[En coulisses]
La mémoire nationale s’installe à Belval
Vingt-trois ans après le lancement du projet, le grand déménagement des Archives nationales à Belval s’approche de la fin. D’ici janvier 2027, la dispersion des fonds aura lieu sur six sites et les locaux vétustes ne seront plus qu’un souvenir.
C’est un immense bloc brut construit en face des hauts-fourneaux à Belval, haut de 30 mètres pour près de 12 250 m² de surface, dont les façades entièrement noires ne comportent aucune fenêtre, ni aucun autre moyen d’y entrevoir l’intérieur. Ce bâtiment, qui a commencé à sortir de terre en mars 2022, semble receler un secret bien gardé.
Une sorte de coffre-fort géant? «C’est vrai que nous sommes un peu comme une banque et que nous abritons un grand trésor», sourit Scott Kutting. Ce dernier est collaborateur aux Archives nationales (ANLux) qui viennent de s’installer dans cet imposant bâtiment noir, dédié au dépôt et au stockage, et au sein d’une aile administrative, légèrement moins haute et vitrée.
Depuis le mois de mai dernier, la mémoire de la nation quitte progressivement l’ancienne caserne du Saint-Esprit, son bâtiment central depuis 1968 (lire ci-dessous), afin de rejoindre Belval. Tandis que la salle de lecture est officiellement ouverte au public depuis le 24 juin dernier, la plupart des étagères des salles de dépôt sont encore vides, puisque le déménagement est loin d’être terminé.
Les Archives nationales devraient définitivement être installées d’ici le mois de janvier 2027, à raison de deux ou trois camions qui déchargent chaque jour des documents méticuleusement transférés d’un site à l’autre. «C’est un vrai travail de moine que de repérer les documents au Saint-Esprit, de les classer et de les transporter jusqu’ici, puis de les ranger.»
La première centralisation des archives
Il est peu dire que ce nouveau bâtiment à Belval, moyennant 77,27 millions d’euros, était très attendu. Le projet avait été lancé par un concours d’architecture en 2003, avant de connaître quelques complications et de s’éterniser jusqu’en 2022 et les débuts des travaux. L’impatience était d’autant plus grande du côté des ANLux en raison des conditions de travail, à commencer par la répartition des fonds dans cinq dépôts en dehors de la caserne du Saint-Esprit.
«Nous avions des archives aux niveaux -4 et 5 du parking Saint-Esprit, un autre dépôt sous le lycée de l’Athénée, deux grandes halles dans la zone industrielle Bourmicht, à Bertrange, et aussi à Hollerich», liste Scott Kutting. «Si quelqu’un commandait un document qui se trouve à Hollerich, il fallait envoyer une navette pour chercher un seul dossier, c’était tout sauf pratique.»
À Belval, tous les fonds seront bientôt réunis dans 56 salles de dépôt, de 220 m2 chacune et réparties sur sept étages. «C’est la première fois en 230 ans d’histoire des Archives que nous pouvons centraliser les fonds», se félicite cet ancien étudiant en histoire médiévale qui devait, lui, aller «à Metz ou Sarrebruck» pour chercher des ouvrages en lien avec sa thèse sur les relations au Grand-Duché entre le clergé, les nobles locaux et la papauté.
Au total, le site peut accueillir 100 kilomètres linéaires (klm), l’unité de mesure archivistique pour évaluer la longueur occupée par des documents rangés côte à côte. À ce jour, les Archives nationales représentent 45 klm, «soit, à vol d’oiseau, la distance entre Luxembourg et Wiltz en feuilles de papier collées l’une à l’autre».
Un bâtiment parmi «les plus modernes au monde»
Au-delà de la centralisation, la conservation des archives sera également drastiquement améliorée par rapport aux anciennes conditions de stockage qui n’étaient pas aux normes internationales dans tous les dépôts, entre l’absence de compartimentage sécurisé et étanche, la mauvaise isolation thermique et les documents parfois rangés en plein couloir. Désormais, «nous avons l’un des bâtiments d’archives les plus modernes au monde», assure Scott Kutting, notamment grâce au «système intelligent de climatisation et ventilation qui peut se déclencher dès qu’il détecte un humain dans la pièce».
À l’intérieur, tout est en béton pour une bonne raison : «En cas de coupure de courant, l’inertie thermique du béton permet de maintenir des conditions climatiques idéales pendant trois mois et au quatrième mois de coupure, elles ne changeraient que d’un seul degré». Le béton est «produit localement», ce qui va de pair avec la dimension écologique du nouveau site qui «produit plus d’énergie qu’il n’en consomme» grâce à aux panneaux solaires sur la façade et le toit, un puits canadien et des pompes à chaleur.
Au sein de l’aile administrative, le confort sera aussi nettement supérieur à ce qu’ont connu les 70 employés, ainsi que les visiteurs. Ces derniers peuvent déjà bénéficier d’une lumineuse salle de lecture, d’une capacité de 48 places, et pourront profiter d’une salle multimédia avec 12 postes de travail pour consulter des documents numériques, de liseuses de microfilms et des cabinets de recherche pour travailler seul ou en groupe. «Il y a de la place, il n’y aura pas autant de chercheurs donc nous pourrons accueillir des étudiants de l’université qui veulent venir travailler», lance Scott Kutting, qui espère que les Archives gagnent en accessibilité grâce à cette nouvelle vitrine.