans toutes les têtes.

«C’est clair qu’on a peur pour notre budget et pour notre pouvoir d’achat. On en entend parler tous les jours et les choses ne vont pas dans le bon sens», souffle Rémy, à peine sorti de son véhicule, dans une station-service de Dudelange. «Ça fait mal au portefeuille. Mais malheureusement on n’a pas le choix, il faut faire avec», se résigne, quelques mètres plus loin, Jérôme.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, toutes et tous assistent à une véritable flambée des prix des carburants. Le tarif du brut a continué de grimper lundi, dépassant largement les 100 dollars en début de journée.

C’était la première fois depuis 2022 et les retombées de la guerre en Ukraine que les cours dépassaient les 100 dollars. Par la suite, le cours s’est quelque peu apaisé après une annonce inattendue du président américain, Donald Trump.

Ce dernier ayant déclaré en fin de journée que la guerre était «quasiment» finie, faisant valoir que l’Iran n’avait plus de «marine» ni de «communications» ou de «force aérienne».

Certains anticipent, d’autres font des réserves

Si des mécanismes de vente automatique associés à la possibilité que les pays du G7 puisent dans leurs réserves stratégiques d’hydrocarbures avait déjà mis un coup de frein à cette envolée durant la journée, la déclaration de Donald Trump a fait plonger les cours dans les échanges électroniques après la clôture.

Après être monté jusqu’à 119,50 dollars, le baril de brent est tombé à jusqu’à 83,66 dollars, soit «le plus grand mouvement de prix intrajournalier jamais enregistré» sur le brent, note Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.

«On sait très bien que ça va encore augmenter», déclare Carole. Avec ses deux voitures, elle est une habituée des passages à la pompe. Dans ce contexte d’inflation, «ça fait mal!», appuie-t-elle.

Face aux possibles nouvelles flambées des prix, d’autres tentent d’anticiper. C’est le cas de Thierry : «Malheureusement, je ne crains pas la hausse des tarifs, je la constate. Je pensais aller faire le plein demain, puis finalement, vu le contexte, j’ai décidé de venir aujourd’hui pour ne pas avoir à payer plus cher.»

Jerricane à la main, Jean-Paul, lui aussi, est prévoyant : «Il y a quand même une guerre, un risque que ça continue à grimper et c’est un véritable coût pour nous. Je préfère faire des réserves, on a besoin de ce carburant», soupire-t-il, alors que les files de véhicules continuent de se former derrière les pompes.

Trump calme les marchés

Les déclarations de Donald Trump ont «apaisé les craintes d’un conflit à long terme susceptible de déclencher un choc « stagflationniste »», une situation économique très inconfortable combinant forte inflation et faible croissance, selon les analystes de la Deutsche Bank.

«Si les investisseurs ont accueilli favorablement la chute soudaine des prix du pétrole, le contexte géopolitique reste loin d’être stable, laissant les marchés vulnérables à de nouveaux épisodes de volatilité», tempère cependant Fawad Razaqzada, analyste pour Forex.com.

En plus de la perspective d’un conflit plus court que prévu, le président américain a déclaré que les États-Unis allaient «aussi lever certaines sanctions liées au pétrole pour réduire les prix (…) jusqu’à ce que ça s’arrange», après avoir échangé au téléphone avec son homologue russe, Vladimir Poutine.

«Il est presque certain qu’il (Donald Trump) est devenu nerveux face à la flambée des prix du pétrole et à la baisse des actions sur les marchés», estime Arne Lohmann Rasmussen.

Ce revirement a fait lourdement chuter les cours mardi, mais les risques sur l’approvisionnement de pétrole en provenance du Golfe n’ont pas changé. L’Iran a promis mardi que plus aucune goutte d’or noir ne sortirait du Moyen-Orient «jusqu’à nouvel ordre» dans un rejet cinglant des propos de Donald Trump.

Il faudra que le marché constate «une reprise des flux de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz pour maintenir un mouvement de baisse», affirment les analystes d’ING. Et si la guerre se poursuit, les prix pourraient remonter rapidement.

«La situation est très différente de ce qui a pu se passer au moment du covid»

Jean-Marc Zahlen, expert en énergie au sein de la Fedil, revient sur les mécanismes qui mènent à cette hausse du prix des carburants et détaille les leviers dont pourraient faire usage l’État pour freiner cette tendance.

À quoi est due cette inflation?

Jean-Marc Zahlen : Cette hausse des prix est liée à la guerre qui se déroule actuellement en Iran et surtout au blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Une partie très importante de la consommation mondiale, environ un quart du pétrole mondial, passe par là.

Ce blocage entraîne une hausse des taux de fret des pétroliers et une augmentation des primes d’assurance pour risques de guerre. Les cotations des différents produits ont fini par augmenter et cela se répercute à la pompe.

Peut-on s’attendre à de nouvelles hausses?

On peut s’attendre à de nouvelles augmentations. Tant que la guerre se poursuit, l’impact sur les prix sera toujours là. C’est une question de temps.

Quels sont les leviers dont dispose le gouvernement pour freiner cette inflation ou aider la population?

Au Luxembourg, nous avons un système de prix maximums réglementés se basant sur les cotations officielles de la Bourse. Lorsque les prix maximaux s’écartent fortement des cotations boursières, un ajustement intervient.

Le gouvernement peut également agir au niveau des taxes ou mettre en place des régimes d’aides comme cela a été le cas pendant le Covid-19 ou au début de la guerre en Ukraine, où l’État était intervenu.

Quelles sont les différences avec les précédentes inflations vécues durant la pandémie de covid ou au début de la guerre en Ukraine?

La situation est très différente de ce qui a pu se passer au moment du covid. Au moment de la reprise, à la sortie de la pandémie, l’offre ne correspondait pas à la demande en termes de capacités.

Aujourd’hui, le problème vient du fait que nous anticipons beaucoup par rapport aux risques et cela se répercute sur les prix.

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