«Nous étions en première ligne» : les pompiers luxembourgeois au coeur de l’incendie en Belgique

De retour au Grand-Duché, Tom Zeihen, le chef de peloton du CGDIS déployé dans les Hautes Fagnes, revient sur cette intervention de 36 heures face aux flammes qui ont dévasté près de 3 000 hectares.

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Tom Zeihen, chef du CIS de Kehlen, dirigeait le détachement des pompiers luxembourgeois envoyés en renfort en Belgique.
Tom Zeihen, chef du CIS de Kehlen, dirigeait le détachement des pompiers luxembourgeois envoyés en renfort en Belgique.

Dix jours après être rentré d’une semaine de mission sur l’incendie en Gironde dans le sud de la France, Tom Zeihen, chef du centre d’intervention et de secours de Kehlen, a repris son paquetage samedi afin de se rendre en Belgique, dans la réserve naturelle des Hautes Fagnes.

Appelé en renfort par l’État belge face à l’ampleur du feu, le CGDIS a déployé sur place onze pompiers de samedi à lundi matin. Tom Zeihen, chef de peloton en Belgique, raconte ce nouveau déploiement à l’étranger dont la mission et le contexte étaient sensiblement différents en Gironde.

Quelle différence entre votre déploiement en Gironde et aux Hautes Fagnes ?

Tom Zeihen : Par rapport à la Gironde, la demande était autre. En Gironde, nous étions sur du « feu urbain », soit tout ce qu’on peut atteindre depuis une voie macadamisée, et nous sommes intervenus après que les avions et les camions-citernes sont partis afin que le feu ne reprenne pas. En Belgique, c’était complètement différent : nous étions tout devant face au feu.

Nous étions aux côtés de collègues belges et d’un chef de secteur qui nous a donné une longueur à tenir. Le premier site, c’était dans une forêt afin d’éteindre les flammes, mais c’était impossible d’y parvenir, car nous n’arrivions pas à entrer avec nos véhicules sur le terrain qui était trop difficile.

C’était physiquement beaucoup plus dur qu’en Gironde. Le chef de secteur nous a donc dit de laisser tomber ce coin afin de défendre un autre secteur où nous pouvions rester sur un chemin afin de laisser le feu venir à nous pour faire une ligne de 3 à 4 kilomètres et empêcher le feu de passer de l’autre côté.

Physiquement beaucoup plus dur qu’en Gironde

Avez-vous été surpris par l’ampleur de la fumée sur place ?

Dès que nous sommes montés en Belgique samedi dernier, nous avons vu de la fumée depuis l’autoroute sur Spa (NDLR : à 10 km environ des Hautes Fagnes), puis nous avons entendu qu’elle était arrivée jusqu’au Luxembourg. C’est quand même impressionnant qu’elle soit arrivée jusqu’à chez nous.

C’est dû au fait qu’il y a une végétation très inflammable, avec beaucoup de tourbe et une forêt de sapins. Les parcelles qui ont brûlé étaient toutes noires, il n’y avait plus rien, mais ce n’était pas des scènes de guerre comme en Gironde. Là-bas, il y a des maisons qui ont été détruites alors qu’ici, aucun village n’a été touché par le feu. Tout était noir, mais la nature reprend vite ses droits. Après un feu, je pense que dans quelques semaines la pelouse verte sera de retour.

Sur place, y avait-il un élan de solidarité comme celui que vous avez vécu en Gironde ?

Oui, il y avait déjà beaucoup de fermiers qui ont tenu une ligne sur une route principale en jetant leurs tonneaux remplis d’eau dans la forêt pour ne pas que l’incendie franchisse le chemin. Et il y avait aussi de belles preuves de solidarité avec les habitants qui faisaient des points de transit pour donner du café, de l’eau, à manger et qui nous ont même offert des glaces.

De belles preuves de solidarité avec les habitants

Pourquoi n’êtes-vous pas restés plus longtemps? Et êtes-vous confiant pour que le feu soit fixé d’ici la fin de la semaine?

Notre mission était prévue jusqu’à lundi matin, 10 h. C’est la demande du ministère belge, mais si jamais l’État veut encore de l’aide, c’est possible, ils doivent juste faire une nouvelle demande au Luxembourg. Nous pouvons encore servir. Sinon, pour fixer le feu, cela dépend toujours des conditions météorologiques, s’il pleut, si le vent tourne ou autre. C’est quand même un terrain ouvert d’est en ouest, donc le vent tourne tout le temps et a une grande importance dans ce genre de situation.

Cet incendie à quelques kilomètres de nos frontières démontre que le risque de feux de végétation se rapproche du Grand-Duché?

D’une part, nous n’avons pas de forêts ou de zones naturelles aussi grandes, avec de telles dimensions. Chez nous, c’est plus petit et nous avons davantage de chemins dans nos forêts où nous pouvons passer avec nos camions, ce qui n’est pas le cas partout en Gironde ou dans les Hautes Fagnes.

Lorsqu’il n’y a pas de chemins, alors on laisse brûler le feu jusqu’au chemin pour faire barrage, mais faire cela provoque la destruction de plusieurs hectares. Au Luxembourg, tous les dix mètres quasiment nous avons un chemin pour pouvoir intervenir.

De jour comme de nuit, les onze pompiers du CGDIS ont tenu une ligne de 4 kilomètres face au feu.
De jour comme de nuit, les onze pompiers du CGDIS ont tenu une ligne de 4 kilomètres face au feu.
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