Moustique tigre : à Bonnevoie, les habitants appelés à traquer les eaux stagnantes

Ce mercredi, l’Inspection sanitaire est allée à la rencontre des habitants de Bonnevoie pour limiter la prolifération du moustique tigre.

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Le périmètre de sensibilisation s’étend, lui, dans un rayon de 300 mètres autour du piège où un moustique tigre a été détecté. (Photos : julien garroy)
Le périmètre de sensibilisation s’étend, lui, dans un rayon de 300 mètres autour du piège où un moustique tigre a été détecté. (Photos : julien garroy)

Une sonnette retentit. Derrière la porte, un habitant de Bonnevoie découvre les agents de l’Inspection sanitaire venus lui parler d’un visiteur indésirable : le moustique tigre. Dans le secteur du parc Kaltreis, plusieurs équipes sillonnent les rues ce mercredi après-midi. Leur mission : rappeler aux habitants que quelques centimètres d’eau stagnante peuvent suffire à offrir au moustique un lieu de ponte.

Jean, qui habite le quartier «depuis toujours», n’est pas particulièrement inquiet. Il avait déjà entendu parler de l’opération, après avoir lu des informations dans la presse et sur le site du gouvernement. «Ça ne me fait pas peur, c’est la nature. Elle évolue», estime-t-il, évoquant aussi les déplacements internationaux des touristes et les transports de marchandises.

Le moustique tigre, lui ne l’a pas encore aperçu. «À moins que je fasse un peu plus attention», sourit-il. Les explications que lui ont fournies les agents lui paraissent en revanche concrètes : éviter les petites flaques et les récipients où l’eau peut stagner, notamment dans les jardins. Une vigilance qui ne devrait toutefois pas bouleverser son quotidien.

«Ils sont là»

Car c’est bien la présence durable du moustique qui motive cette opération. «Le moustique tigre est, selon notre évaluation maintenant, implanté dans le quartier, plus seulement de passage», explique le Dr Anne Vergison, cheffe de pôle adjointe de l’Inspection sanitaire, à la direction de la Santé. L’objectif est désormais de «limiter» cette implantation et d’éviter qu’elle ne s’étende.

Depuis 2023, plusieurs habitants signalent des moustiques suspects via l’application Mosquito Alert. Face à la répétition des signalements, la surveillance a été renforcée cette année. Plus d’une dizaine de moustiques adultes ont déjà été identifiés en 2026 à Bonnevoie, «et ça se répète maintenant sur plusieurs semaines». Pour le Dr Anne Vergison, ils pourraient passer l’hiver dans le quartier.

«Il ne faut pas semer la panique», insiste le Dr Anne Vergison.
«Il ne faut pas semer la panique», insiste le Dr Anne Vergison.

La direction de la Santé cherche désormais à déterminer l’étendue de cette implantation. Des pièges supplémentaires sont installés à une plus grande distance du premier point de détection. Le périmètre de sensibilisation s’étend, lui, dans un rayon de 300 mètres autour du piège où un moustique tigre a été détecté, soit «quelques centaines de maisons» à visiter.

Sur le terrain, l’accueil est plutôt bon. «Les gens sont très sensibilisés et curieux, intéressés», constate le Dr Vergison. Certains viennent même à la rencontre des équipes, après avoir entendu parler de leur passage à la radio.

Pas de panique

Si le moustique tigre est capable de transmettre la dengue, le chikungunya ou le Zika, sa présence à Bonnevoie ne signifie pas que les habitants courent actuellement un risque important. «Pour l’instant, le risque n’est pas important du tout», insiste le médecin. Le problème apparaîtrait si une personne infectée revenait d’une zone où ces maladies circulent et se faisait piquer par un moustique tigre dans le quartier. Le moustique pourrait alors transmettre le virus à une autre personne.

C’est notamment le mécanisme à l’origine de cas de dengue autochtones observés en France. «Il ne faut pas semer la panique», affirme le Dr Vergison. Surtout qu’en elle-même, une piqûre de moustique tigre n’est pas différente de celle d’un autre moustique : elle peut provoquer des démangeaisons, mais certaines personnes ne ressentent quasiment rien.

Pour l’heure, la priorité reste donc la prévention. Le moustique tigre apprécie particulièrement les petits réservoirs d’eau artificiels : soucoupes de pots de fleurs, vieux pneus, récipients de jardin et, de manière générale, toute zone où l’eau peut rester stagnante. «Si on peut les vider, il faut les vider», insiste le Dr Anne Vergison. En supprimant ces petites réserves, on réduit fortement les possibilités de ponte.

Et la vigilance pourrait devenir de plus en plus nécessaire. D’après les observations de la direction de la Santé, le nombre de lieux positifs augmente généralement d’une année sur l’autre. La saison 2026 est toutefois particulière, la période de canicule et de sécheresse ayant limité la prolifération des moustiques jusqu’à présent.

«Il est probable qu’il continue à se répandre»

Le biologiste Axel Hochkirch est à la tête de la section de biologie de la conservation du musée national d’Histoire naturelle. Selon lui, l’installation du moustique tigre à Bonnevoie est favorisée par le changement climatique et pourrait s’étendre à d’autres territoires.

Le signalement répété du moustique tigre à Bonnevoie signifie-t-il qu’une population locale s’y est établie durablement?

Axel Hochkirch : Oui. Auparavant, il ne s’agissait que de signalements isolés de moustiques tigres, qui pouvaient avoir été introduits sans parvenir à se reproduire avec succès.

Tout processus d’invasion suit les étapes suivantes. L’organisme est transporté : il doit survivre à son transport depuis un autre lieu. Il est introduit : l’organisme s’échappe ou se répand dans la nature. Il est établi : l’organisme se reproduit avec succès à un endroit donné dans la nature sur une période prolongée. Il est en expansion : l’organisme colonise de nouveaux territoires depuis ce lieu d’établissement. Il est invasif : l’organisme se répand et provoque des dommages écologiques ou économiques.

Cela signifie donc que le moustique tigre a désormais franchi une nouvelle étape dans son processus d’invasion.

On sait que le moustique tigre peut transmettre des maladies comme la dengue ou le chikungunya. Dans quelles conditions cela pourrait-il arriver au Luxembourg?

Actuellement, le moustique tigre est « simplement » implanté. Cela signifie qu’il sera présent au Luxembourg pendant une période plus longue. Tant que les maladies elles-mêmes ne sont pas implantées dans la région, il n’y a pas de risque d’infection. La présence du moustique constitue toutefois, bien entendu, une condition préalable nécessaire à l’apparition de ces maladies.

Le climat luxembourgeois est-il désormais suffisamment favorable au développement et à la survie du moustique dans les prochaines années?

Oui, c’est certainement le cas. Le moustique tigre bénéficie du changement climatique et s’est implanté dans plusieurs pays de l’Union européenne ces dernières années, notamment en Allemagne et en France. Il est probable qu’il continue à se répandre.

À quelle vitesse une population de moustiques peut-elle se développer à partir de quelques individus ou d’un petit nombre de sites de ponte?

Les populations de moustiques peuvent se développer très rapidement lorsque les conditions sont favorables, car leur cycle de reproduction est très court. Une population peut passer d’un seul site de ponte à plusieurs milliers de moustiques en moins d’un mois. Une femelle moustique tigre peut pondre entre 40 et 150 œufs après chaque repas sanguin et jusqu’à 300 œufs au cours de sa vie.

Faut-il s’attendre à ce que le moustique tigre s’implante dans d’autres quartiers de la capitale ou dans d’autres communes?

Le moustique tigre affectionne particulièrement les environnements urbains. Cela s’explique notamment par l’effet d’îlot de chaleur, qui entraîne des températures plus élevées dans les villes. Il profite également des sites de ponte artificiels, c’est-à-dire de petits réservoirs d’eau stagnante comme les pots de fleurs, les seaux, les pneus, les gouttières obstruées, les récupérateurs d’eau de pluie ouverts ou encore les récipients présents dans les jardins.

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